Communauté financière

Interview - Jean-Claude Climeau, président du comité de pilotage des Journées de l’AFTE et directeur trésorerie et financement de Thales

«L’Europe est revenue au cœur des préoccupations des trésoriers»

Option Finance - 12 novembre 2018 - Propos recueillis par Anaïs Trebaul

AFTE

Jean-Claude Climeau, président du comité de pilotage des Journées de l’AFTE et directeur trésorerie et financement de Thales
Thales

Les journées annuelles de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) se déroulent ce mardi et mercredi. Quels ont été les événements marquants pour votre profession en 2018 ?

Pour les trésoriers, l’année 2018 a d’abord été marquée par plusieurs événements macroéconomiques. L’Europe est revenue au cœur de nos préoccupations, avec un euro qui s’est renforcé en début d’année, une certaine reprise économique, mais aussi le «feuilleton» du Brexit et le retour du risque politique, à la suite notamment des élections en Italie. Sur le plan international, les mesures restrictives sur le commerce prises par les Etas-Unis à l’encontre de la Chine, notamment, ont également eu un impact pour notre profession. Tous ces événements ont en effet joué cette année sur la volatilité des monnaies (euro, sterling, dollar, yuan…). Et il faut désormais être attentif aux déclarations sur Twitter des politiques, notamment celles de Donald Trump, qui ont directement un effet sur les marchés !

Au niveau plus microéconomique, nous restons extrêmement vigilants face au risque cyber, car nos systèmes de trésorerie sont connectés aux autres systèmes de l’entreprise et avec l’extérieur. Par ailleurs, les exigences de compliance et d’identification client (KYC) des banques ont continué de se renforcer cette année.


Selon vous, ces sujets vont-ils perdurer en 2019 ?

Nous allons d’abord être fixés sur plusieurs questions que nous nous posons actuellement sur le plan politique. En mars, nous connaîtrons les modalités du Brexit. En mai auront lieu les élections européennes, qui seront suivies à l’automne par la nomination du nouveau gouverneur de la BCE. Ces événements auront un effet sur les taux de change et le niveau des taux d’intérêt. Par ailleurs, nous allons devoir nous préparer au basculement vers les nouveaux indices de référence qui remplaceront l’Eonia et l’Euribor.

Au niveau microéconomique, nous allons continuer à être très vigilants en matière de prévention du risque cyber et à travailler pour une plus grande fluidité dans la mise en œuvre des processus de compliance avec nos banques. Enfin, sur le plan réglementaire, l’année 2019 va être marquée par l’entrée en vigueur de la norme IFRS 16 sur les contrats de location. Celle-ci va augmenter la dette des entreprises : nous allons avoir un travail de discussion à mener avec les agences de notation afin que la mesure de notre risque ne soit pas affectée.


Plus largement, comment envisagez-vous l’avenir de votre profession ?

Il y a quinze ans, le trésorier était avant tout perçu comme un expert technique. Avec la crise de 2008, chacun a davantage pris conscience de l’importance du risque de liquidité. Depuis cette date, le trésorier a progressivement pris une place plus visible et il est devenu l’interlocuteur privilégié du directeur financier pour la gestion des risques financiers de l’entreprise, en matière de liquidité bien sûr, mais également en termes de risque de change, de taux, de risque politique ou de contrepartie. Notre fonction s’étoffe et notre rôle devient plus central dans l’entreprise.

Il se renforcera encore avec l’apport croissant des nouvelles technologies, qui devraient nous permettre de nous concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée. Par exemple, avec la blockchain, on pourrait imaginer un registre sécurisé et partagé pour échanger et stocker des informations de compliance. Ou encore, grâce à l’intelligence artificielle, pouvoir bénéficier de prévisions de trésorerie à moyen terme (6-12 mois) de meilleure qualité.