Communauté financière

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées

« Nous sommes très soucieux de faire grandir les entreprises avec qui nous collaborons »

Option Finance - 4 juin 2021 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Il y a deux ans, la ministre des Armées, Florence Parly, lançait un plan inédit, « Action PME », qui vise à rendre le ministère plus attractif auprès des entreprises. Quel premier bilan tirez-vous de ce programme ?

Le ministère des Armées est le premier acheteur de l’Etat. Tous les ans, il dépense, en moyenne, 20 milliards d’euros dans le secteur privé. Ce montant est réparti entre des dépenses d’infrastructures, d’environ 8 milliards d’euros (construction de locaux d’hébergement pour les militaires, de hangars, d’habillement…), et celles destinées à l’armement, à hauteur de 12 milliards d’euros (achats d’avions de combat, chars, drones…). Bien évidemment, lorsque l’on évoque la défense, le premier réflexe est de penser à de grands groupes industriels français, tels que Dassault, Thalès ou Naval Group. On sait peu que 22 000 start-up, PME et ETI ont également travaillé pour le ministère par le biais de contrats d’achats (soit par appel d’offres soit en gré à gré) pour un montant de 5,03 milliards d’euros en 2019 (+ 8,3 % par rapport à 2018) et conclus en direct avec elles. Au total, ces contrats, indispensables pour nos opérations militaires, représentent 25 % à 30 % de nos investissements chaque année.

Pour attirer davantage d’entreprises, il a donc été décidé de lancer le Plan « Action PME ». 

Quelles actions ont été déployées ?

Parmi les 23 actions définies, plusieurs visent à rendre nos besoins d’achats plus visibles après des PME et ETI. Pour cela, un nouveau site Internet, ouvert à toutes les entreprises présentes en France, a été lancé pour permettre à celles qui seraient intéressées de travailler avec le ministère des Armées de répondre à nos offres. De plus, nous organisons des rencontres en région pour présenter nos actions aux entreprises locales.

Par ailleurs, dès 2018, afin d’aider les petites structures à payer leurs frais fixes et leur prouver notre motivation, nous avons augmenté nos acomptes à 20 % du montant du marché conclu, dès le début de la prestation, contre 10 % précédemment. De même, lorsque le travail est terminé, il nous semble également important d’honorer nos factures rapidement. Aussi, alors que le délai de paiement légal est de 30 jours, le ministère des Armées règle le solde des contrats en 18,2 jours en moyenne. Cette approche est assez unique au sein de l’Etat.

Comment travaillez-vous au quotidien avec les entreprises ?

Nous sommes très soucieux de faire grandir les entreprises avec qui nous collaborons. Elles ont certes besoin de nos commandes, mais nous sommes également présents d’un point de vue capitalistique. A ce titre, le ministère dispose de plusieurs instruments financiers. Le premier est un fonds d’investissements, DEFINVEST, lancé en 2017 et opéré par BpiFrance. Il est doté de 50 millions d’euros. Concrètement, nous prenons des parts au capital de PME et d’ETI stratégiques afin qu’elles fassent valoir notre présence auprès d’autres potentiels investisseurs ou futurs clients et qu’elles soient plus attractives. A ce jour, neuf levées de fonds ont été réalisées. Notre deuxième outil est un fonds innovation défense de 200 millions d’euros dédié aux entreprises innovantes. Enfin, le ministère accompagne aussi les entreprises dans les projets de développement à l’international, notamment en mettant en valeur leur savoir-faire. Pour cela, nous avons créé un label « Utilisé par les armées françaises ». A ce jour, 155 labels ont été délivrés.

Le ministère a-t-il mis en place des mesures de soutien envers ces entreprises pendant la crise sanitaire ?

Absolument. Dès le début de la crise, nous avons mis en place une task force BITD (base industrielle et technologique de défense) composée de 120 agents du ministère situés aussi bien à Paris qu’en province. L’objectif était d’aller à la rencontre de 1 300 entreprises pour essayer de comprendre la nature des problèmes auxquels elles pouvaient être confrontées pour ensuite mettre en place des aides concrètes. Concernant ces dernières, certaines étaient partagées avec Bercy. Par exemple, nous avons joué un rôle de facilitateur auprès du ministère de l’Economie et des Finances afin que les entreprises considérées comme stratégiques pour la défense puissent obtenir facilement un prêt garanti par l’Etat (PGE).

Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que les entreprises qui travaillent dans le secteur de la défense résistaient mieux à la crise que celles qui travaillaient à la fois avec notre ministère et avec le secteur privé. En effet, les premières n’ont pas eu à subir de changement de carnet de commandes de notre part, alors que les secondes, comme Airbus ou Safran, ont souffert de l’annulation de certains contrats avec leurs clients. Aussi, afin d’aider ces dernières à passer le cap de la crise, nous avons décidé d’avancer l’ordre de certaines commandes initialement prévues d’ici un an ou deux. De plus, nous avons également accéléré nos délais de paiement et augmenté nos avances d’acompte le plus possible. Par exemple, toutes les factures d’un montant inférieur à 5 000 euros hors taxes sont désormais payées sans demande d’attestation de service. Enfin, le fonds DEFINVEST a été doublé, passant de 50 à 100 millions d’euros. 

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