Depuis près d’une vingtaine d’années, le SaaS (Software as a Service) s’est imposé comme modèle d’exploitation prédominant du logiciel professionnel (CRM, ERP, SIRH, comptabilité, SCM, GED, cybersécurité, etc.). A l’ère de la transformation digitale des entreprises, celles-ci se sont massivement détournées des logiciels on-premise, acquis et installés localement sur leurs propres infrastructures, au profit de solutions accessibles à distance et commercialisées sous forme d’abonnement, portées par la généralisation du cloud computing et l’amélioration continue des débits Internet.
Les logiciels SaaS sont ainsi largement plébiscités pour leur simplicité apparente et les promesses, régulièrement soulignées par leurs éditeurs, de déporter rapidement et à des coûts maîtrisés la complexité de la gestion technique des systèmes d’information vers des prestataires tiers, permettant aux entreprises de se recentrer sur leur cœur d’activité et d’améliorer leur efficience opérationnelle.
Il n’est donc guère surprenant que de nombreuses entreprises aient adopté des stratégies full SaaS en externalisant la quasi-intégralité de leurs outils informatiques et services numériques auprès de prestataires spécialisés.
Toutefois, derrière ces promesses d’agilité, le modèle SaaS tend aujourd’hui à révéler ses limites structurelles. Loin de constituer un environnement technologique parfaitement fluide et désintermédié, il conduit au fond à une recomposition des contraintes pesant sur les entreprises utilisatrices, alors confrontées à une perte progressive de maîtrise de leur système d’information. Dans ces conditions, le développement massif du SaaS invite à s’interroger sur la réalité des avantages qu’il procure aux entreprises utilisatrices et, corrélativement, sur les risques techniques, économiques et juridiques qu’il induit.
1. Sur le plan technique
Si le SaaS permet de satisfaire, par l’abondance des offres proposées sur le marché, à la plupart des besoins techniques des acteurs économiques, les éditeurs accordent rarement à leurs clients la possibilité de personnaliser à leur guise des logiciels qui se veulent standards et conçus pour être utilisés par le plus grand nombre.