Financement des entreprises et Trésorerie

Euro-PP

Pourquoi choisir un taux «variable»

Option Finance - 10 avril 2017 - Guillaume Clément

Euro-PP, Placement privé, Dette, Taux

Depuis la création en 2012 du marché Euro-PP, moins d’une entreprise sur dix y a levé de la dette sous la forme d’un placement privé à taux «variable». Ce mode de rémunération des prêteurs présente pourtant plusieurs intérêts, notamment en matière de coûts.

Entre 2012 et 2016, les entreprises ont réalisé près de 340 levées de dette sur le marché français des placements privés (Euro-PP), récoltant au passage environ 24 milliards d’euros, selon Dealogic. Alors que plus de 90 % de ces opérations sont à taux fixe, une poignée d’entre elles affichent pour leur part un coupon «variable». «Certes, la majorité des émetteurs préfèrent la sécurité et la visibilité offertes par les taux fixes, indique Marc-Etienne Sébire, avocat associé, CMS Bureau Francis Lefebvre. Mais certains emprunteurs peuvent toutefois avoir intérêt à prévoir un taux “variable” pour leur Euro-PP.»

Mathieu Guillo, responsable trésorerie et financement, Soufflet
Soufflet

De fait, une poignée de sociétés (Holgat, par exemple) a émis des Euro-PP dont le coût de financement correspond à l’Euribor 3 mois plus une marge prédéfinie. Entre fin 2014 et début 2015, le groupe agro-industriel Soufflet a par exemple émis 70 millions d’euros à six ans, 45 millions à cinq ans et 105 millions à sept ans, assortis de coupons Euribor plus une marge supérieure à 2 %. «Compte tenu du passage de l’Euribor de 0,081 % à – 0,33 % entre fin 2014 et aujourd’hui, nous avons pu bénéficier d’une diminution de nos frais financiers concernant ces deux lignes, et en particulier concernant celle de 70 millions d’euros, cette dernière n’étant pas “floorée”», se félicite Mathieu Guillo, responsable trésorerie et financement du groupe Soufflet (4,738 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015/2016).

Des clauses de step-up

Le plus souvent, les entreprises qui émettent des Euro-PP à taux «variable» négocient toutefois en réalité un coupon fixe qui peut évoluer dans le temps si des clauses de «step-up», définies contractuellement lors de la conclusion de l’emprunt, sont activées. «Ces dernières peuvent par exemple porter sur l’évolution du ratio de dette nette sur Ebitda (levier) de la société durant la période du prêt», précise Marc-Etienne Sébire. En décembre dernier, Grenadier Holding (qui appartient au groupe britannique Paragon) a par exemple levé 52 millions d’euros à sept ans en recourant à ce procédé. «Il a ainsi obtenu un coupon de 4 % qui pourra être porté à 4,5 % si son levier, qui représentait 1,6 fois l’Ebitda à fin juin 2016, venait à dépasser 2 fois l’Ebitda, et à 5 % s’il excédait 3 fois l’Ebitda», explique Laurent Pellerin, directeur debt capital markets chez Crédit Agricole CIB et conseil de la société.

Si les clauses de step-up semblent de prime abord défavorables aux émetteurs, elles leur permettent en réalité généralement de réduire le coût financier de leur opération. «Comme le levier de Paragon est fortement susceptible d’augmenter au cours des prochaines années en raison de sa stratégie de croissance externe, les investisseurs réclamaient initialement un coupon aux alentours de 5 %, poursuit Laurent Pellerin. Or le fait d’avoir proposé des clauses de step-up a permis à l’entreprise de réduire le coût global de ce financement en convainquant les porteurs obligataires d’aligner ses coupons sur l’évolution de sa qualité de crédit.»

Les Euro-PP dont le coupon est indexé sur l’Euribor pourraient certes se révéler prochainement moins intéressants pour les corporate que ces dernières années, en raison de tendances haussières des taux à moyen terme, mais les Euro-PP dont la «variabilité» du coupon réside dans des clauses de step-up devraient pour leur part rester attractifs pour les entreprises.

Des reportings complémentaires

Les entreprises qui émettent un Euro-PP dont le coupon peut évoluer en cas d’activation d’une clause de «step-up» (franchissement d’un seuil de levier, etc.) doivent produire des reportings additionnels pour les investisseurs durant la durée de leur emprunt. «L’émetteur est en effet tenu de leur fournir tous les six mois un document validé par ses commissaires aux comptes présentant ses principaux ratios financiers à l’issue de la période écoulée, afin de permettre aux porteurs d’ajuster, si besoin est, le niveau du coupon», explique Laurent Pellerin, directeur debt capital markets chez Crédit Agricole CIB.

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