Table ronde

Facturation électronique : êtes-vous prêts ?

Publié le 20 février 2026 à 10h00

Anne Del Pozo    Temps de lecture 30 minutes

La réforme sur la facturation électronique est désormais sur les rails. Son cadre réglementaire est arrêté, ses processus et phases de mise en œuvre sont définies. Malgré l’urgence et en dépit de ces avancées, de nombreuses entreprises n’ont pas encore engagé leur projet de passage à la facturation électronique. S’il n’est pas encore trop tard pour être prêt dans les délais impartis, il devient urgent de s’y mettre, a minima pour respecter la réglementation. Il sera toujours temps ensuite d’activer les leviers qui permettront de faire de cette réforme une opportunité de renforcer la performance de l’entreprise et de générer un retour sur investissement consécutif à ce projet. A cet effet, la phase amont de cartographie des processus de facturation de l’entreprise ainsi que le choix de la plateforme agréée sont cruciaux.

Les intervenants :

  • Christophe Viry, GENERIX Group
  • Virgile Vanoosten, Basware
  • Lise Ansart, Pitney Bowes
  • Mélanie Proth-Evangelist, Yooz
  • Florent Faguer, Tessi 

Mélanie Proth-Evangelist, senior product marketing manager chez Yooz : La France va généraliser la facturation électronique obligatoire pour toutes les entreprises qui sont assujetties à la TVA dans le cadre d’une réforme majeure qui arrive cette année. Concrètement, le 1er septembre 2026 est la grande date à retenir. A partir de cette échéance, toutes les entreprises qui sont assujetties à TVA, quelle que soit leur taille, auront l’obligation de recevoir des factures au format électronique, parce que c’est à cette même date que les grandes entreprises et les ETI auront l’obligation de les émettre. Une deuxième phase viendra en septembre 2027. Ce seront alors les PME et des TPE qui auront l’obligation d’émettre des factures électroniques. Pour mettre en place cette réforme, la France a choisi un modèle en cinq coins, qui se caractérise par l’apparition de ces fameuses plateformes agréées (PA). Ces dernières sont proposées par des acteurs privés immatriculés par l’Etat sur la base d’un décret qui date de 2022. Ce décret précise les critères obligatoires pour obtenir l’immatriculation PA. Dans le cadre de cette réforme, les factures seront ainsi échangées par l’intermédiaire de ces plateformes. Afin que toutes les PA et les entreprises communiquent et sachent vers quelle plateforme agréée router les factures, il y a un élément qui est véritablement la clé de voûte de ce modèle : l’annuaire central. Cet annuaire est alimenté par l’Etat et centralise les adresses électroniques de tous les destinataires des factures. Il s’agit d’adresses électroniques au sens de la réforme française, c’est-à-dire déclinées à partir du numéro de Siren de l’entreprise. Lorsqu’une entreprise dispose d’une adresse électronique active dans cet annuaire central, elle est alors visible de tous ses fournisseurs qui pourront lui envoyer des factures électroniques. Ces factures arriveront alors sur la PA de réception de l’entreprise.

Florent Faguer, responsable marketing – solutions paiements chez Tessi : A quelques mois de l’échéance et alors que beaucoup d’entreprises savent déjà qu’elles ne seront pas prêtes dans les délais impartis, les risques de sanctions sont réels. Le Code général des impôts prévoit en effet des sanctions en cas de non-respect des obligations d’e-invoicing et d’e-reporting. Premièrement, les entreprises devront avoir désigné une plateforme agréée avant le 1er septembre. L’absence de cette désignation peut entraîner une amende de 500 euros, qui sera portée à 1 000 euros par trimestre après mise en demeure, tant que la situation n’est pas régularisée. Deuxièmement, il y a la notion de conformité de ce qui est envoyé, notamment la non-conformité des flux. Les sanctions en la matière peuvent aller jusqu’à 15 euros par facture non conforme et 250 euros par transmission manquante pour l’e-reporting. Ces sanctions sont plafonnées à 15 000 euros par an. En cas d’erreur, la plateforme (PA) est responsable du transport des données réglementaires, des formats qui doivent être conformes et du respect du cadre réglementaire. En revanche, tout ce qui est relatif à la qualité des données métiers, à la cohérence des informations, à l’organisation des processus, reste de la responsabilité de l’entreprise. Il y a donc un gros travail en amont à réaliser pour éviter ces sanctions.

Si ces sanctions sont bien prévues, une période de tolérance de plusieurs mois, et une progressivité dans leur application, seront néanmoins mise en œuvre. C’est ce qui nous a été confirmé par la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, lors d’une réunion récente à la communauté de relais de la DGFiP. Le vrai risque est surtout de se retrouver avec une paralysie des systèmes, un rejet des factures, des retards de paiement, un blocage du traitement des factures, ce qui peut entraîner un impact direct sur le cash, sur la relation client-fournisseur et sur la continuité opérationnelle.

Virgile Vanoosten, lead solution value consultant chez Basware : Dans le cadre de cette réforme, il convient par ailleurs de bien différencier e-reporting et e-invoicing. L’e-invoicing va concerner les transactions entre entreprises domestiques. Les sociétés françaises, clientes et fournisseurs, vont devoir émettre ou recevoir leurs factures au travers d’une PA. Ces dernières seront par ailleurs chargées de transmettre des informations à l’administration, ce qu’elles feront de manière automatisée. Les flux de facturation liés par exemple à des transactions B2B internationales ou B2C, n’ont de leur côté pas l’obligation de passer par des PA. L’administration souhaite toutefois avoir une visibilité sur ce qui transite entre ces entreprises. Donc, pour ces flux, un premier e-reporting de transaction vise à reporter ces transactions B2B internationales et B2C. Un second e-reporting de paiement est, pour sa part, plus spécifique aux prestations de services. Il est applicable lorsque la TVA est éligible à l’encaissement. Ces e-reportings permettent à l’Etat d’avoir une visibilité de bout en bout, à la fois sur les flux domestiques, mais également sur les flux non domestiques. Dans le cadre de la réforme, des règles de transmission sont également établies, notamment en termes de périodes et de fréquences. Par exemple, en fonction du régime de TVA, la fréquence de transmission de l’e-reporting pourra être différente selon qu’il s’agisse de l’e-reporting des transactions ou de l’e-reporting des paiements. On pourra aussi avoir de l’envoi d’e-reporting trois fois par mois, à la décade ou de manière mensuelle ou bimensuelle, selon les règles qui ont été définies. Tout cela permettra à l’administration d’avoir une visibilité complète sur l’ensemble des transactions françaises.

Mélanie Proth-Evangelist, senior product marketing manager chez Yooz 

« Les entreprises qui n’ont pas démarré leur projet de mise en conformité avec la réforme sur la facturation électronique ne sont pas forcément encore en difficulté mais pour autant, il ne faut pas trop traîner, surtout si les processus de facturation de l’entreprise sont complexes. »

Avec plus de 15 ans d’expérience dans le marketing en France et aux Etats-Unis, Mélanie Proth-Evangelist est passionnée par la tech au service des entreprises. Aujourd’hui Senior Product Marketing Manager, elle est spécialisée sur les thématiques de Facturation Electronique et de la conformité chez Yooz.

Qualifier les données et identifier les cas d’usage

Lise Ansart, global product manager chez Pitney Bowes : Dans le cadre de la réforme sur la facturation électronique, il est aussi beaucoup sujet des cas d’usage et des données obligatoires. Pour l’e-invoicing, les entreprises ont l’obligation d’avoir un certain nombre de données ou champs obligatoires sur les factures clients, qui seront a minima une trentaine sur chaque facture (date d’émission de la facture, date de la vente ou de la prestation de service, identité du vendeur ou du prestataire de services, identité de l’acheteur, numéro de TVA, des informations sur la désignation et le décompte des produits et services rendus, etc.). Face à cette obligation, l’une des responsabilités et donc des étapes clés, dans un projet de dématérialisation de la facturation pour les entreprises, consistera à veiller à la complétude de ces données, c’est-à-dire au fait de bien inclure l’ensemble de toutes les données obligatoires demandées par l’Etat dans chaque facture qui sera émise. Les PA vont ensuite, dans le cadre de leurs missions, effectuer des contrôles légaux sur les factures clients avant de les envoyer à leurs destinataires. Si des données manquent, la facture sera rejetée. D’autre part, les factures non conformes exposent les entreprises émettrices à des sanctions. In fine, l’entreprise risque tout simplement de ne plus pouvoir exercer son activité. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises ne renseignent pas ces champs et données sur leurs factures. Il est donc important qu’elles se penchent sur ce processus et qu’elles identifient les données et champs manquants. Parallèlement, elles vont devoir renseigner des données additionnelles qui vont dépendre des cas d’usage qui ont été identifiés.

Concrètement, un cas d’usage est un scénario de facturation lié à une situation métier spécifique. L’Afnor a émis un document dans lequel 42 cas d’usage ont été identifiés et documentés de manière détaillée. Certains de ces cas d’usage, parmi les plus « simples », sont courants et concernent la plupart des entreprises, comme par exemple ceux relatifs aux factures multi-commandes, ou multi-livraisons. Il s’agit là d’un cas où un fournisseur qui effectue plusieurs livraisons dans le mois souhaite émettre une seule facture regroupée. Le cas d’usage va alors expliquer comment centraliser toutes ces opérations en une seule facture conforme. Les factures déjà payées comme les factures d’acomptes sont également courantes. Certains cas d’usage sont liés également à des délégations à des tiers, telles que l’autofacturation ou l’affacturage. Dans ces cas précis, des données sur les tiers doivent être ajoutées aux factures pour qu’elles soient conformes. D’autres cas d’usage sont spécifiques à certains secteurs d’activité. Il y a également un cas d’usage précis pour les notes de frais qui concerne beaucoup d’entreprises et dont le traitement sera différent. Dans ce dernier cas, l’impact ne porte pas uniquement sur les données. La question se pose également pour les entreprises de savoir si ça relève de l’invoicing ou de l’e-reporting. Par exemple, si le paiement de frais se fait via la carte d’entreprise, il faudra prévoir une facture électronique et donc on sera dans un cas d’e-invoicing. Inversement, si le paiement est réalisé d’abord par la carte personnelle du collaborateur qui ensuite fait une demande de remboursement, alors on sera dans un cas d’e-reporting. En fonction des cas d’usage qu’elles auront identifiés, les entreprises vont devoir inclure certaines données dans leurs factures. Ces cas d’usage ont également un impact sur le cycle de vie des factures, d’où la nécessité de bien les identifier. D’autant que ne pas le faire revient à s’exposer à des erreurs et des sanctions : les PA ne pourront pas effectuer correctement leur travail de contrôles légaux sur les factures sortantes ainsi qu’effectuer la remontée des statuts à l’administration.

Pour identifier ses cas d’usage, la première étape consiste pour l’entreprise à mettre à plat tous ses processus de facturation et de cartographier ces flux. En moyenne, les entreprises sont concernées par 10 à 15 cas d’usage différents dont la plupart sont communs et ne font pas partie des plus complexes à mettre en œuvre. A cet effet, l’entreprise peut réaliser cette cartographie seule, mais elle peut aussi se faire accompagner par son partenaire de dématérialisation existant, par la PA qu’elle aura sélectionnée, par son éditeur d’ERP ou même par un cabinet externe. Une fois que les cas d’usage sont clairement identifiés, l’entreprise saura quelles sont les données à inclure dans ses factures versus celles dont elle dispose déjà dans ses systèmes d’information. Elle pourra alors mettre à jour ses systèmes d’information et/ou construire un référentiel client, conjointement avec la PA choisie. Ce référentiel client est un document structuré qui va permettre de combler le gap entre les données nécessaires au traitement et au routage effectif des factures clients, et les données présentes aujourd’hui dans les systèmes d’information de l’entreprise.

Virgile Vanoosten, lead solution value consultant chez Basware

« La réforme offre une opportunité d’améliorer ces processus et ainsi de générer un véritable retour sur investissement. C’est également le bon moment pour capitaliser sur toutes les nouveautés liées à l’IA. »

Avec près de 15 ans d’expérience dans la digitalisation des processus achat et finance, notamment chez Computacenter ou encore JAGGAER, Virgile Vanoosten occupe désormais le poste de Lead Solution Value Consultant chez Basware. Il s’est spécialisé dans les processus Source-to-Pay et accompagne les entreprises dans l’automatisation de leurs flux de facturation

La standardisation du cycle de vie des factures

Christophe Viry, directeur produit et marché des solutions EDI et e-invoicing de Generix Group : Le cycle de vie des factures consiste à mesurer les différentes étapes qui vont être connues d’un flux (facture, cycle de vie, e-reporting, annuaire). Pour la facture, deux grandes catégories de statuts coexistent : les statuts de transmission (de la facture, des statuts et du flux 1 de déclaration vers le PPF) appliqués exclusivement par les plateformes agréées et les statuts de traitement, qui vont être appliqués par l’acheteur ou le vendeur, selon les cas.

Les statuts « rejetée », « déposée », « refusée » et « encaissée » sont retransmis à l’administration fiscale et sont les seuls obligatoires. Ils vont lui servir notamment de clés pour déterminer à quel moment la facture a été éditée, refusée ou à quel moment elle a été encaissée. Ces éléments vont être pris en compte dans le calcul de la TVA, raison pour laquelle l’administration les réclame. Le cheminement de la facture est le suivant : le vendeur qui produit sa facture va l’adresser à sa PA en émission. Cette dernière va avoir le choix de la rejeter ou de la considérer comme bonne. Si elle la rejette, c’est avant même de l’avoir transmise, il s’agit d’un « rejet à l’émission ». Si elle est correcte, c’est-à-dire si les tests techniques et applicatifs et métiers ont été correctement réalisés, elle va la déclarer comme étant bonne et elle le signalera à l’administration à travers le statut « déposée ». Parallèlement, elle va la transmettre à la PA de réception qui, à son tour, va réappliquer ses contrôles, considérer s’ils sont bons ou non, si la facture est bien reçue, puis la mettre à disposition du destinataire, à savoir l’acheteur. Celui-ci va à son tour l’accepter ou non, mais cette fois, on est sur une acceptation à caractère métier. S’il refuse la facture, cela entraînera son annulation et une demande d’avoir. Dans ce cas, le motif de refus doit être expliqué. En effet, il y a des libellés « motifs » pour ces statuts. Une entreprise ne peut refuser un statut sans l’expliquer. Si la facture part sur la chaîne d’approbation, il y aura également une série de statuts : « prise en charge », « approuvée totalement » ou « approuvée partiellement ». Il est également possible de la mettre en « litige », donc en attente de complément. L’entreprise peut aussi la « suspendre », en général dans l’attente de pièces complémentaires. Enfin, le cycle se termine avec le statut « paiement transmis », ce qui est différent « d’encaisser ». « Paiement transmis » indique que l’acheteur a décidé de payer. « Encaissée » indique que le vendeur a été réglé, et c’est ce statut qui intéresse l’administration car il y a un enjeu de TVA. C’est la raison pour laquelle on parle d’e-reporting de données d’encaissement.

Grâce à la réforme, ces statuts du cycle de vie des factures sont désormais standardisés. Ce cycle de vie, s’il se répand dans sa totalité, entraînera des conséquences positives sur le business car l’entreprise pourra savoir, à un instant T où en est sa facture, si elle est acceptée ou non. Il sera également plus facile de résoudre les litiges puisque tout sera automatisé. Cela devrait donc contribuer à accélérer le paiement des factures et, a minima, d’éviter les retards de paiement. Les impacts sur le cash sont également positifs du côté du vendeur. D’autre part, cela apporte beaucoup plus d’intérêt aux mécanismes d’escomptes ou d’escomptes inversés et propose des outils pour améliorer la visibilité sur le DSO ou encore des rapports de trésorerie et de la prévision de trésorerie bien plus fins.

Virgile Vanoosten : Sur les cas d’usage, lorsque les modalités relatives à la réforme ont commencé à être mises en place avec des formats, des champs, etc., il y avait forcément des questions par exemple sur les tiers payeurs. Ces cas d’usage ne sont pas vraiment des nouveautés et existaient déjà avant la réforme. Ils ont juste été précisés. D’autres ne sont pas applicables dans le cadre de la réforme. Malgré tout, ces cas restent présents dans les entreprises, et il a fallu clarifier leur mise en œuvre.

Sur les cycles de vie, beaucoup de choses existent déjà également. Par exemple, sur la plateforme Basware, les entreprises ont déjà la possibilité de rejeter, approuver, payer ou mettre en litige une facture. Avec la réforme, quelques obligations viendront s’ajouter. En cas de rejet d’une facture, il faut une justification précise. Pour les plateformes comme celles de Basware qui géraient déjà le cycle de vie des factures, ces nouvelles obligations ne changeront cependant rien du point de vue de l’expérience utilisateur. Les process restent les mêmes. Il revient juste à l’éditeur de la plateforme de réaliser les ajustements nécessaires pour générer ces nouveaux flux et pour utiliser en effet le même langage.

Les étapes clés pour un passage réussi à la facturation électronique

Mélanie Proth-Evangelist : Aujourd’hui, nous sommes le 5 février 2026. Concrètement, nous sommes à 209 jours du démarrage des obligations pour toutes les entreprises assujetties à TVA. En jour ouvré, cela fait moins de 140 jours, sans compter les mois d’été pendant lesquels les entreprises tournent souvent au ralenti avec notamment les périodes de congés. Donc, les entreprises qui n’ont pas démarré leur projet ne sont pas forcément encore en difficulté mais pour autant, il ne faut pas trop traîner, surtout si les processus de facturation de l’entreprise sont complexes. En effet, pour une entreprise, la mise en conformité nécessite une phase amont indispensable à la bonne compréhension des besoins de l’entreprise, permettant de faire les bons choix de plateformes agréées. Cette première phase consiste à auditer les processus et outils de l’entreprise, aussi bien côté achat que côté vente, et à identifier s’il y a des opportunités d’optimiser ces processus. La deuxième phase consiste à cartographie les flux de l’entreprise : qui sont mes clients ? Qui sont mes fournisseurs ? Est-ce que je facture des particuliers ? Est-ce que mes clients sont à l’international ? Est-ce que j’ai des fournisseurs internationaux ? Cette cartographie est nécessaire pour le choix de la PA, notamment si elle doit être en capacité de gérer des flux hors B2B domestique pour notamment aider avec le volet e-reporting. Cette phase d’introspection peut prendre un peu de temps et ce d’autant plus qu’elle doit aussi porter sur les cas d’usage et l’e-reporting.

Florent Faguer : Passer à la facture électronique n’est pas un simple projet IT mais un projet de transformation qui va toucher l’organisation en profondeur et va même la changer. Nous sommes face à une réforme qui agit comme un révélateur de maturité organisationnelle, notamment par rapport à la qualité des données, la clarté des processus et la coordination entre l’IT, la finance, le commerce et le support. Les entreprises qui sont déjà structurées vont vivre cette réforme comme une évolution. Celles qui en revanche avaient déjà des fragilités, risquent de mal la vivre si elles ne font que transposer leur existant. Il faut donc opérer un changement et le gérer. La phase amont d’état des lieux est essentielle car elle permet d’identifier cette dépendance applicative, certes, mais aussi humaine. Pendant cette phase, les entreprises découvrent vite que la facturation électronique, et la facturation de façon plus générale, est vraiment au croisement de nombreux processus qui sont eux-mêmes en adhérence avec différentes parties prenantes internes : les équipes comptables, l’IT, la fiscalité, le juridique, les achats, la logistique et même le commerce. L’enjeu est alors de s’assurer de l’adhésion de ces parties prenantes, car dès lors que les collaborateurs comprennent le sens du projet, ils deviennent acteurs du changement, le projet gagne en légitimité et les risques de dérapage de planning ou de budget diminuent. In fine, l’adoption des outils est facilitée. Pour passer de l’adhésion au réel, il faut également outiller ce changement : former les équipes, documenter les nouveaux processus et mettre à disposition des supports clairs et facilement réutilisables, prévoir une assistance opérationnelle au démarrage, notamment via la PA, sécuriser ces premiers mois qui vont permettre aux utilisateurs de monter en compétence. Cette période de bascule va être tendue car elle va mettre vraiment les équipes sous pression. Certaines entreprises font d’ailleurs le choix d’externaliser temporairement, voire durablement, certaines tâches de back-office pour sécuriser cette transition. Par ailleurs, il y a également une notion de partie prenante externe : clients, fournisseurs, éditeurs d’ERP, intégrateurs, prestataires conseils, etc. Beaucoup de solutions tierces sont ainsi interconnectées à la facturation et seront embarquées dans ce changement. Il est donc nécessaire de communiquer tôt avec ses tiers, ses clients et de réaliser des campagnes d’onboarding des fournisseurs. Il faut également laisser le temps aux fournisseurs de s’adapter aux nouveaux dispositifs et aux clients de sécuriser la bonne réception des factures. La gestion du changement passe autant par la technique que par la communication et l’accompagnement.

Lise Ansart, global product manager chez Pitney Bowes 

« Dans le cadre de leur passage à la facturation électronique, il revient aux entreprises de veiller à bien inclure l’ensemble de toutes les données obligatoires demandées par l’Etat dans chaque facture qui sera émise. »

Lise Ansart pilote la stratégie produit des solutions de dématérialisation pour accompagner au mieux PME et ETI en France et à l’international dans leur transformation digitale.

Quels sont les critères de choix pour la plateforme agréée ?

Christophe Viry : il y aura bientôt 150 plateformes agréées, venant d’horizons et de métiers différents avec un apport de valeur qui peut leur être propre selon la catégorie à laquelle elle appartient. Elle peut venir de l’automatisation du processus, de la conformité réglementaire internationale, de la gestion électronique de documents, de l’édition de logiciels de facturation, etc. Il s’agit donc d’un premier critère de choix car en fonction de sa provenance, la PA peut apporter des services additionnels, qui ne sont pas ceux régis par la réforme. Ces services régis par la réforme sont décrits dans un décret de 2022 qui sera prochainement mis à jour, et s’articulent autour d’une dizaine de lignes. Cela reste interprétable surtout dans les niveaux de service à proposer autour de l’obligation et l’amplitude de couverture. Clairement, il n’y a pas d’obligation à supporter tout ce qui est publié dans les normes Afnor. Donc, si l’on se focalise sur les obligations de la PA ou les services que la PA va apporter en tant que plateforme agréable, il y a des différences.

Par exemple, concernant le traitement de la facture, certaines PA vont se contenter de récupérer une facture dans un format de réforme pour la contrôler et la pousser. D’autres vont récupérer les factures dans le format du système d’information de l’entreprise, la contrôler, la corriger et la mettre en conformité puis aider les entreprises à déterminer si elle est du ressort de l’obligation d’e-invoicing ou d’e-reporting, ou si elle est tout simplement hors réforme.

Dans le cadre de l’e-reporting, nous sommes dans la même logique. La PA peut demander à l’entreprise de lui fournir son fichier d’e-reporting agrégé à la journée puis le contrôler et le transmettre à la maille de la décade ou selon une fréquence mensuelle. La PA peut aussi aider son client à constituer et à collecter les données à e-reporter. Elle va alors extraire des factures les données dont a besoin d’administration pour en faire d’abord une déclaration quotidienne, puis les transmissions à la décade. Concernant les cas d’usage, les PA n’ont pas obligation de supporter tous les cas d’usage. De mon point de vue, il faut que la PA couvre l’ensemble des cas d’usage : les entreprises ne savent pas par avance quels seront les secteurs d’activité des prochains clients qu’elles gagneront, ou si elles auront besoin à un moment de recourir à des services de financement ou si elles changeront leur organisation pour travailler avec des tiers. Sur les cycles de vie, la PA peut aussi aider l’entreprise à les produire. Certains de ces statuts ne sont pas nécessairement intégrés dans l’ERP de l’entreprise. Le fournisseur de la PA peut proposer des services qui permettent de saisir et de créer les cas d’usage en ligne. Ils peuvent aussi proposer des services qui appliquent la matrice de cohérence, pour éviter à l’entreprise de commettre des erreurs dans sa production des cycles de vie (mauvais moment, mauvais acteur). Enfin, les PA ne sont pas obligées de proposer un archivage à valeur probante, mais beaucoup le font. Il s’agit là aussi de regarder de près cette prestation et ce qui est réellement archivé (factures, pièces pour faire une piste d’audit, etc.).

Florent Faguer, responsable marketing – solutions paiements chez Tessi

« Une PA n’est pas juste un outil technique, c’est également un partenaire que l’entreprise peut potentiellement solliciter pour ses conseils dans la phase de préparation, avec lequel elle va travailler pendant le déploiement et qui va l’accompagner ensuite pendant plusieurs années. »

Marketeur technophile, sensible aux problématiques liées à l’expérience client/utilisateur et orienté résultats, il a eu l’opportunité d’exercer des rôles transverses (élaboration d’offres marketing, développement commercial, pilotage de projet) au sein d’entités de toutes tailles. Depuis 2021, Florent a rejoint le groupe Tessi et a en charge la promotion de DIGITAL INVOICE by Tessi plateforme de dématérialisation des factures et de digitalisation des processus, immatriculée PA.

Quel ROI pour les projets de facturation électronique ?

Lise Ansart : Dans le cadre d’un projet dématérialisation de sa facturation, soit l’entreprise décide juste de se mettre en conformité, et auquel cas il sera difficile de dégager un retour sur investissement, soit elle en profite pour améliorer et automatiser ses processus et en conséquence, générer des gains métiers. Parmi ces gains métiers, les entreprises peuvent réduire le temps et le coût passés à la facturation en elle-même, réduire leur DSO ou encore améliorer leur trésorerie. Ce sont ces gains métiers qui permettent de dégager un ROI sur ces projets, versus une mise en conformité stricte qui est absolument critique et reste l’objectif premier.

Ces objectifs contribuent d’ailleurs aussi au choix de la PA. Le spectre des fonctionnalités complémentaires est alors assez large. Si l’entreprise souhaite dégager de tels bénéfices, elle devra s’assurer que la PA choisie dispose des fonctionnalités qui vont permettre de matérialiser ces gains, quitte à déployer le projet en plusieurs phases, si l’on veut se concentrer d’abord sur la conformité puis revenir sur le reste du projet plus tard. Côté facturation fournisseur, des fonctionnalités proposées par certaines PA vont permettre d’optimiser le processus de facturation fournisseur : automatisation de la réconciliation entre les factures, les bons de commande, voire également les bons de réception, gestion automatisée des éventuels écarts qui découlent de cette réconciliation, gestion des éventuels litiges avec les fournisseurs consécutifs à ces écarts. Certaines PA proposent d’automatiser de bout en bout toutes les étapes et les acteurs impliqués dans le circuit de validation d’une facture donnée en fonction de différents critères et proposent de générer des écritures comptables ou encore de faire l’imputation analytique. Il est également possible dans le cadre de ces projets de viser une réduction du DSO. Certaines PA vont également mettre à disposition des services intéressants pour la facturation client tels que la gestion automatique des relances.

Virgile Vanoosten : Si les entreprises se focalisent uniquement sur la mise en conformité, alors ce projet est presque un coût, notamment parce qu’il y a une notion d’obligation. Certes, les entreprises peuvent en tirer des bénéfices. Passer à la dématérialisation quand avant l’entreprise ne faisait que du papier va en effet générer des gains de temps et réduire les coûts. Mais finalement, l’entreprise fera comme toutes les autres et donc au mieux, elle rattrapera son retard. Ce ne sera pas un élément différenciateur. A cet effet et pour générer un ROI, il est important de voir au-delà de la mise en conformité. Chez nos clients, nous allons notamment regarder des indicateurs comme le temps de traitement quotidien des factures, les délais de paiement et le taux d’automatisation. Du point de vue de Basware, nous pouvons avoir des taux d’automatisation sans aucune intervention manuelle qui peuvent approcher les 90 %. C’est sur ce prisme qu’il est notamment possible d’aller chercher un ROI. Dès lors qu’il y a des interventions manuelles, si par exemple il faut aller chercher des informations dans un système pour voir si une commande a été réceptionnée, reçue ou pas, s’il faut gérer des litiges manuellement, etc., alors cela crée des coûts. La réforme offre une opportunité d’améliorer ces processus. C’est également le bon moment pour capitaliser sur toutes les nouveautés liées à l’IA qui vont permettre par exemple d’imputer ou de rapprocher des factures automatiquement. On a des agents IA qui vont également pouvoir gérer des litiges automatiquement et répondre aux fournisseurs, etc. Autant de fonctionnalités qui vont apporter de la valeur et maximiser le ROI de ces projets.

 Christophe Viry, directeur produit et marché des solutions EDI et e-invoicing de Generix Group

« Grâce à la réforme sur la facturation électronique, les statuts du cycle de vie des factures sont désormais standardisés. »

Expert de la facture électronique depuis plus de 25 ans, Christophe Viry est un expert reconnu dans le secteur des échanges électronique inter-entreprise et de la facture électronique. Il pilote notamment le programme Plateforme Agréée GENERIX pour la France.

La facturation électronique dépasse les frontières de la France

Mélanie Proth-Evangelist : Le sujet de la facture électronique n’est pas franco-français. Cette réforme s’inscrit dans la directive européenne ViDA et également dans une tendance mondiale. Il y a déjà de nombreux pays qui ont mis en place la facturation électronique en Amérique latine, en Amérique centrale, en Asie, en Europe et ça va continuer. Donc, si l’entreprise a des entités, des filiales dans d’autres pays, il faut se soucier des diverses réglementations qui vont se mettre en place dans ces différentes localités. Il faudra également considérer cet élément dans le choix de votre outil futur qui peut-être pourra vous accompagner sur ce sujet. En Europe, le pays précurseur en matière de facturation électronique est l’Italie, qui a mis en place sa réforme en 2019. Plus récemment, il y a tout juste un mois, la Belgique a rendu les échanges entre entreprises obligatoires au format électronique en utilisant justement le réseau Peppol. 80 % des entreprises belges sont maintenant équipées d’une solution pour émettre et recevoir des factures conformes via ce réseau, ce qui est un joli succès ! L’Allemagne, quant à elle, a démarré par la partie réception, obligatoire depuis janvier 2025. L’obligation d’émettre en Allemagne va démarrer progressivement à partir du 1er janvier 2027. L’Espagne, pour sa part, a pour ambition de mettre en place un modèle un peu similaire à ce qui se fait en France. Des décrets royaux devraient être déposés cette année. Le Royaume-Uni a également annoncé récemment qu’il allait mettre en place une réforme sur la facturation électronique en avril 2029. Il ne faut donc pas négliger cette dimension internationale dans le choix de la PA, qui peut concerner des entreprises qui ont des filiales dans d’autres pays.

Lise Ansart : A six mois de l’échéance, le temps presse. Il est donc très important pour les entreprises qui ne l’auraient pas encore fait de s’y mettre rapidement. Pour y parvenir dans les temps, il est tout à fait possible d’envisager de phaser le projet. Par exemple, les TPE et PME qui ont une obligation de réception au 1er septembre 2026 mais d’émission qu’au 1er septembre 2027, peuvent d’abord se concentrer sur la réception des factures pour être prêtes dans les délais et ensuite mettre en place la phase d’émission dans un second temps, de manière plus sereine, avec la plateforme agréée qu’elles auront choisie. L’urgence pour le moment consiste à déclarer une PA de réception avant le 1er septembre 2026. Les entreprises peuvent aussi se concentrer d’abord sur la partie conformité pour ensuite déployer des fonctionnalités additionnelles pour générer des gains métiers. Cette démarche permet d’inclure ces objectifs dans la recherche de PA et de solutions initialement, tout en restant dans le temps imparti qu’il reste pour la mise en conformité

Florent Faguer : Malgré le peu de temps qu’il reste, il ne faut pas choisir sa PA dans la précipitation, en tout cas pas dans l’urgence. Certes, les délais sont serrés, mais une PA n’est pas juste un outil technique, c’est également un partenaire que l’entreprise peut potentiellement solliciter pour ses conseils dans la phase de préparation, avec lequel elle va travailler pendant le déploiement et qui va l’accompagner ensuite pendant plusieurs années. Donc, au-delà de la mise en conformité réglementaire, il convient véritablement de s’interroger sur sa capacité à gérer les spécificités métiers de l’entreprise, ses volumes et le niveau d’accompagnement attendu. L’enjeu n’est pas seulement d’être prêt pour septembre 2026, il s’agit aussi d’être serein dans la durée.

Mélanie Proth-Evangelist : Il faut en effet penser au-delà de la mise en conformité. Certes, il faut choisir une PA, mais si en plus, elle permet de mieux traiter les flux par l’automatisation, par l’IA, etc., elle va générer des gains de temps et des gains financiers. Donc, il faut vraiment saisir cette opportunité. Choisir la bonne PA, c’est choisir un partenaire qui pourra accompagner l’entreprise dans son développement en France comme à l’international. L’objectif, n’est pas juste d’éviter des sanctions financières, c’est surtout de gagner en efficacité. Il faut également combattre l’idée que cette réforme représente un défi insurmontable pour les entreprises. Un des principaux défis aujourd’hui de cette réforme, c’est le temps, car le choix de la bonne PA nécessite cette phase d’introspection qui peut prendre du temps et qui est cruciale.

Virgile Vanoosten : ll ne faut pas sous-estimer le travail d’analyse des données, la préparation en amont. La mise en place d’une PA d’un point de vue technique, peut être rapide, mais si l’entreprise arrive en début de projet avec de nombreuses questions, alors elle va prendre beaucoup de temps sur la compréhension de la réforme et son application, davantage que sur le projet IT. D’autre part sur la sélection de la PA, il est en effet important de ne pas regarder uniquement que le sujet France. La plateforme choisie doit donc pouvoir s’adapter aux autres réformes sur la facturation électronique dans le monde. Enfin, il faut penser ROI et donc aller au-delà de la mise en conformité, refondre les processus pour aller automatiser davantage et tirer profit de ces projets-là.

Christophe Viry : Cette réforme doit être prise sous l’angle des bénéfices, et pas simplement de la contrainte. Il faut donc choisir une plateforme qui pourra accompagner au-delà de la stricte mise en conformité. Comme il reste peu de temps aux entreprises, peut-être faut-il qu’elles avancent désormais en deux temps : un projet de mise en conformité et un projet dans lequel on améliorera l’automatisation des processus et l’on assurera la couverture internationale. Cette réforme, finalement, a démarré avec une redéfinition de ce qu’était la facture. A présent, la facture, c’est une facture EDI et non pas un document, comme on avait l’habitude de le traiter avec des chaînes d’OCR. Il s’agit désormais d’un document structuré et d’une réforme data driven, ce qui ouvre énormément de perspectives positives dans l’analytique, dans l’IA, dans le financement.

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