Communauté financière

Clément Brumeaux, directeur International Development Desk au sein de la succursale du CIC à Hong Kong

«A Hong Kong, les marchés sont devenus attentistes»

Option Finance - 2 septembre 2019 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Clément Brumeaux, directeur International Development Desk au sein de la succursale du CIC à Hong Kong
CIC à Hong Kong

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses manifestations ont lieu à Hong Kong. Comment expliquer leur ampleur ?

Depuis sa rétrocession par le Royaume-Uni à la Chine en 1997, Hong Kong possède un statut particulier («un pays, deux systèmes»). Disposant d’une autonomie juridique et légale vis-à-vis de la Chine, cette région administrative a son propre gouvernement, sa monnaie (le dollar hongkongais), son propre système judiciaire… En 2047, Hong Kong sera pleinement réintégré dans le giron de la Chine continentale et perdra ce statut privilégié. Or, en juin dernier, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a remis en question le statut juridique actuel en souhaitant autoriser les extraditions vers la Chine.

Les manifestants, issus pour beaucoup de la génération des 20 à 30 ans, craignent que leurs droits soient remis en cause de façon anticipée.

 
Les entreprises françaises sont-elles impactées par ce mouvement ?

La France constitue la principale communauté européenne à Hong Kong : on estime que les Français sont plus de 20 000 sur le territoire. Il y a près de 500 filiales et sièges régionaux d’entreprises françaises, essentiellement dans des secteurs à forte valeur ajoutée : luxe, finance, technologie, ainsi que dans la restauration et l’hôtellerie. La marque «France» étant très appréciée, les exportations françaises à Hong Kong sont particulièrement élevées, notamment dans les domaines de la mode, de la cosmétique, du vin et de l’aéronautique. En 2018, elles s’élevaient à plus de 6 milliards d’euros.

Depuis le début de la crise, le tourisme, composé à 75 % de visiteurs chinois, a drastiquement chuté (presque - 50 % en août par rapport à 2018). Ce phénomène a pour conséquence une baisse de l’activité hôtelière (le taux d’occupation est d’à peine 30 % dans certains hôtels), qui a elle-même des effets sur la restauration, les ventes au détail dans le luxe et la cosmétique (certaines enseignes ont vu leurs ventes divisées par deux pendant l’été)… autant de secteurs dans lesquels les entreprises françaises sont particulièrement représentées, bien qu’aucune faillite n’ait été recensée pour le moment. Par ailleurs, de nombreuses banques françaises sont établies à Hong Kong, troisième place financière mondiale. Elles constatent pour l’instant l’attentisme des marchés : à l’instar d’Alibaba, les sociétés qui avaient prévu de s’introduire en Bourse ont reporté leur introduction en raison de la chute des valorisations attendues (- 20 à - 30 % par rapport au semestre précédent). Les opérations de fusions-acquisitions ont également été reportées, ce qui diminue l’activité au sein des services financiers. En revanche, le mouvement n’a pas eu d’impact significatif sur le dollar hongkongais, qui est adossé au dollar américain.


Comment la situation se présente-t-elle actuellement ?


L’impact négatif sur le tourisme, notamment chinois, devrait persister à moyen terme, donc l’activité des entreprises concernées ne devrait pas redémarrer immédiatement. Cette situation pourrait à terme augmenter le risque de non-recouvrement des créances et de défaut des entreprises, surtout des PME les plus fragiles, qui sont nombreuses dans les secteurs concernés.

Néanmoins, la pression pourrait retomber à Hong Kong. Avec la rentrée scolaire dans les prochains jours, les étudiants seront peut-être moins nombreux à manifester. De plus, la baisse d’activité fragilise la situation économique des habitants et pourrait inciter à un retour au calme. D’autre part, la Chine, elle-même particulièrement dépendante de Hong Kong, n’a pas intérêt à ce que le mouvement persiste. En effet, le territoire représente 60 % des investissements étrangers en Chine continentale, tandis que 60 % des capitaux levés à Hong Kong sont à destination des entreprises situées en Chine. Les entreprises chinoises se financent à Hong Kong afin de profiter de la maturité et de la souplesse de son système financier. Le mouvement pourrait donc s’essouffler, d’autant que la Chine tient fortement à ce que les cérémonies du 1er octobre (Fête nationale chinoise) se déroulent dans le calme.

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