Communauté financière

Interview - Bruno de Laigue, président de la DFCG

«Les directeurs financiers veulent donner du sens à leur métier et à l’entreprise»

Option Finance - 9 décembre 2019 - Propos recueillis par Valérie Nau

DFCG

Confrontés à un environnement à la fois mouvant et complexe, les directeurs financiers doivent s’adapter à des mutations qui vont influer sur l’exercice de leur métier, prévient le président du Réseau des dirigeants financiers.

Bruno de Laigue, président de la DFCG
DFCG

Vous avez été élu président de la DFCG il y a deux ans. Quels ont été vos axes de développement depuis votre nomination ?

Nous nous sommes fixé trois priorités : développer l’influence de l’association, renforcer sa présence régionale, et réfléchir à l’avenir du métier. S’agissant du premier objectif, nous voulons  alimenter la réflexion des décideurs politiques et économiques en étant le porte-voix de nos adhérents sur l’ensemble du territoire. Nous avons ainsi été auditionnées par les parlementaires sur différents points de la loi Pacte, et reçus à cette occasion dans différents ministères. Le président de l’Autorité des normes comptables (ANC) nous a également demandé notre avis sur la transformation des métiers du chiffre. Nous avons des relations avec le Medef, l’Ordre des experts comptables, la Compagnie nationale des commissaires aux comptes… Nous participons, par exemple, avec cette dernière et l’IFACI à la création d’une plate-forme commune sur l’integrated thinking, une approche globale de l’entreprise qui recouvre notamment la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
 

Quel est l’apport des régions à ces réflexions ?

Notre maillage territorial intéresse les pouvoirs publics car il est important pour eux d’avoir l’avis des régions sur certains sujets. Nous avons par exemple été reçus récemment à Bercy pour faire part  des retours de terrain concernant le projet de simplification des centres de formalité des entreprises.

Par ailleurs, les régions ont été étroitement associées aux débats que nous avons menés sur le thème de la raison d’être. La DFCG est une des rares associations professionnelles à avoir réfléchi au sujet.  La raison d’être définie par nos adhérents correspond exactement à l’idée de départ des fondateurs : ils voulaient faciliter le partage et l’échange entre les directeurs financiers, et entre les directeurs de contrôle de gestion, dont le métier est souvent solitaire et technique. Nous continuons à œuvrer en ce sens avec la refonte de notre site Internet, le partage d’analyses à travers Vox-fi ou encore le lancement l’année prochaine, d’une plateforme d’échanges, pour permettre aux adhérents de    trouver des solutions aux questions qu’ils se posent.

Enfin, nous avons cherché à mettre encore plus en valeur le dynamisme des entreprises membres de nos quatorze antennes régionales à l’occasion de Financium. Douze de ces régions décernent en effet chaque année des trophées visant à distinguer des directeurs financiers locaux : pour la première fois, tous les lauréats en région seront réunis à Paris pour présenter brièvement leur projet et un Trophée des trophées sera décerné par un vote du public.


Quels sont les sujets qui préoccupent le plus vos membres actuellement ?


Au-delà des sujets classiques comme le financement, l’investissement, la gestion du BFR… trois sujets concentrent particulièrement l’attention des directeurs financiers. Le premier concerne la situation géo-politique, car les tensions internationales ont un impact sur les entreprises compte tenu de leur internationalisation et de la globalisation des échanges. Ce n’est pas nouveau en soi mais cet impact est probablement plus important qu’auparavant. Le Brexit a ainsi beaucoup inquiété les directeurs financiers mais, à présent, on constate qu’ils sont prêts à y faire face. Les douanes ont fait à ce titre un travail remarquable pour aider les entreprises à s’y préparer, et faciliter le travail d’enregistrement des biens tout au long de la chaîne si les frontières avec le Royaume-Uni sont rétablies.  

L’autre sujet important, et qui est ma troisième priorité, porte sur l’évolution du métier. Il est impératif, d’abord, de réfléchir à l’adaptation des équipes aux nouvelles technologies. Elles ne sont pas toujours formées pour faire face à la multiplication croissante des données, ni à la montée en puissance de nouveaux risques comme le risque cyber. Les fonctions de data analysts, data scientists, sont encore peu représentées dans les directions financières et les spécialistes du secteur sont très recherchés. La DFCG propose des formations en la matière et nous organisons chaque année, en lien avec le haut fonctionnaire de défense et de sécurité du ministère de l’Economie une matinée sur les questions de cybersécurité.

Enfin, les directeurs financiers veulent  donner du sens à leur métier et à l’entreprise. Il faut de plus en plus qu’ils rendent intelligents les chiffres, en faisant par exemple comprendre à quoi sert un budget, en mettant en place des outils de pilotage pour la direction générale…


Où en sont les directeurs financiers en matière de révolution numérique ?

Les ETI et les grosses PME ont déjà commencé à s’adapter, en déployant notamment  des outils de business intelligence. En revanche, les plus petites entreprises sont en retard, dans le domaine des outils de gestion numérique, comme dans celui de la cybersécurité : elles ne disposent souvent pas de plan de continuité  en cas de cyberattaques. Par ailleurs, si les directions financières se montrent dans l’ensemble très intéressées par les fintechs et les services innovants qu’elles peuvent proposer, très peu travaillent pour l’instant avec elles.

Plus globalement, nous estimons que dans le domaine numérique, l’Etat a un rôle de locomotive à jouer. On l’a vu avec la dématérialisation des impôts. De même, au 1er janvier prochain, la dématérialisation de l’ensemble des factures à destination du secteur public sera obligatoire pour toutes les entreprises. Cette évolution est très positive. Dans cette perspective, il est important pour une association comme la nôtre de pouvoir travailler sur certains sujets main dans la main avec Bercy, comme c’est le cas sur la cybersécurité. Il est indispensable que le privé et le public s’associent pour réfléchir aux changements qui vont intervenir dans les prochaines années.  


Quels sont vos projets pour les mois qui viennent ?


En 2019, nous avions choisi de nous focaliser particulièrement sur trois thèmes : la RSE, la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Nous allons poursuivre ces travaux en 2020, en particulier en ce qui concerne les deux premiers thèmes, car ce sont des sujets très prégnants et sur lesquels il faut continuer de sensibiliser les directions financières. Nous allons également continuer de travailler sur la digitalisation des process.

 
En matière de compétitivité des entreprises, quelles améliorations seraient souhaitables de la part des pouvoirs publics ?

La réforme des impôts de production serait la bienvenue. La suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et la cotisation foncière des entreprises (CFE) est souvent évoquée, ce qui serait pertinent car ces taxes sont très pénalisantes.

En matière de fiscalité, de réels progrès ont été accomplis avec la baisse du taux d’impôt sur les sociétés de 33 % à 28 %, la mise en place d’avantages fiscaux comme la défiscalisation des heures supplémentaires, le suramortissement… D’autres mesures pourraient néanmoins soulager la vie des entreprises : par exemple, dans les SARL, on n’a pas le droit de distribuer plus de 20 % du capital social en dividendes, ce qui constitue un frein important à l’investissement. De même l’imposition des dividendes à 30 % reste élevée pour un entrepreneur qui prend des risques.

Il reste également encore beaucoup à faire en matière de simplification administrative, comme en ce qui concerne les liens entre les entreprises et le service public. La relation de confiance et le droit à l’erreur sont de bonnes initiatives, mais leur mise en œuvre laisse encore à désirer.

De façon générale, nos adhérents souhaiteraient que les efforts fournis par les entreprises trouvent leur corollaire dans le fonctionnement de l’Etat. Ils espéraient ainsi que le prélèvement à la source, qui revient à faire travailler les entreprises à la place de l’administration, aurait un impact sur les dépenses publiques. Cela ne semble pas avoir été le cas.

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