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Olivier Cadic, sénateur des Français établis hors de France

Brexit : «Le gouvernement veut pouvoir réagir rapidement en cas de “no deal”»

Option Finance - 3 décembre 2018 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Brexit

Olivier Cadic, sénateur des Français établis hors de France

Le 25 novembre dernier, les 27 pays de l’Union européenne ont approuvé l’accord de divorce avec le Royaume-Uni. Quelles sont les prochaines étapes ?

Ce traité de retrait est une première étape importante mais, pour entrer en vigueur, il doit désormais passer l’épreuve de la ratification par le Parlement britannique le 11 décembre prochain. Et le vote du traité par le Parlement britannique n’est pas garanti ! Le climat politique n’est pas bon. Les parlementaires travaillistes ont déjà prévenu qu’ils ne voteraient pas ce texte et la Première ministre, Theresa May, sait qu’elle ne dispose pas d’une majorité. Elle a d’ailleurs menacé les députés conservateurs, il y a quelques jours, de provoquer des élections générales en cas de vote négatif. Des tensions existent également au sein du gouvernement, qui a connu un certain nombre de démissions.

Dans ce contexte, la ratification de l’accord de divorce devant le Parlement britannique semble très difficile. D’autant que l’Irlande du Nord, l’Ecosse et le pays de Galles sont désormais en faveur du «remain» (rester dans l’UE) et que 700 000 manifestants britanniques ont réclamé, le 20 octobre dernier, un nouveau référendum.

 
Vous dirigez vous-même une entreprise installée à Londres spécialisée dans l’édition de bandes dessinées. Que prévoit le traité de retrait pour les entreprises ?

L’accord renvoie ces questions aux négociations futures. Il semble que rien ne changera pour mes activités avant le 31 décembre 2020 (fin de la période transition). En tant qu’éditeur, j’imprime sur le continent, j’approvisionne le monde entier depuis le Royaume-Uni. Modifier mon organisation, déplacer les stocks…, aurait un coût. Aucun conseil ne m’invite à le faire tant que nous ne saurons pas ce que Brexit signifie.

La chute de la livre sterling m’a fait perdre 30 % de la valeur de mes actifs dans cette monnaie depuis l’annonce du Brexit, et un «no deal» conduirait à un nouvel effondrement de 25 %, selon la banque d'Angleterre. A l’image de ce qui s’est passé pour le dollar, la livre vaudra alors durablement moins d’un euro.

En cas de rejet du texte par Parlement le 11 décembre prochain, nous devrons sécuriser nos circuits d’approvisionnement en évitant le Royaume-Uni dans la perspective du «no deal». Cela marquerait la première étape de notre repositionnement, qui aboutirait à notre retrait à terme.

Maintenant que le gouvernement britannique a admis que n’importe quel accord de sortie sera moins avantageux pour la croissance du pays que le maintien dans l’UE, j’espère qu’il proposera un nouveau référendum.


Le Sénat vient de voter un projet de loi habilitant le gouvernement à prendre par ordonnance les mesures de préparation du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Quel est l’objectif de ce projet de loi ?


La volonté du gouvernement est de pouvoir réagir rapidement en cas de «no deal» car le Royaume-Uni sortirait assez brutalement, le 30 mars prochain, d’un environnement législatif auquel il appartient depuis plus de quarante ans ! Dans ce contexte, la France aurait une incroyable liste de sujets à traiter, comme celui du sort des entreprises britanniques installées en France. Un des sujets des ordonnances est justement de leur montrer qu’elles seront toujours les bienvenues. Sur ce point, le vœu du président de la République de voir Paris devenir la première place financière européenne est intéressant mais la France est-elle capable de faire évoluer sa fiscalité pour devenir attractive et compétitive ? Le mouvement des gilets jaunes, par exemple, démontre les limites de notre pays à jouer un rôle économique européen prépondérant. A l’international, il donne l’image d’une France socialement instable.

De même, si la France a des atouts à faire valoir, elle reste championne d’Europe des prélèvements obligatoires. D’autres pays savent le rappeler et se font très attrayants pour les entreprises.

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