Financement des entreprises et Trésorerie

Bilan des marchés

L’année 2017 a tenu ses promesses

Option Finance - 18 décembre 2017 - Arnaud Lefebvre et Thomas Feat

M&A, Actions, Obligations

L’année 2017 a tenu ses promesses

Après un cru 2016 contrasté selon les segments de marché, l’année 2017 a été marquée par un regain d’activité généralisé. Soutenus par la volonté des entreprises françaises de profiter de la baisse de la volatilité, liée notamment à l’embellie conjoncturelle, ainsi que de conditions de financement toujours plus favorables, les marchés de la syndication de crédit, actions et obligataire ont vu les montants empruntés ou placés augmenter. Sur ce dernier compartiment, les volumes ont même enregistré un record historique. De quoi porter le marché des fusions-acquisitions, qui n’avait plus connu un tel dynamisme en valeur depuis dix ans.

Marché actions – Une augmentation significative des volumes émis

Après une année 2016 en demi-teinte, le marché actions français est reparti à la hausse en 2017. Les montants levés dans le cadre de financements en fonds propres ou correspondant à des placements de blocs ont atteint 30 milliards d’euros contre 22 milliards l’an dernier et 27 milliards en 2015, selon HSBC France. «Contrairement aux attentes, les émissions de titres ont été relativement peu affectées par l’incertitude électorale du premier semestre, constate Cyril Court, responsable ECM pour l’Europe chez HSBC. En outre, avec le retour de la croissance et la baisse de la volatilité sur les marchés, les émetteurs français ont bénéficié d’un contexte économique et financier plus favorable cette année.» Si la France se classe une nouvelle fois au troisième rang des marchés actions européens, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, elle compte cette année pour 13 % des volumes d’émissions totaux du Vieux Continent contre 10 % l’an dernier. Ce qui n’empêche pas certains banquiers de dresser un bilan contrasté. «La reprise du marché actions hexagonal est manifeste mais, compte tenu du poids macroéconomique de la France dans la région, cette augmentation de trois points déçoit légèrement», nuance Charles-Henry Gaultier, responsable ECM France chez Deutsche Bank.

Introductions en Bourse : le retour des opérations d’envergure

De tous les segments du marché ECM, les introductions en Bourse ont enregistré la plus forte progression annuelle en valeur, passant de 900 millions d’euros en 2016 à 3 milliards en 2017.

L’année 2017 aura été marquée par le retour d’émissions de taille importante sur le marché primaire parisien : celle du belge X-Fab pour 400 millions d’euros, d’ALD Automotive, filiale de la Société Générale, pour 1,16 milliard d’euros, et du groupe Sandro Maje Claudie Pierlot (SMCP), pour 541 millions d’euros. «Ces introductions ont été des succès, à la fois en termes de pricing, fixé généralement en haut de fourchette, et de niveaux de souscription, tous excédentaires, analyse Charles-Henry Gaultier. Dans un contexte de taux bas, le succès de ces introductions reflète l’appétence des investisseurs pour les valeurs de croissance au positionnement sectoriel singulier, susceptibles d’afficher des performances élevées à moyen et long terme.»

Autre tendance observée cette année, les techs et biotechs se sont montrées particulièrement actives sur le marché des IPO. A mi-décembre, on recensait une quinzaine d’opérations contre une huitaine un an plus tôt. Ainsi, Prodways (impression 3D), Inventiva (biopharmacie), Balyo (chariots robotisés), ou encore Biom’up (chirurgie) ont levé respectivement 58 millions, 48 millions, 45,8 millions et 42,5 millions d’euros sur Euronext et Euronext Growth cette année. Les nouveaux entrants sur le marché primaire ont connu des fortunes diverses sur les marchés depuis leur premier jour de cotation. Du côté des large caps, le bilan est pour lors positif : X-Fab a vu son cours augmenter de 18 % depuis avril, ALD et SMCP ont vu le leur diminuer très légèrement (-3 % et -5 %). Le bilan est plus contrasté du côté des small caps : si Balyo a vu son cours progresser de 30 % depuis juin, le titre Inventiva s’est déprécié d’autant depuis février.

Autre tendance observée, les investisseurs internationaux ont répondu présent en 2017. «Les investisseurs institutionnels américains ont manifesté un regain d’intérêt pour les actifs européens, qui ont affiché depuis janvier des niveaux de valorisation moins élevés que les titres américains», commente Alexis Le Touzé, coresponsable ECM France chez Société Générale.

La recrudescence d’activité observée sur le marché primaire parisien en 2017 devrait se poursuivre en 2018, estiment les banquiers. «Un dynamisme alimenté par des ventes de titres anticipées de la part de certains fonds, par des scissions de filiales, et par la cession annoncée de certaines participations de l’Etat», indique Cyril Court. L’équipementier Novares, qui a reporté son IPO mi-novembre, pourrait être l’un des premiers corporates à se lancer l’année prochaine.

Augmentation de capital : un segment animé par les acquisitions

Les montants émis dans le cadre d’augmentations de capital (avec droit préférentiel de souscription ou non) ont fortement augmenté en 2017, passant de 6,9 milliards d’euros l’an dernier à 11,2 milliards à mi-décembre. «Les émissions de titres nouveaux effectuées à des fins de financement d’acquisition ont compté pour les deux tiers des opérations enregistrées depuis janvier», note Charles-Henry Gaultier. A titre d’exemple, Amundi ou encore Gecina ont levé respectivement 1,4 et 1,1 milliard d’euros cette année, opérations consécutives des rachats de Pioneer Investments et d’Eurosic. «Les taux de souscription affichés par ces deux transactions, supérieurs à 200 %, illustrent la très bonne réception des actionnaires et des marchés pour ce type d’opérations en 2017», commente Charles-Henry Gaultier. En outre, les émetteurs sont parvenus à placer leurs nouveaux titres avec une décote limitée, à l’image de celle obtenue par Amundi (19,62 %).

Du côté des opérations de recapitalisation, l’augmentation de capital effectuée par EDF pour un montant de 4 milliards de dollars dont trois souscrits par l’Etat, assortie d’une décote de 34,5 %, constitue l’opération phare de 2017. Il s’agit de la plus importante opération du genre enregistrée sur la place de Paris depuis 2014. A l’électricien s’est joint en outre SoLocal, qui a émis 400 millions d’euros de titres nouveaux dans le cadre d’un vaste plan de restructuration financière en mars dernier.

Dopé par la croissance anticipée du marché M&A l’année prochaine, le niveau des augmentations de capital constaté cette année devrait se maintenir l’an prochain.

Cessions de blocs : les opérations post-IPO très actives

A l’instar des deux segments évoqués précédemment, les volumes français de cessions de blocs ont très nettement augmenté en 2017, passant de 7,1 milliards l’an dernier à 11,8 milliards d’euros à mi-décembre. Une progression de 65,1 %, supérieure de 15 points à la croissance de l’activité sur l’Europe. «Les entreprises et l’Etat ont profité de la très bonne tenue des indices pour effectuer des placements accélérés structurants», indique Alexis Le Touzé.

Entre le 11 janvier et le 5 décembre 2017, pas moins de 36 opérations ont été réalisées selon Dealogic, soit deux fois plus que l’an dernier. En janvier et septembre, l’Etat s’est par exemple désengagé à deux reprises du capital d’Engie, cédant 4,1 % et 4,5 % de sa participation dans l’énergéticien pour des montants de 1,14 et 1,53 milliard d’euros. «Deux opérations réalisées avec des décotes particulièrement faibles, de 4,5 % et 1,2 % respectivement, inférieure pour l’une à la moyenne européenne de 2016, pour l’autre à la moyenne européenne du premier semestre 2017», indique Charles-Henry Gaultier. En mai, la Belgique a vendu pour sa part 31,2 millions d’actions BNP Paribas pour un montant de 2,031 milliards d’euros. La holding Clayax, regroupant les participations de plusieurs actionnaires de Spie, a cédé par trois fois des blocs cette année, de 10,1 %, 5,2 % et 5,2 %. «A l’instar de cette opération, ou du retrait du fonds Bain Capital de Maisons du Monde en mai dernier, les opérations de cession de titres post-IPO ont été particulièrement représentées cette année», commente Cyril Court.

Encouragées par les niveaux de valorisation élevés des marchés actions, les opérations de cession de titres structurantes devraient se poursuivre l’an prochain, alimentée notamment par les cessions de titres post-IPO.

Obligations convertibles : les volumes d’émissions en baisse

Après une année 2016 record, les émissions françaises d’obligations convertibles ont diminué de 43 % en valeur en 2017, soit plus sensiblement qu’en Europe (-14,4 %). «A 4 milliards d’euros, le marché hexagonal reste néanmoins le plus important du Vieux Continent», précise Charles-Henry Gaultier.Au 30 novembre, quinze émissions d’obligations convertibles avaient été réalisées, un volume à peu près similaire à celui de l’an dernier. A l’image de Vinci et Michelin, certaines sociétés sont venues à plusieurs reprises sur ce compartiment pour abonder des souches existantes, une tendance déjà observée en 2016 avec Valeo et Technip. De son côté, le groupe Carrefour s’est distingué cette année en réalisant l’émission la plus importante toutes catégories confondues (dilutive et non dilutive), d’un montant nominal de 500 millions d’euros et assortie d’une prime de conversion de 20 %. «Un pourcentage situé dans la fourchette basse des standards de marché constatés en 2017, situés entre 30 % et 40 %», indique Charles-Henry Gaultier. En outre, plusieurs corporates ont bénéficié de conditions de financement très attractives, à l’image d’Elis et d’Artemis, dont les émissions ont été assorties de rendements nuls ou négatifs (-0,40 %).Selon plusieurs banquiers, stimulées par un environnement de taux bas, pas moins de cinq opérations pourraient être réalisées au premier trimestre 2018.


Thomas Feat
                


Marché obligataire - De nouveaux records atteints

Toujours plus haut. Après avoir enregistré un niveau d’activité historique en 2016, le marché obligataire corporate en euro n’a pas tardé à battre ce record. Environ 310 milliards d’euros ont en effet été levés par des entreprises internationales en 2017, contre près de 300 milliards un an plus tôt. Comme c’est le cas régulièrement, les émetteurs français se sont imposés comme les principaux animateurs de ce compartiment. «Nous avons enregistré près de 140 émissions réalisées de la part de sociétés non financières hexagonales (toutes devises), pour un montant total de 75 milliards d’euros (équivalent), indique Michael Haize, responsable mondial de l’origination obligataire de Natixis. Jamais celles-ci n’avaient emprunté autant en euro !» L’an dernier, elles avaient emprunté environ 65 milliards.

Des refinancements d’acquisitions

Plusieurs facteurs ont soutenu cette dynamique. D’abord, de nombreux groupes ont procédé à des refinancements de dette existante. «Illustration de cette tendance, les opérations de gestion du passif (liability management), qui combinent l’émission d’une nouvelle souche avec un rachat de souches existantes, ont été très nombreuses, témoigne Julien Brune, co‑responsable de l’ingénierie financière pour les activités primaires obligataires chez Société Générale CIB. Il est fréquent que de telles opérations représentent près de la moitié des levées de fonds que nous préparons avec les émetteurs corporate européens.» Le M&A a constitué un autre moteur. «Dans un contexte porteur pour les fusions-acquisitions, nous avons assisté à plusieurs refinancements de transactions, à l’instar de ceux de LVMH, d’Eurofins Scientific ou encore de Safran», confirme Félix Orsini, co‑responsable de l’origination marchés de capitaux de dette pour les entreprises chez Société Générale CIB. Toutes nationalités d’emprunteurs confondues, ce type d’émissions explique 15 % des volumes globaux, selon les évaluations des spécialistes.

Enfin, une partie importante de l’activité a été tirée par des financements qualifiés d’«opportunistes». Il faut dire que les rendements sont tombés en 2017 à des niveaux très attractifs. «Certes, les taux d’intérêt mid-swap ont augmenté d’une dizaine de points de base entre janvier et décembre – par exemple, le taux à 10 ans est passé de 0,67 % à 0,8 % –, constate Franck Hergault, managing director en charge de l’origination obligataire corporate chez Crédit Agricole CIB. Mais dans le même temps, les spreads ont diminué plus fortement : la marge d’emprunt moyenne des corporates mesurée par l’indice iBoxx a en effet reculé d’environ 25 points de base sur la période, pour s’établir la semaine dernière à 47 pb. Au final, les conditions de financement n’ont jamais été aussi favorables qu’aujourd’hui !» Dans ce contexte, les émetteurs ont obtenu des coupons historiquement bas. En empruntant sur trois ans, Veolia a par exemple bénéficié mi-novembre d’un rendement négatif (- 0,026 %), une première pour une entreprise notée dans le bas de la catégorie investment grade !

Des primes de nouvelle émission négatives

Un acteur, en particulier, a entretenu cet environnement favorable : la Banque centrale européenne. A travers son programme de rachat d’actifs (quantitative easing, QE), cette dernière a en effet acquis 80 milliards d’euros de titres par mois jusqu’en mars (obligations souveraines, sécurisées et corporate), puis 60 milliards à partir d’avril, ce qui a contribué à maintenir les taux bas et à instaurer une pression baissière sur les spreads. «Outre les sommes qu’elle investit sur le segment corporate – environ 6 milliards d’euros par mois –, l’institution a vocation à conserver les titres achetés jusqu’à leur échéance (buy and hold), rappelle Franck Hergault. Pour les investisseurs, cette caractéristique est très rassurante car elle permet de rendre les souches obligataires sur le marché secondaire sensiblement moins volatiles.» De quoi inciter les gérants et les institutionnels à se positionner massivement sur la dette de sociétés non financières. Ainsi, le taux de sursouscription moyen des émissions s’est établi entre 3 fois et 3,5 fois en 2017, une fourchette comparable à celle de 2016 et «élevée» selon les banquiers. «La forte participation recensée dans les livres d’ordres s’est traduite par un recul des primes de nouvelle émission, passées sur un an de 9 pb en moyenne à 6 pb, signale Franck Hergault. Fait extrêmement rare, ce niveau a même été négatif dans plusieurs opérations (Icade, Aéroports de Paris, Iliad, etc.).»Même si la BCE va réduire en 2018 la taille du QE de moitié, à 30 milliards d’euros de rachats mensuels, les spécialistes n’anticipent pas de bouleversements. «La BCE allant continuer d’intervenir, la liquidité va rester abondante, insiste Michael Haize. En outre, la croissance va continuer de s’améliorer en Europe, tandis que les facteurs de risque économique demeurent limités. Face à ces perspectives, l’orientation du marché devrait être tout aussi favorable en 2018.» D’après les banquiers, plusieurs émetteurs sont dans les starting blocks et se tiennent déjà prêts à solliciter les investisseurs dès les premiers jours de janvier.


Arnaud Lefebvre

Les opérations corporate les plus marquantes

  • La plus importante en taille : 4,5 milliards d’euros, levés par LVMH en plusieurs tranches (mai).
  • La plus longue en maturité (hors hybride) : 20 ans, une durée pour laquelle ont opté RTE (octobre), Engie (septembre) et Unibail-Rodamco (mai).Le coupon le plus bas : 0 %, un taux obtenu par LVMH (mai) et Veolia (novembre) pour une tranche de trois ans.
  • Le spread le plus faible : 5 points de base, un seuil dont a bénéficié Veolia (novembre).
  • Le taux de sursouscription le plus élevé : 8,5 fois, un ratio observé lors de l’émission d’hybrides d’Eurofins Scientific (novembre).

Un bilan positif sur le segment high yield

  • Dans un contexte de taux bas, la recherche de rendements est restée la priorité des investisseurs. «Ce faisant, l’appétit pour le risque s’est nettement renforcé en 2017, comme en témoigne la part importante que représentent les émetteurs français non notés et high yield : 21 % des volumes globaux environ», indique Michael Haize, chez Natixis.

  • Les entreprises ont bénéficié, comme sur le compartiment investment grade, de conditions très favorables. «De 280 points de base en début d’année, le spread moyen des émetteurs high yield mesuré par l’indice iTraxx (ndlr : celui-ci se base sur le niveau de produits dérivés, à savoir les credit default swaps des émetteurs) est tombé aux alentours de 230 pb fin novembre, proche de son plancher historique de 220 pb atteint en septembre», indique Tanneguy de Carne, responsable marché de capitaux de dette non-investment grade chez Société Générale CIB. Par exemple, Rexel a émis début novembre 500 millions d’euros sur sept ans avec un taux de 2,125 % seulement.

  • Pour 2018, les perspectives restent positives. «Même si la publication de mauvais résultats de la part de quelques émetteurs a introduit de la volatilité sur le marché mi-novembre, les tensions sont rapidement retombées, poursuit Tanneguy de Carne. Quelques jours plus tard, Volvo, par exemple, émettait avec un coupon de 2 %, après une double révision du spread à la baisse, tandis que les liquidités détenues par les fonds spécialisés demeurent toujours abondantes.» Plusieurs investisseurs sondés par les banquiers leur ont ainsi fait part de leur intention de renforcer leur exposition sur cette classe d’actifs l’an prochain.

Syndication de crédit - Des coûts d’emprunt au plus bas

C’est un rebond… timide. En net recul en 2016, l’activité sur le marché français de la syndication de crédit s’est un peu redressée cette année. Les montants empruntés par les entreprises ont en effet avoisiné 75 milliards d’euros selon Dealogic, contre 70 milliards environ l’an passé et près de 120 milliards en 2015. «Le nombre d’opérations, évaluées à 219, est quant à lui en légère baisse de 6 % environ», précise Drifa Ouahmed-Choulet, responsable syndication de crédit investment grade pour la région EMEA chez BNP Paribas. De quoi laisser aux banquiers un sentiment contrasté. «En termes de volumes notamment, 2017 n’aura pas constitué une année exceptionnelle», reconnaît Laurent Vignon, responsable crédits syndiqués EMEA chez Société Générale CIB.

Des financements de taille plus réduite

Plusieurs facteurs ont freiné le rebond attendu. D’abord, les renouvellements de lignes de crédit revolving (RCF) ont été moins nombreux en 2017. «Il faut dire que les ETI et les grands groupes avaient déjà massivement refinancé leur RCF depuis 2014 afin de profiter des bonnes conditions de marché, rappelle Laurent Vignon. Ce faisant, la plupart des facilités de prêt existantes n’arriveront à maturité qu’en 2019-2020, limitant de fait les besoins des entreprises en la matière.» Sur ce volet, les principales opérations ont été réalisées par Pernod Ricard (2,5 milliards d’euros) et SFR (2,46 milliards). Ensuite, en dépit d’un marché du M&A dynamique (voir page suivante), les volumes correspondant aux financements d’acquisition ont pâti de l’insuffisance de transactions de taille significative payées en numéraire. «A la différence des dernières années (Danone en 2016, Air Liquide en 2015…), nous n’avons pas assisté en 2017 à des “méga deals” (jumbo) financés par de la dette en France, regrette Drifa Ouahmed-Choulet. Dans ce contexte, le M&A n’a pas constitué un moteur pour le marché de la syndication aussi fort qu’espéré.» Le plus gros financement d’acquisition mis en place cette année n’atteint ainsi pas le seuil des 10 milliards d’euros (voir tableau).

Un essoufflement du mouvement baissier des marges

Alors que les banques disposent toujours d’importantes liquidités, cette augmentation modérée des montants levés a permis aux entreprises de bénéficier de conditions d’emprunt encore plus favorables. «Sous l’effet de la forte concurrence entre établissements prêteurs, les marges ont poursuivi leur tendance baissière entamée depuis plusieurs années déjà, signale Drifa Ouahmed-Choulet. Si le mouvement a été modéré pour les emprunteurs affichant un profil de crédit investment grade, à savoir de l’ordre de quelques points de base seulement, certains émetteurs non notés ou non investment grade ont pour leur part pu voir leur marge diminuer de 20 à 30 %.» En moyenne, une société notée BBB peut ainsi escompter obtenir un spread de 35 pb environ, tandis que ce seuil peut être compris entre 120 et 250 pb pour un groupe crossover (BB+) ou high yield. Des niveaux historiquement bas. Outre le prix, le contenu des documentations juridiques s’est également encore assoupli, avec une généralisation de la réduction du nombre de convenants et/ou un relèvement des plafonds des ratios à respecter. En revanche, aucune évolution n’a été constatée en ce qui concerne les commissions facturées par les banques ou les maturités des crédits syndiqués (5 ans avec deux clauses d’extension d’un an chacune).

D’après les banquiers, cet environnement favorable aux émetteurs devrait perdurer. «Dans la mesure où la BCE va continuer d’injecter des liquidités sur les marchés en 2018, les taux ne devraient pas remonter sensiblement, estime Laurent Vignon. Ajouté à cela le fait que la liquidité dans le secteur bancaire reste abondante, le coût des crédits syndiqués va demeurer attractif pendant encore plusieurs mois.» Suffisant pour inciter les entreprises à refinancer par anticipation leurs échéances de 2020 dès l’année prochaine ?

Arnaud Lefebvre


M&A - Un marché au plus haut depuis dix ans

Après un net recul en 2016, le marché français des fusions-acquisitions a atteint cette année son plus haut niveau en valeur depuis… 2007 ! Ainsi, entre le 1er janvier et le 18 décembre, les opérations impliquant au moins une entreprise hexagonale ont progressé de 30 % par rapport à l’an dernier pour atteindre 200 milliards d’euros, selon Dealogic.

Un cru dynamique donc, qui s’achève sur les chapeaux de roues, avec les OPA lancées la semaine dernière par Atos sur Gemalto (finalement rejetée par la cible jeudi matin) et par Unibail-Rodamco sur le groupe australien Westfield (24,7 milliards de dollars). «Comme l’illustre cette dernière transaction, l’année aura été marquée par le retour des opérations d’envergure, à l’image du rapprochement d’Essilor et de Luxottica Group pour environ 24 milliards de dollars», indique Bertrand Peyrelongue, global head of M&A chez Crédit Agricole. A l’échelle européenne, la France se classe deuxième en valeur, derrière le Royaume-Uni et devant l’Allemagne. En volume, le total des opérations annoncées depuis janvier accuse toutefois un léger repli, passant de 2 554 à 2 256 en glissement annuel.

Des opérations structurantes

Au nombre des principaux mouvements survenus entre janvier et mi-décembre figurent l’acquisition de Zodiac Aerospace par Safran pour 8,6 milliards d’euros, l’union d’Alstom et de Siemens Mobility pour un montant de 7,3 milliards d’euros, ou encore l’absorption du danois Maersk Oil par Total pour 6,3 milliards d’euros. «Les grands groupes français se sont illustrés ces onze derniers mois par des opérations particulièrement structurantes, répondant souvent à une logique d’adaptation à un environnement sectoriel en mutation profonde et rapide», commente Guillaume Molinier, associé-gérant chez Lazard.

Cette bonne tenue du marché des fusions-acquisitions français s’explique par la persistance d’un contexte économique, politique et financier particulièrement avantageux : rétablissement de la conjoncture à l’échelle domestique et en Europe, amélioration de la situation de trésorerie des corporates et de leurs résultats, élection d’un président «pro-business», situation de taux bas facilitant l’accès au financement et orientation favorable des marchés actions. «Sur ce dernier point, les investisseurs ont largement sursouscrit les différentes augmentations de capital destinées au refinancement des acquisitions», illustre Cyril Court, responsable ECM Europe continentale chez HSBC. A titre d’exemple, Gecima, Suez Environnement, ou encore Europcar ont facilement mené à bien leurs levées respectives d’un milliard, 750 millions et 150 millions d’euros, consécutives de leurs rapprochements avec Eurosic, GE Water et Goldcar.


Des valorisations à la hausse

Conséquence de cet environnement porteur et de l’amélioration des anticipations de résultats futurs de la plupart des corporates, les valorisations des actifs ciblés ont été orientées à la hausse. Parmi les sociétés cotées, les prix ont augmenté d’environ 10 % cette année (SBF 120), un renchérissement auquel s’est ajouté le versement d’une prime comprise entre 15 et 40 %. S’agissant du non-coté, le ratio moyen valeur d’entreprise sur Ebitda a atteint le niveau record de 9,5 fois, selon le dernier indice publié par Argos-Soditic et Epsilon Research, contre 8,5 fois fin 2016. «Cet appétit des investisseurs pour les actifs bien valorisés se traduit par un renforcement de leur vigilance sur la robustesse des business models, la qualité des managements et la rigueur des projections d’activité», commente Cyril de Mont Marin, associé gérant chez Rothschild.Avec l’accélération de la croissance, le regain d’activité constaté en 2017 sur le marché français des fusions-acquisitions devrait se poursuivre en 2018, anticipent les banquiers d’affaires. D’autre part, la volonté récemment affichée par plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, de créer des pôles industriels capables de rivaliser avec les géants chinois ou américains, pourrait déboucher sur une amplification des mouvements de concentration dans un futur proche.


Thomas Feat

Les corporates français actifs aux Etats-Unis

Encouragées par le maintien d’un euro fort face au dollar, les entreprises hexagonales ont été actives sur le marché américain. Bonduelle et Lactalis, notamment, se sont portés acquéreurs de Ready Pac Food, leader sur le segment des salades en portion individuelle, et de StonyField, filiale américaine de Danone. Suez a par ailleurs repris les activités de GE Water. A la fin du 3e trimestre, les Etats-Unis étaient le second pays le plus ciblé par les entreprises françaises, selon Thomson Reuters, avec 12,2 milliards de dollars d’acquisitions.