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DAF de société de gestion : Un métier confidentiel mais attractif

Option Finance - 30 mai 2016 - Astrid Gruyelle

Directeurs financiers, Société de gestion

DAF de société  de gestion : un métier confidentiel mais attractif

A l’instar de leurs homologues d’autres secteurs, les directeurs financiers de sociétés de gestion doivent assurer la production des états financiers. Mais ils ont en outre pour mission de surveiller les variations des encours et les stratégies, ce qui nécessite d’avoir une bonne connaissance de l’activité de gestion.

Les sociétés de gestion ont aussi leurs directeurs financiers. Si ces derniers se font souvent discrets, des opportunités de carrière existent pourtant. Pour preuve, DNCA a recruté en avril à ce poste Géraldine Courtois-Prévert, jusqu’à présent responsable du contrôle de gestion de la banque grande clientèle de Natixis. L’Association française de la gestion financière (AFG) ne dispose toutefois pas de statistiques recensant le nombre total de professionnels à cette fonction, celle-ci pouvant être occupée par des directeurs financiers, mais aussi notamment par des secrétaires généraux, des directeurs généraux ou des directeurs généraux adjoints. De plus, il s’agit d’un métier assez confidentiel où les professionnels doivent dès le départ être bien intégrés pour avoir connaissance des opportunités d’emplois. «Les sociétés de gestion recrutent souvent leurs directeurs financiers parmi les professionnels exerçant au sein du groupe dont la société est filiale, ou bien par le biais de promotion interne», relève Florence Soule de Lafont, associée chez Heidrick & Struggles. Les offres sont de surcroît rares pour ce type de poste où les mouvements restent peu nombreux. «Les équipes de direction financière de société de gestion se sont bien étoffées ces dix dernières années, dans un cadre réglementaire en permanente évolution, explique Romain Boisnard, associé chez Tillerman. Les recrutements s’effectuent donc aujourd’hui surtout pour des remplacements.» A ce titre, les employeurs recherchent des professionnels expérimentés et n’hésitent pas à offrir des rémunérations attractives, voire dans certains cas supérieures à celles des directeurs financiers d’autres sociétés de services ou industrielles (voir encadrés). Pourtant, leur rôle présente de nombreuses similitudes.

Suivi des fonds

La principale mission des directeurs financiers de sociétés de gestion ressemble en effet à celle de leurs homologues d’entreprises plus classiques. «Notre fonction première est d’assurer la production d’une information financière fiable, pertinente et dans des délais rapides, confirme Nicolas Calcoen, directeur financier et stratégie d’Amundi. Nous la présentons ensuite bien sûr à la direction générale, aux actionnaires, et aux métiers pour leur pilotage opérationnel, mais aussi, en tant que société de gestion, à l’AMF.»

Elie Harari, directeur administratif et financier
et secrétaire général, AXA Investment Managers
AXA Investment Managers


Leur métier est donc lié avant tout au suivi des chiffres. «Nous gérons 700 milliards d’euros d’actifs, ce qui implique de nombreuses transactions au quotidien sur les marchés, relève Elie Harari, directeur administratif et financier et secrétaire général d’Axa Investment Managers. Pour y faire face, nous utilisons donc un outil comptable de reporting capable de traiter ces données de manière automatique.» Un travail qui se rapproche de celui d’un directeur financier d’une entreprise plus classique qui aurait à gérer un chiffre d’affaires important.


A la production des états financiers s’ajoute néanmoins un rôle de surveillance. «Comme notre fonction est très liée aux encours sous gestion, nous sommes extrêmement vigilants à leur variation, prévient Géraldine Courtois-Prévert, directrice financière de DNCA. En particulier, nous veillons à être en mesure d’identifier tout mouvement, même de petite ampleur, lié par exemple au départ d’un client.» De plus, les directeurs financiers doivent être capables d’intégrer rapidement ces évolutions à une partie de leur travail. «Ils sont responsables du suivi des fonds ou des sous-jacents, indique Romain Boisnard. Ils doivent dans ce cadre superviser notamment le calcul de la valeur liquidative et l’élaboration des reportings financiers à destination des investisseurs.»

Tarification des produits

La nature de l’activité de la société de gestion conduit en outre les directeurs financiers à s’impliquer dans la tarification des produits. «Etant donné qu’au cours de son cycle de vie, un produit de gestion émerge, puis donne naissance à un nouveau fonds avant de s’industrialiser, la direction financière doit mesurer l’évolution du prix de revient pour assurer la cohérence de la tarification dans le temps, détaille Jean-François Baralon, directeur général délégué en charge des finances et opérations de Natixis AM. Lorsqu’un appel d’offres est lancé, nous sommes également sollicités par le département marketing pour nous prononcer sur l’aspect tarifaire, notamment des mandats.» Sur ce point, les directeurs financiers peuvent même être en relation directe avec la clientèle. «J’interviens auprès des clients importants afin de définir les conditions tarifaires», indique Elie Harari.

Cette mission nécessite pour les directeurs financiers de bien comprendre la gestion d’actifs. «La connaissance du métier, mais aussi des produits et des fonds, est importante, tout comme les autres directeurs financiers doivent d’ailleurs connaître leur secteur d’activité», estime Nicolas Calcoen. Mais il est vrai que la gestion d’actifs recouvre une spécificité financière très technique. Cette compétence est en outre d’autant plus nécessaire que les directeurs financiers sont amenés à travailler régulièrement avec les gérants. Le directeur financier d’une société de gestion est de facto souvent impliqué dans la stratégie. «Lorsque la société décide de lancer un nouveau produit, c’est au gérant qui se chargera de sa gestion qu’il incombe d’établir un business plan, explique Elie Harari. Mon rôle est de vérifier sa cohérence avec les objectifs financiers du groupe. Nous devons être en mesure de décider rapidement, sur des critères financiers, s’il convient de lancer une stratégie d’investissement, voire de mettre fin à d’autres plus anciennes.»

Incitation à la performance

A ces liens réguliers avec les équipes de gestion s’ajoute une composante liée au calcul de leur performance.

Jean-François Baralon, directeur général délégué en charge des finances et des opérations, Natixis AM
Natixis AM

«Comme la gestion d’actifs repose fortement sur la qualité des collaborateurs, l’un des enjeux consiste à garantir la stabilité des équipes, souligne Jean-François Baralon. Il s’agit d’un critère important pour les investisseurs institutionnels, d’ailleurs souvent soulevé lors des appels d’offres.» Dans ce cadre, la direction financière travaille en étroite collaboration avec le département des ressources humaines. Cet aspect est encore plus marqué que pour les directeurs financiers d’autres secteurs. «La performance des asset managers peut conduire à un niveau de rémunération variable très important, explique Elie Harari. Nous travaillons à rationaliser le lien entre performance et rémunération variable avec les responsables des ressources humaines.»

Pour les sociétés présentes à l’international, la gestion des équipes s’étend également à d’autres pays.
«Avec des équipes financières situées à l’étranger, mon métier est fortement tourné vers l’international, souligne Elie Harari. Je dois m’assurer de la production de l’information financière pour l’ensemble des pays et coordonner les différentes équipes entre elles.» En effet, la plupart des grandes maisons ont des équipes financières dans chaque pays où elles exercent leur activité. La direction financière d’AXA IM est ainsi composée de 100 personnes dans le monde, dont 40 à l’étranger, tandis qu’en plus d’un département financier d’une centaine de personnes situé à Paris, Amundi dispose de 45 collaborateurs à l’étranger.

Enfin, la plupart des directeurs financiers remplissent des missions liées à la réglementation. Si les sociétés de gestion disposent généralement de responsables en charge de ces questions, les directeurs financiers sont toutefois amenés à travailler de concert avec eux. «L’aspect réglementaire est de plus en plus présent, confirme Florence Soule de Lafont. Les directeurs financiers doivent produire de nombreux ratios prudentiels (ratios de composition des actifs, ratios d’emprise, ratios émetteurs et de contrepartie, ratio de risque global) dans le cadre de leurs relations avec l’AMF.» Alors que ces profils disposent déjà souvent de fonctions élargies, intégrant la supervision des aspects juridiques et fiscaux en plus des aspects purement financiers, ce contexte les appelle de surcroît à s’adapter à un environnement réglementaire changeant.

Des rémunérations élevées

  • La rémunération des directeurs financiers dépend de la taille de la société de gestion dans laquelle ils exercent. «Dans une maison de 400 à 600 personnes, la rémunération fixe annuelle est d’environ 150 000 euros bruts, soit un niveau équivalent à celui observé dans l’industrie ou les services, indique Romain Boisnard, associé chez Tillerman. En revanche, dans une société de gestion de 50 à 100 personnes, elle est comprise entre 100 000 et 120 000 euros bruts, contre 70 000 à 90 000 euros dans d’autres secteurs. L’écart est plus important car les directeurs financiers disposent souvent d’attributions élargies dans les maisons de taille moyenne.»

  • La rémunération variable est quant à elle importante. «Elle dépasse généralement celle des directeurs financiers d’autres structures car elle est en partie liée à la progression des encours sous gestion», note Florence Soule de Lafont, associée chez Heidrick & Struggles.

Des profils expérimentés

  • Les directeurs financiers de sociétés de gestion disposent généralement d’une formation financière complétée par un diplôme en comptabilité. «Ils sont souvent titulaires d’un master 2 en finance ou diplômés d’une grande école de commerce», observe Florence Soule de Lafont, associée chez Heidrick & Struggles.
  • Ces profils présentent en outre un certain niveau de séniorité. «Ils disposent au minimum de 10 à 15 ans d’expérience, indique Romain Boisnard, associé chez Tillerman. Ils ont généralement effectué leur début de carrière dans l’audit externe au sein du département banque ou gestion d’actifs, avant d’intégrer une société de gestion au département contrôle de gestion.»