Financement des entreprises et Trésorerie

Interview - Emmanuelle Trichet, chef du service des titres de créances négociables, Banque de France

"La France représente le premier marché des titres de court terme de la zone euro."

Option Finance - 3 juillet 2017 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Banque de France

Emmanuelle Trichet, chef du service des titres de créances négociables, Banque de France
Banque de France

Il y a un an, la Banque de France, en lien avec la direction générale du Trésor et en concertation avec la place, a piloté les évolutions des règles encadrant le marché des titres de créances négociables afin d’en faire bénéficier un plus grand nombre d’acteurs. En particulier, les certificats de dépôt (CD) et les billets de trésorerie (BT) ont été regroupés pour former une catégorie unique de titres, les NEU CP (Negotiable European Commercial Papers). Quel bilan dressez-vous de ce chantier ?


Le constat est très satisfaisant. Il s’agit du 1er marché de titres à court terme de la zone euro et ce marché assure pleinement son rôle. Depuis l’entrée en vigueur de la réforme en juin 2016, les encours de court terme (maturités inférieures à un an) ont progressé, passant de 264 milliards à 276,5 milliards d’euros. Sur le seul segment des corporates, ce montant a augmenté de 7 milliards pour s’établir à 57,4 milliards à fin mai, après avoir atteint dans le courant du mois un pic historique à 60 milliards. A l’aune du nombre d’émetteurs, la dynamique est également favorable. Tous types d’emprunteurs confondus, le marché compte aujourd’hui 290 émetteurs actifs, contre 279 un an plus tôt. Sur la centaine d’entreprises non financières actives, nous en comptabilisons quinze nouvelles depuis le début de l’année 2016. D’autres dossiers sont en cours d’examen.

Les promoteurs de la réforme souhaitaient rendre le marché plus accessible à deux profils de corporates notamment : les ETI, afin de leur permettre de diversifier leurs sources de financement de court terme, et les groupes étrangers dans le cadre de l’attractivité de la place de Paris. Qu’en est-il ?

Là aussi, les résultats sont positifs. Depuis trois ans, dans la dynamique de la réforme et des travaux de place afférents, les encours émis par les entreprises affichant un chiffre d’affaires inférieur à 5 milliards d’euros ont été multipliés par près de trois, à 15,7 milliards, période sur laquelle cette population d’émetteurs a doublé. On retrouve notamment parmi ceux-ci des sociétés comme Akka Technologies, Neopost, NGE ou encore Ipsen. Et ce mouvement pourrait se prolonger. Depuis la réforme, les emprunteurs sollicitant une notation peuvent recourir aux services de l’ensemble des agences de notation enregistrées auprès de l’Esma, sous certaines conditions, au-delà des quatre plus grandes agences. Deux agences, Spread Research et Scope Ratings, ont récemment lancé une offre de notation court terme dédiée au marché des NEU CP.

En ce qui concerne les entreprises étrangères, plusieurs viennent également de mettre en place leur premier programme de NEU CP. C’est le cas, par exemple, des groupes hollandais Grandvision ou Gemalto, du spécialiste belge des services numérique Econocom et de la société de négoce suisse Louis Dreyfus Commodities. Outre l’accès à des conditions de financement attractives (le taux de financement moyen d’un corporate non noté s’établit actuellement à 0,27 % sur un an), de telles démarches peuvent s’expliquer par la faculté ouverte, depuis la réforme, de publier une documentation juridique dans une langue autre que le français. Avec l’autre possibilité offerte aux entreprises non-résidentes publiant leurs comptes en normes comptables locales d’émettre des NEU CP, l’internationalisation du marché pourrait s’accentuer progressivement. Ce marché présente en effet l’avantage d’offrir à la fois souplesse et simplicité d’utilisation.

Retrouve-t-on une dynamique comparable du côté de la demande ?


Les principales gestions monétaires ont signalé que la disparition des CD et des BT au profit des NEU CP avait contribué à renforcer la lisibilité du marché, et donc à faciliter le placement des titres. Au total, les encours sous gestion monétaire ont crû sur un an, notamment du fait de leur recherche de papiers liquides.

De nouvelles évolutions sont-elles à l’ordre du jour ?


A ce stade, aucun changement n’est prévu du point de vue réglementaire car la réforme a largement porté ses fruits, et aucune nouvelle requête n’a émané des différentes associations professionnelles, auxquelles les avancées de la réforme ont été présentées.