Communauté financière

Olivier Salustro, président de la CRCC de Paris

«Les nouvelles technologies n’ont pas encore changé notre approche de l’audit»

Option Finance - 25 novembre 2019 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

Nouvelles technologies

Olivier Salustro, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris

La Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Paris, en partenariat avec l’Ordre des experts-comptables Paris Ile-de-France, a créé en 2018 le «Lab 50». De quoi s’agit-il ?

Le Lab 50 est un observatoire de l’innovation et particulièrement de l’intelligence artificielle créé en 2018. Sa mission est de devenir la référence en matière de recherche sur l’avenir de la profession de commissaire aux comptes. Il a pour objectif de faire le point sur les avancées existantes en matière d’outils technologiques pour la profession, de s’interroger sur les opportunités que ces solutions représentent et de s’organiser pour les intégrer dans nos méthodologies de travail. En outre, depuis cette année, nous proposons également des formations aux commissaires aux comptes sur ces sujets.

 
Où en sont les cabinets de commissaires aux comptes dans l’intégration d’outils d’intelligence artificielle ?


Pour l’instant, nous n’en sommes pas encore au stade de l’intelligence artificielle. Il s’agit déjà de renforcer les investissements en nouvelles technologies. En effet, les avancées dans ce domaine sont encore très limitées au sein des cabinets d’audit. Selon une enquête sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les experts-comptables réalisée en 2018 par Stéphane Grandvaux (KPMG), 24 % des cabinets comptables et d’audit y ont recours et 7 % n’y sont pas favorables. Ces nouvelles technologies n’ont pas encore fondamentalement changé notre approche d’audit. Les plus grands cabinets ont commencé à investir dans ces outils, mais la plupart des autres n’ont pas les moyens de les acquérir, les coûts pouvant être très significatifs. Les cabinets d’audit ont surtout investi dans des outils de data visualisation, qui sont plus abordables et permettent aux auditeurs de présenter une analyse plus fine de la santé financière et des zones de risques de leurs clients.

 
Dans cette même étude, 60 % des sondés pensent que l’intelligence artificielle peut remplacer des tâches à faible valeur ajoutée, mais ils sont également 70 % à penser qu’elle risque de supprimer des emplois dans le domaine comptable. En quoi ces nouvelles solutions pourraient faire évoluer le travail des CAC ?

Les auditeurs devraient pouvoir abandonner leurs tâches répétitives, analyser plus précisément les comptes des entreprises, détecter plus facilement les anomalies et mettre en relief des éléments suspects. Par exemple, pour l’instant, pour réaliser nos audits, nous procédons par échantillonnage. A l’avenir, ces outils pourront nous permettre de contrôler l’ensemble des opérations réalisées par les entreprises auditées et ainsi de mettre en œuvre un audit exhaustif et permanent. Ils permettront de mieux identifier les zones de risques, mais ne se substitueront pas aux auditeurs. Par ailleurs, si ces outils pourraient nous permettre de réaliser des audits à distance, nous continuerons à défendre l’importance de la relation avec le client : pour bien exercer notre métier, il faut être au contact et donc sur le terrain. En revanche, il est possible que les cabinets aient davantage besoin de profils ingénieurs et moins de comptables financiers que maintenant.


Comment le Lab 50 va aider les cabinets à recourir à ces solutions ?


Nous souhaitons simplifier l’accès des cabinets d’audit à ces nouveaux outils. Pour cela, nous réalisons actuellement une veille sur les différents outils qui existent, et réfléchissons à la meilleure façon d’aider les CAC dans ce sens. Nous pourrions développer nous-mêmes des outils au sein du Lab 50, intégrer des solutions déjà déployées par des éditeurs de logiciel, ou également incuber des start-up qui conçoivent des logiciels qui répondent à nos besoins. Nous  venons de participer à un start-up tour au cours duquel nous avons repéré les solutions susceptibles d’intéresser la profession. Par ailleurs, nous regardons ce qui se fait à l’étranger afin de nous inspirer des bonnes pratiques. Aux Etats-Unis et au Canada, qui sont en avance sur ces réflexions, plusieurs cabinets d’audit et d’expertise-comptable ont déjà mis en place des outils dits «d’intelligence artificielle».

Toutefois, l’installation de ces outils au sein des cabinets pourrait prendre du temps. Nous n’anticipons pas de déploiement sérieux avant trois à cinq ans.

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