Communauté financière

Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA)

«Les administrateurs devront contribuer à la stratégie de l’entreprise de façon prioritaire.»

Option Finance - 15 octobre 2018 - Anaïs Trebaul

Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA)
Institut français des administrateurs

Ce 17 octobre se déroule la journée annuelle des administrateurs. Quel bilan tirez-vous de cette année ?

Au sein des entreprises du SBF 120, les principaux indicateurs (indépendance des administrateurs, féminisation des conseils, cumul des mandats, taille des conseils, représentation des parties prenantes…) s’inscrivent dans la tendance constatée ces dernières années, à savoir celle d’une gouvernance française qui fait des progrès considérables depuis dix ans. Par exemple, grâce à la loi Copé-Zimmermann, qui impose aux ETI et aux grandes entreprises un taux minimum de 40 % de parité (impossible d’avoir 70 % de femmes, par exemple) depuis 2017, le taux de féminisation des conseils est le plus élevé au monde (43,6 % en 2018 pour les entreprises du SBF 120).

Ainsi, nous tenons surtout à montrer cette année que la France n’a rien à envier aux pays étrangers. Alors que nous étions en retard par rapport à nos voisins il y a encore quelques années, la gouvernance française fait maintenant partie des meilleures au monde. Nous devançons même le Royaume-Uni, souvent présenté comme une référence dans le domaine, sur la plupart des indicateurs. Les entreprises ont bien intégré qu’il est désormais crucial d’avoir une bonne gouvernance pour répondre aux besoins de l’ensemble de ses parties prenantes (salariés, fournisseurs et investisseurs).


Outre cette amélioration des indicateurs, le rôle des administrateurs s’est-il enrichi de nouveaux sujets ?

En plus des sujets traditionnellement traités lors des réunions d’administrateurs (stratégie, nominations, rémunérations, acquisitions-cessions, résultats financiers…), de nouveaux thèmes apparaissent en effet peu à peu. Celui de la mutation numérique est maintenant une thématique suivie par tous les conseils d’administration. Toutes les entreprises sont en train de se transformer, que ce soit par la mise en place d’outils liés au big data ou à l’intelligence artificielle. Le digital transforme les métiers, les organisations, et appelle de nouvelles compétences. Les questions de cybersécurité sont désormais essentielles et sont de plus en plus appréhendées par les comités d’audit et des risques : aucune société n’est à l’abri de subir une attaque. Ces questions doivent être traitées au moins une fois par an par les administrateurs.

Par ailleurs, les entreprises sont de plus en plus la cible des fonds activistes. Les conseils sont en première ligne face à cette problématique et doivent redoubler d’attention à cet égard.


A brève échéance, quels seront les futurs défis à relever pour les administrateurs ?

Nous recensons trois principaux défis à mener. D’abord, pour encore plus d’exemplarité, les administrateurs doivent continuer à renforcer leurs compétences, leur indépendance, et ne pas être sujets aux conflits d’intérêts. Ensuite, face à la montée en puissance des enjeux RSE, ils vont également devoir traiter l’éthique comme un sujet primordial. Enfin, les administrateurs devront contribuer à la stratégie de l’entreprise de façon prioritaire. Or, pour l’instant, la conformité (box checking) prend de plus en plus de temps au détriment des questions primordiales de stratégie et de développement.

Par ailleurs, au-delà du simple rôle des administrateurs, la France devra être plus attractive si elle veut jouer un rôle de leader en matière de gouvernance. En effet, les jetons de présence (que nous souhaitons d’ailleurs renommer en «rétribution des administrateurs», ce qui vient d’être voté à l’Assemblée nationale dans la loi Pacte) sont toujours plus faibles qu’à l’étranger et ne progressent pas, malgré la hausse du nombre de réunions organisées par les administrateurs. Il faut donc que les rémunérations s’ajustent, notamment pour attirer davantage les administrateurs étrangers.

La France doit être fière de sa gouvernance et doit la mettre en avant comme un avantage concurrentiel.

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