Depuis plusieurs mois, Nicolas Dufourcq ne cesse de monter publiquement au créneau pour défendre les entrepreneurs, contre la taxe Zucman comme face à la domination américaine et chinoise, tout en regrettant qu’on ne s’attaque pas plutôt à la réduction de la dette sociale française, à laquelle il vient de consacrer un ouvrage. Mais pour le directeur général de Bpifrance, la compétitivité de l’industrie nécessite aussi un changement de logiciel culturel à l’échelle de l’Europe.
Les débats autour du budget ont renforcé, ces derniers mois, le sentiment d’incompréhension des entrepreneurs vis-à-vis des politiques menées à leur encontre. En tant que directeur général de Bpifrance, vous êtes bien placé pour mesurer l’importance, pour l’économie française, du tissu industriel local. Comment avez-vous vu évoluer ce dernier depuis treize ans que vous dirigez cette institution ?
En tant que grande banque de l’industrie et de la technologie, Bpifrance couvre 55 % des PME industrielles en France, avec pour objectif de monter à 65 %. Les projets que nous finançons aujourd’hui sont cependant très différents de ceux des premières années. L’industrie a en effet beaucoup changé dans l’intervalle : les entreprises ont surfé sur les vagues d’innovations, tandis qu’une nouvelle génération d’entrepreneurs a pris la relève dans les PME industrielles familiales, qu’elle réinvente en misant sur les nouvelles technologies. Depuis treize ans, nous avons ainsi accompagné l’essor très important de la tech française en constatant au passage que, comme souvent, les entreprises qui avaient durablement émergé n’étaient pas forcément celles qui paraissaient les plus prometteuses à l’origine…
L’observation du tissu industriel français nous a aussi conduits à ajouter, aux côtés de nos activités de financement en crédit et fonds propres, des services de conseil. Bpifrance est ainsi devenue aujourd’hui la plus grosse structure dédiée aux PME françaises, qu’il s’agisse de conseil en...