Métier

Les directeurs comptables attendus sur la diversité de leurs compétences

Publié le 3 mars 2026 à 8h00

Anne del Pozo    Temps de lecture 9 minutes

Alors que les recrutements de directeurs comptables sont actuellement en recul, les exigences des entreprises envers ces profils sont de plus en plus étendues et pointues. La profession, qui poursuit sa mue digitale, est en effet attendue sur ses expertises en data et en compliance, en complément de ses compétences comptables et fiscales.

Les directeurs comptables n’échappent pas à la morosité actuelle en matière de recrutements dans la finance. « Depuis un an, nous assistons à un net ralentissement du marché de l’emploi dans la finance, avec une baisse de 15 à 20 % des recrutements sur des postes en CDI, constate Jean-Charles Maschio Esposito, team lead chez Fed Finance. Une tendance à laquelle n’échappe pas la fonction comptable. » Alors que le marché est en leur faveur, les entreprises sont donc plus attentives au profil des candidats qu’elles recrutent et plus exigeantes en termes de compétences. « D’autant plus que la profession connaît actuellement de profondes mutations et voit ses missions évoluer, passant d’un rôle normatif à une fonction plus stratégique », précise Alexandra Proniewski, présidente d’Alex Nicols.

Auparavant, le directeur comptable était surtout un gardien des normes comptables. Il avait pour missions de superviser la production et la clôture des comptes, de gérer la fiscalité courante et de produire les liasses fiscales, et il s’occupait de la comptabilité générale, client et fournisseur. « Il lui revenait de veiller au respect du calendrier de clôture et des échéances fiscales, de s’assurer de l’exhaustivité et de l’exactitude des informations dans les comptes, en ayant une approche analytique rigoureuse, parfois d’ailleurs jugée austère, poursuit Alexandra Proniewski. Son quotidien s’articulait essentiellement autour de la supervision de la production des comptes, du respect des procédures et de la conformité réglementaire. Désormais, si ces responsabilités demeurent essentielles, elles ne sont plus suffisantes. Il ne se contente plus de constater les résultats mais il les éclaire, les analyse et les anticipe. Ses missions sont davantage articulées autour du pilotage de la donnée par la digitalisation, l’automatisation et l’harmonisation des processus. »

En effet, avec l’avènement des ERP, les directeurs comptables ne subissent plus les outils, mais les pilotent. « Ils participent notamment aux projets de migration et au paramétrage des outils, et plus globalement à la transformation de la fonction finance, précise Marion Meyer, senior executive manager Michael Page. Actuellement, ils sont aussi très mobilisés sur les projets de passage à la facturation électronique qui nécessitent, outre la refonte de certains process comptables, de mettre à jour leurs outils et de les interconnecter avec leur plateforme agréée. » La profession utilise également de plus en plus de technologies d’automatisation et d’IA tels que de la RPA (robotic process automation), des solutions OCR (reconnaissance automatique de caractères), des outils de dématérialisation et de matching automatique ou encore des contrôles automatisés. « Grâce à ces technologies, ils passent moins de temps sur la production et la saisie comptable, et se consacrent davantage à l’analyse et au contrôle des flux », ajoute Jean-Charles Maschio Esposito.

«Les attentes des grandes entreprises en termes de compétences sont parfois si larges qu’elles peinent à trouver leur candidat, en dépit d’un marché qui est en leur faveur»

Alexandra Proniewski présidente ,  Alex Nicols

Les directeurs comptables voient par ailleurs se renforcer leurs missions de conseil. Ils interviennent de plus en plus dans les stratégies d’optimisation fiscale, le pilotage de la performance et la gestion stratégique de leur entreprise. Ils ont également un rôle important à jouer pour faire monter en compétences leurs collaborateurs, notamment en analyse. Dans le cadre de cette démarche, ils sont amenés à mettre en place des indicateurs clés de performance, permettant de promouvoir la culture de résultat au sein de leur équipe. « Certaines entreprises cherchent ainsi des profils de directeurs comptables qui pratiquent le “lean management”, une méthode de gestion et d’organisation du travail qui vise à mettre en place des process d’amélioration continue pour optimiser l’efficience des organisations et la performance des équipes, constate Alexandra Proniewski. Ils ont donc aussi pour vocation de donner du sens à leur travail. »

Enfin, les responsables comptables doivent composer avec un environnement réglementaire et normatif de plus en plus contraignant. « Par exemple aujourd’hui, ils ont pour mission de veiller à ce que l’entreprise remplisse bien ses obligations en matière de reporting extra-financier, mais également en termes de traçabilité et de contrôle interne », poursuit Jean-Charles Maschio Esposito.

Une capacité à piloter des projets de transformation

Alors que leur métier se transforme, les directeurs comptables sont attendus sur un plus large périmètre de compétences. Généralement diplômés d’un diplôme de comptabilité gestion (DCG), d’un diplôme supérieur de comptabilité gestion (DSCG) voire pour certains d’un diplôme d’expertise comptable (DEC), ils commencent souvent leur carrière en cabinet d’expertise comptable pour ensuite évoluer en entreprise, sur des fonctions plus opérationnelles. « Leurs compétences techniques en comptabilité et fiscalité, acquises durant leur formation puis renforcées au début de leurs parcours professionnels, sont bien évidemment indispensables mais ne suffisent plus à elles seules, souligne Marion Meyer. Face à l’évolution de leur métier, ils doivent désormais être capables de piloter des projets de transformation, d’accompagner le changement et d’exploiter des données. » Leur appétence pour l’IT et leur compréhension des outils et technologies est donc indispensable, pour en tirer le meilleur profit mais aussi pour accompagner la transformation de leur organisation et la montée en compétences de leur équipe sur le sujet. « Les profils hybrides combinant une expertise technique métier et une expertise technique data sont ainsi plébiscités par les recruteurs, constate Alexandra Proniewski. Par exemple, pour une entreprise du monde de l’édition, nous cherchions un directeur comptable ayant une expertise en projet BPO pour piloter un département dédié à l’IT et aux projets comptables. »

«Dans les grands comptes, les directeurs comptables sont de véritables architectes financiers.»

Jean-Charles Maschio Esposito team lead ,  Fed Finance

Des expertises variables selon la structure des entreprises

Les attentes des entreprises en matière de compétences dépendent néanmoins souvent de la taille et de la structure de leur organisation. Les PME cherchent plutôt des responsables comptables au profil polyvalent, capables de poser les fondations en termes de contrôles internes, de procédures et d’outils, de fiabiliser les processus et de faire de l’optimisation fiscale, et ayant une bonne compréhension de la clôture mensuelle. « Dans les PME, le responsable comptable est encore beaucoup dans la technique métier, il doit être capable de sécuriser les bases et de structurer les process comptables », précise Jean-Charles Maschio Esposito.

Les ETI et grandes entreprises nationales attendent pour leur part de ces responsables comptables et des directeurs comptables une capacité à homogénéiser les pratiques entre entités, à comprendre, sécuriser et harmoniser les flux, et à fiabiliser la production comptable. Leur rôle est plus stratégique et ils sont amenés à travailler avec le contrôle de gestion et la DAF. « Dans les ETI, le responsable comptable est moins attendu sur la saisie, mais davantage sur le contrôle, l’analyse et l’animation d’équipes », ajoute Jean-Charles Maschio Esposito.

Les grands groupes internationaux, enfin, cherchent pour leur part des architectes financiers capables de comprendre les enjeux et réglementaires fiscaux de l’entreprise, notamment à l’international, de faire de la coordination comptable inter-filiales (multi-pays, multidevise), de gérer des process intercos complexes et une compliance renforcée (parfois SOX) ou encore de réaliser des reportings groupe stricts (fast close). « Leurs compétences en management transverse ainsi que leur capacité à challenger des équipes à distance sont également indispensables pour piloter la comptabilité entre les différentes entités du groupe », poursuit Jean-Charles Maschio Esposito.

Alors qu’ils sont de plus en plus amenés à piloter des projets de transformation et à accompagner le changement et la montée en compétences de leurs équipes, les directeurs comptables doivent également être des pédagogues et de bons communicants. Leur sens du relationnel est un atout important, notamment s’ils veulent évoluer sur des missions plus orientées stratégie et pilotage de la performance.

« Les attentes des entreprises en termes de compétences pour ces postes sont ainsi parfois si larges qu’elles peinent à dénicher leur candidat, en dépit d’un marché qui est en leur faveur, ajoute Alexandra Proniewski. Les candidats qui répondent à ces critères peuvent donc jouer sur leurs niveaux de rémunération. » Dans la profession, les salaires pour un responsable comptable varient ainsi entre 50 et 60 k€ dans une PME et 65 à 75 k€ dans une ETI. Dans les grands comptes, les niveaux de rémunération  peuvent atteindre les 110-120 k€, notamment pour les directeurs comptables, comprenant une part de variable entre 5 % et 20 % selon la politique de l’entreprise.

Un métier de vocation

Certains profils de responsables comptables aspirent à le rester pendant tout leur parcours professionnel, quitte à changer d’entreprise. « C’est notamment le cas de ceux qui exercent en PME », affirme Jean-Charles Maschio Esposito, team lead chez Fed Finance. Dans les plus grandes organisations, les responsables comptables peuvent élargir le champ de leurs missions, évoluer vers des entreprises du CAC 40 ou encore prendre des postes de directeurs comptables CSP ou de directeurs comptables et consolidation. En revanche, rares sont ceux qui évoluent vers des postes de DAF.

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