Dossier de la rédaction
Panorama du risque client
Le risque client sous haute surveillance dans un contexte géopolitique tendu
Alors que les défaillances d’entreprises ont atteint ces derniers mois des niveaux historiques, la situation au Moyen-Orient pourrait annihiler tout espoir d’un retour à une sinistralité maîtrisée. Dans ce contexte, les prestataires de la gestion du poste client sont attendus sur leur capacité à faire preuve d’agilité et à adapter leurs solutions et prestations à un environnement devenu structurellement incertain.
Après une année 2025 marquée par un volume record de défaillances d’entreprises, en particulier au quatrième trimestre, ce début d’année 2026 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Près de 19 000 défaillances ont été enregistrées sur les trois premiers mois de l'année, un chiffre encore supérieur aux premiers trimestres de 2024 (18 100) et 2025 (18 500). Sur une année glissante, 71 000 entreprises sont concernées par une procédure judiciaire. « La sinistralité est donc en France à son plus haut niveau, même si son rythme de croissance ralentit », constate Thierry Millon, directeur des études chez Altares. En effet, bien que la hausse des faillites se poursuive, son rythme semble se tasser, même s’il reste significatif : la croissance sur un an a atteint 6,4 % au premier trimestre de 2026 contre des rythmes de 10 % en 2024 et de près de 40 % en 2023. Une tendance au ralentissement qui pourrait néanmoins s’inverser de nouveau au vu notamment du contexte géopolitique actuel. « C’est d’autant plus frustrant qu’une embellie se dessinait sur la croissance économique fin 2025 et début 2026, explique Christophe Cherry, directeur régional Atradius France-Belgique-Luxembourg. La baisse des taux d’intérêt et du niveau de l’inflation mais aussi le retour à une certaine stabilité politique en France laissait en effet espérer un retour des investissements des entreprises et de la consommation pour les ménages. Le conflit au Moyen-Orient, s’il venait à s’installer durablement, pourrait mettre un sérieux coup de frein aux perspectives de croissance qui étaient attendues pour cette année. »
Le conflit au Moyen-Orient susceptible de renforcer le risque client
En effet, la guerre au Moyen-Orient qui s’ajoute désormais à la ligne de front en Ukraine, renforce le risque d’inflation tiré notamment par l’augmentation des prix de l’énergie. « L’augmentation du cours du pétrole puis du prix du gaz qui va suivre met sous pression les marges de nombreuses entreprises et fragilise leur trésorerie, précise Laurent Treilhes, président du comité exécutif d’Allianz Trade. Le contexte est d’autant plus tendu qu’au regard du déficit public de la France, les marges de manœuvre du gouvernement pour une relance ou la mise en place d’un bouclier énergétique, comme en 2022 lors du début du conflit en Ukraine, sont aujourd’hui très limitées. »
Certains secteurs d’activité pourraient d’ailleurs souffrir plus que d’autres de cette situation. « C’est par exemple le cas pour les secteurs fortement dépendants du coût de l’énergie, comme les transporteurs routiers, précise Thierry Millon. Ce secteur déjà en tension en 2025, et qui parallèlement doit mener sa transition énergétique, pâti aujourd’hui très fortement de l’envolée des cours du pétrole dont l’impact sur les charges d’exploitation pèse très lourd. Le placement en redressement judiciaire de Ziegler France au début du mois de mars illustre d’ailleurs parfaitement les difficultés des transporteurs routiers. » D’ailleurs, à date, les seules aides concédées par le gouvernement aux secteurs touchés par la crise au Moyen-Orient concernent les transporteurs, les pêcheurs et les agriculteurs.
D’autres secteurs d’activités, dont les biens de production ou les marchandises qui transitent par le détroit d’Ormuz, pourraient aussi être impactés par les conflits au Moyen-Orient. C’est notamment le cas pour le secteur agricole, qui d’ici peu aura besoin d’engrais azotés dont une grosse partie de la production circule par le détroit d’Ormuz. « Certains industriels, notamment dans l’agroalimentaire, surveillent ainsi attentivement les niveaux de leurs stocks et analysent quelles pourraient être leurs alternatives en termes de routes commerciales pour éviter des ruptures de leur chaîne d’approvisionnement », précise Carine Pichon, directrice générale pour la France, l’Afrique et l’Europe de l’Ouest de Coface. Au-delà d’un contexte géopolitique difficile, le haut niveau de sinistralité actuel questionne également sur les faiblesses financières (capitaux insuffisants), logistiques (supply chain peu résiliente) ou structurelles (numérisation incomplète) de l’écosystème entrepreneurial français.
Des délais de paiement toujours trop élevés
« Pour faire face aux difficultés du moment, les entreprises les plus vulnérables tentent toujours de jouer sur les délais de paiement interentreprise afin de pallier des trésoreries qui se contractent, constate Thierry Millon. Si, en 2025, le retard de paiement a touché un plus haut niveau depuis la Covid, au-delà de 14 jours accentuant fortement le risque commercial, la trajectoire a néanmoins commencé à s’inverser à la fin du dernier trimestre. » Selon Altares, les retards étaient, en toute fin 2025, de 13,4 jours. La situation sur le front des délais de paiement pourrait également s’améliorer dans les années à venir avec la mise en place à partir de septembre 2026 de la réforme sur la facturation électronique. L’automatisation des processus liée au traitement des factures devrait en effet laisser moins de latitude aux entreprises pour jouer sur les délais de paiement. Pour le moment, ils demeurent tout de même trop longs, notamment pour les TPE et PME qui n’ont pas forcément la trésorerie suffisante pour les supporter. Gage que la situation reste compliquée, les paiements supérieurs à 45 jours progressent et représentent 55 % des délais de règlement (contre 49,2 % en 2025), selon les répondants du baromètre du risque client 2026 d’Allianz Trade. Les impayés sont également en augmentation : 67 % des répondants ont dû faire face à au moins une facture impayée en 2025, contre 62,5 % en 2024 et 50,9 % en 2023. « Plus encore que l’allongement des délais de paiement, c’est l’augmentation de la fréquence des impayés qui fragilise fortement les entreprises », souligne Laurent Treilhes.
Pour 2026, les entreprises demeurent donc dans un climat d’incertitude. Selon Allianz Trade, 85 % des dirigeants craignent une hausse des défaillances cette année (en progression de 4 points par rapport à 2025), 68 % une hausse des impayés (+ 0,5 point de pourcentage par rapport 2025) et 32 % une hausse des délais de paiement (en stagnation par rapport à l’année dernière). « Pour les années à venir, la réduction du volume d’activité et la baisse de la rentabilité restent les principales préoccupations des dirigeants d’entreprise, précise Laurent Treilhes. En revanche, l’instabilité géopolitique mondiale a très fortement progressé et devient le troisième risque cité. »
Dans ce contexte, la gestion du poste client et l’anticipation des risques sont clés pour éviter les répercussions des incertitudes politiques et économiques sur la santé financière des entreprises.
Une gestion du risque client plus proactive
Une situation qui devrait favoriser l’adoption de modèles toujours plus précis pour gagner davantage en prédictivité dans la gestion du poste client. « Face à l’instabilité actuelle, les capacités d’anticipation font la différence, non seulement pour préserver son cash mais aussi pour orienter les stratégies des entreprises, précise Thierry Millon. Les directions financières et credit managers ont à cet effet besoin d’une lecture plus proactive du risque client et fournisseur et de modèles de prédiction plus dynamiques afin de mieux anticiper une défaillance, un retard de paiement ou une demande de règlement. » Ce besoin devrait pousser les entreprises à investir davantage dans les nouvelles technologies. « Certains investissements devront de toute façon être fait pour répondre aux réglementations, tels que ceux liés à la mise en place de la facturation électronique, à la conformité ou encore à l’impact carbone », ajoute Thierry Millon. Les entreprises ne doivent également pas prendre de retard sur l’intelligence artificielle. Ces technologies doivent être intégrées nativement dans les outils en place (ERP, CRM, gestion de la supply chain), afin d’exploiter au mieux toutes les données, affiner leur analyse du risque et renforcer les processus de contrôle. D’ailleurs, la plupart des professionnels de la gestion du poste client embarquent désormais ces technologies dans leurs outils pour accompagner les entreprises dans leurs démarches en la matière et leur permettre de renforcer leur adaptabilité face un environnement volatil.
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