Fiscalité, Comptabilité, Droit

Etude

Fraude au virement : des entreprises inquiètes mais peu outillées

Option Finance - 5 février 2021 - Arnaud Lefebvre

Fraude

Option Finance, le cabinet Accenture et la fintech Trustpair viennent de réaliser leur première étude sur le risque de fraude au virement. Menée auprès de 165 responsables financiers d’ETI et de grands groupes français, cette enquête met en lumière l’amplification de cette menace depuis le début de la crise. Bien que la plupart des directions financières sondées indiquent avoir déjà déployé des mesures visant à lutter contre ce risque, les marges d’amélioration restent toutefois significatives. 

Si le risque de cyberattaques a fait l’objet de nombreuses campagnes de sensibilisation au cours des derniers mois, il n’est toutefois pas le seul à menacer les finances des entreprises. Comme le révélait la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en octobre dernier, la fraude au virement, plus communément appelée « fraude au président » ou « fraude au faux fournisseur », reste en effet extrêmement répandue. Ce constat ressort d’ailleurs pleinement de l’étude « Les entreprises face au risque de fraude au virement » (à télécharger à cette adresse), menée pour la première fois par Option Finance, le cabinet Accenture et la fintech Trustpair, spécialisée dans le contrôle des données bancaires tiers et la sécurité des paiements : en effet, 36 % des 165 responsables financiers d’ETI et de grands groupes interrogés (voir encadré) font état d’une augmentation de ce risque au cours des derniers mois, ce qui s’est matérialisé pour 22 % des sondés par le recensement d’une tentative de fraude, au moins, sur la période. 

Des processus encore très manuels

Dans ce contexte, il n’est donc pas surprenant de constater que la lutte contre le risque au virement s’impose, pour 87 % du panel, comme un sujet « très important » ou « assez important » en 2021. Un pourcentage qui culmine même à 99 % au sein des entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 500 millions d’euros ! Il est vrai que les stratégies mises en œuvre pour se prémunir contre cette menace restent perfectibles. Certes, un grand nombre de sociétés non financières ont déjà développé des bonnes pratiques. Par exemple, les deux tiers des entreprises interrogées ont développé un programme de sensibilisation des équipes, qui prend généralement la forme d’envoi d’informations importantes par courriels. Dans 58 % des cas, de telles actions de sensibilisation sont menées au moins une fois par trimestre. De plus, les méthodes destinées à mieux sécuriser les opérations de paiement sont largement mises en pratique, parmi lesquelles les principes de double signature (78 % des cas), de contre-appel lorsqu’un fournisseur modifie ses coordonnées bancaires (66 %) ou encore de séparation des tâches entre les collaborateurs (48 %). 

Pour autant, les processus en place se distinguent parfois par leur lourdeur, qui tend à nuire à leur efficacité. Alors que 75 % des répondants affirment effectuer un contrôle systématique des coordonnées bancaires d’un tiers lors de l’entrée en relation et que 82 % disent le faire en cas de changement de ces dernières, cette vérification dure plus de 30 minutes dans près de 40 % des entreprises. « Il s’agit d’un délai extrêmement long », pointe Agathe Chabert, marketing manager chez Trustpair. Une situation que les spécialistes de la lutte contre la fraude imputent en partie au manque d’équipement des directions financières. « Les process mis en place dans ce domaine restent de manière générale très manuels, confirme Elodie Bananier, senior manager compliance and financial services chez Accenture. Et lorsqu’une entreprise fait le choix d’adopter une solution technologique dédiée, c’est souvent parce qu’elle a déjà fait l’objet d’une fraude conséquente. » Ainsi, 16 % seulement des entreprises déclarent utiliser aujourd’hui un outil dédié à la lutte contre ce type de fraude – une part qui « monte » à 18 % dans les groupes de plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Des projets d’investissement

La situation pourrait cependant évoluer dans les mois à venir. En effet, à la question portant sur les projets prioritaires en matière de transformation digitale pour 2021, 79 % des responsables financiers de grands comptes placent l’intensification de la lutte contre la fraude au premier rang, ex aequo avec le renforcement de la sécurité des données. Pourtant, ils ne sont que 16 % des répondants à déclarer avoir l’intention d’investir davantage dans ces domaines, auxquels s’ajoutent 49 % d’indécis. Avant de franchir le pas, ces derniers veulent encore être convaincus de la simplicité d’utilisation et, surtout, de l’efficacité des solutions disponibles sur le marché. Or beaucoup de répondants disent manquer d’informations à ce stade pour se forger un avis. 

Méthodologie

 Réalisée par Option Finance, Accenture et Trustpair, l’étude intitulée « Les entreprises face au risque de fraude » a été menée entre le 7 décembre 2020 et le 22 janvier 2021 auprès de 165 directeurs financiers, directeurs administratifs et financiers, deputy managers et trésoriers. 

 L’ensemble des répondants évoluent dans des ETI ou des grands groupes : 43 % officient dans une entreprise réalisant un chiffre d’affaires compris entre 50 millions d’euros et 500 millions d’euros, 24 % dans un groupe réalisant un chiffre d’affaires compris entre 500 millions d’euros et 1 milliard d’euros et 33 % dans une société affichant plus de 1 milliard d’euros de revenus.

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