Grâce au soutien pendant quinze ans du prince Aga Khan, le domaine de Chantilly s’est progressivement organisé pour être capable de se gérer de manière autonome. Le retrait de son principal donateur en 2019, puis la crise sanitaire ont toutefois fragilisé son équilibre. D’autant que le statut particulier de la fondation qui le gère l’empêche actuellement de bénéficier des aides d’urgence mises en place par l’Etat. Pour se financer, ses dirigeants ont eu l’idée en décembre de faire appel aux dons des particuliers. Si ceux-ci ont répondu présents, les sommes récoltées n’ont pu combler le manque à gagner. Pour Feriel Fodil , administratrice générale adjointe, en charge des finances du domaine, un coup de pouce de l’Etat reste indispensable pour éviter la crise de trésorerie et tenir jusqu’à la réouverture du château.
Comme beaucoup de châteaux et musées, le domaine de Chantilly connaît, en raison de la crise sanitaire, d’importantes difficultés financières, au point que vous avez dû faire appel aux dons de particuliers. Comment expliquez-vous cette situation ?
Depuis une dizaine d’années, le domaine de Chantilly s’est beaucoup transformé pour devenir une belle PME. Il comprend d’une part le château qui contient notamment la deuxième collection de peintures anciennes en France après le Louvre, un parc de 115 hectares dont une partie a été dessinée par André Le Nôtre, des Grandes Ecuries du XVIIIe siècle, et d’autre part un parc forestier de 6 300 hectares. Historiquement, Chantilly est un domaine privé qui a été légué par le duc d’Aumale, un des fils du roi Louis- Philippe, à l’Institut de France.
Jusqu’en 2005, l’Institut de France le gérait en direct. Mais ce patrimoine exceptionnel nécessitait beaucoup d’investissements et était en mauvais état. L’Institut de France a donc décidé de déléguer sa gestion pendant 20 ans à une fondation de droit privé spécialement créée pour l’occasion en 2005 par le prince Aga Khan. En 15 ans, cette fondation a ainsi investi plus de 70 millions d’euros pour financer une grande partie des besoins de fonctionnement et d’investissement du domaine. C’est le plus important partenariat public/privé réalisé en France dans le secteur muséal à ce jour. Cependant, en 2019, l’Aga Khan a décidé, pour des raisons personnelles, de mettre fin à sa fondation. Il nous a fallu nous adapter à cette nouvelle donne, mais la crise de la Covid-19 est survenue aussitôt après.