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Les trésoriers juniors ont la cote

Option Finance - 4 juin 2021 - Anne del Pozo

Recrutement, Trésorerie

Sous l’effet de la crise, qui a érigé le renforcement du pilotage du cash au rang de priorité au sein de nombreuses entreprises, mais aussi de la montée en puissance des enjeux RSE et de l’émergence de nouvelles technologies, les recrutements de trésoriers juniors se multiplient depuis plusieurs mois. Mettant en avant la diversité des missions proposées, les directions financières n’éprouvent aucune difficulté à pourvoir les postes.

Avec la crise, de nombreux futurs diplômés en finance s’inquiètent des débouchés professionnels qu’ils trouveront d’ici quelques semaines. Pour ceux qui s’apprêtent à devenir trésoriers, en revanche, la sérénité domine ! Comme le confirmait récemment l’ancienne présidente de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE), Florence Saliba, les recrutements de trésoriers juniors se multiplient depuis la crise. La donne n’a pas évolué depuis, quels que soient le profil et la spécialité (gestion des risques de marché, de change, de la trésorerie, du cash et/ou du crédit management, analystes financiers) des intéressés. « Au regard du contexte économique actuel, les entreprises plébiscitent davantage de profils de jeunes diplômés en finance avec une appétence particulière pour le suivi de cash, le reporting financier, la prévision de trésorerie, ou encore des comptables avec une sensibilité sur les opérations de trésorerie », constate Ludovic Bessière, business director finance et comptabilité chez Hays.

Des retours d’expérience positifs

Outre la crise, qui a contribué à renforcer l’intérêt des directions sur ces sujets, cette tendance s’explique aussi par l’émergence de nouvelles technologies. « Les directions de la trésorerie cherchent de plus en plus des jeunes ayant des compétences sur les technologies de robotic process automatisation (RPA), machine learning (ML), artificial intelligence (IA) et business intelligence (BI) pour les accompagner dans la mise en œuvre de projets en la matière, confirme Jacques Molgo, administrateur de l’AFTE en charge des relations avec les écoles et les universités (et directeur financier adjoint d’Air Liquide). En effet, la crise a obligé les directions de la trésorerie à travailler différemment, à gagner en efficacité. » Enfin, la montée en puissance des enjeux de RSE participe à cette dynamique. « Depuis quelques mois, nous constatons également une augmentation de la demande pour des profils ayant des compétences environnementales, sociétales et de gouvernance (ESG) », poursuit Jacques Molgo.

Afin d’attirer les candidats, les équipes financières n’hésitent pas à mettre en avant la diversité des missions. « Elles peuvent s’articuler autour du rapprochement bancaire, du suivi des soldes bancaires et des positions comptables, précise Ludovic Bessière. Les trésoriers juniors peuvent également être chargés de reporting et du prévisionnel court et moyen termes de la trésorerie ainsi que de la gestion et des prévisions de cash. Dans les entreprises qui travaillent en environnement multibancaire, les jeunes recrues s’occupent parfois de contrôler les frais bancaires et les agios. D’autres enfin assurent le suivi des placements financiers… » De quoi combler les jeunes financiers. « En qualité de stagiaire chez Atalian, j’ai d’abord rempli des missions de cash management, avant de passer à des fonctions de contrôle de gestion chez Texas Instruments lors de mon année de césure, témoigne ainsi Mathilde Gourdin, aujourd’hui trésorière adjointe chez Ubisoft. Pendant mon master 2 réalisé en alternance chez Vinci, je suis passée au front-office sur de la gestion du risque de change et des liquidités avec notamment la gestion des placements (OPCVM, Sicav…) et des NEU CP. Chez Ubisoft, j’ai pour mission de piloter le cash dans l’entreprise. A cet effet, j’analyse notamment les flux financiers et les prévisions de trésorerie des différentes filiales, afin d’établir une prévision de dette nette à court terme et de la rapporter à la direction générale. »

Les diplômés en master 2 en trésorerie très prisés

Une pluralité de tâches confiées que Paul Sengmany, cash manager analyst à la trésorerie groupe de L’Oréal, apprécie également pleinement depuis le début de sa carrière professionnelle. « Après avoir notamment réalisé des missions de contrôle et de suivi des opérations de change, de paiement et d’encaissement pendant mon année de M2 réalisé en alternance chez L’Oréal, je participe désormais au suivi et à la gestion de la trésorerie du groupe : suivi de prévision de trésorerie, recherche des meilleures conditions de placements/financements, négociations des conditions bancaires, mise en place de système de cash pooling, animation des filiales, etc., explique-t-il. Parallèlement, je contribue aux projets d’évolution des process et du système d’information liés au cash management du groupe. »

Afin d’attirer le collaborateur idoine, les recruteurs cherchent avant tout des diplômés en master 2 trésorerie, ou finance avec une spécialité en trésorerie. Les jeunes issus d’écoles d’ingénieurs, avec une compétence en data science et finance, sont eux aussi sollicités. La quête d’alternants ou de jeunes ayant suivi une formation en alternance bat également son plein. A ce titre, les trois master 2 trésorerie de France (à la Sorbonne et dans les universités de Lille et de Rennes) sont désormais proposés en alternance.

Des perspectives d’évolution nombreuses

Pour leur premier poste, les jeunes diplômés se voient généralement proposer des revenus compris entre 35 000 et 40 000 euros par an pour des fonctions de trésorier junior, analyste en financement, analyste trésorier, trésorier back ou front-office. Dans un premier temps, les trésoriers juniors ont la possibilité d’évoluer de manière transverse et de passer du back-office au front-office, ou bien d’occuper des fonctions davantage articulées autour du risque de change ou de crédit. « Plusieurs perspectives d’évolution s’offrent ensuite à eux, informe Jacques Molgo. Dès lors qu’ils sont spécialisés en gestion de trésorerie, ils peuvent prendre la responsabilité d’un centre de trésorerie régionale, ou d’un centre de services partagés, évoluer vers d’autres filiales ou même à l’étranger. Ils peuvent également faire de la communication financière, de l’audit ou du contrôle de gestion. » A terme, certains deviennent même directeurs financiers. 

Un métier en mutation

La trésorerie est un domaine bouleversé par l’émergence des nouvelles technologies, ce qui contribue à ouvrir de nouvelles opportunités d’évolution, notamment aux jeunes. « Ce secteur, vivant et dynamique, est particulièrement sensible aux nouvelles technologies, telles que la blockchain, ou les nouveaux moyens de paiement, souligne à ce sujet Mathilde Gourdin, trésorière adjointe chez Ubisoft. Les fintechs et partenaires bancaires ne s’y trompent d’ailleurs pas et ne cessent d’innover sur ces sujets, de nous proposer de nouveaux produits et de nouvelles technologies qui vont faciliter notre métier au quotidien ».