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Bourse

Les marchés ne s’affolent pas pour le moment

Option Finance - 29 mars 2016 - Audrey Spy

Brexit

Même si le risque d’un Brexit les préoccupe, beaucoup de gérants d’actifs jugent qu’il n’est pas nécessaire de réduire leur exposition déjà faible sur le marché britannique. D’autres souhaitent même profiter encore de sa bonne tenue.

Romain Boscher, responsable mondial actions, Amundi
Amundi

Le Royaume-Uni sortira-t-il de l’Union européenne ? Les pronostics vont bon train depuis que le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé le 20 février dernier la tenue du référendum le 23 juin prochain. «Lorsque nous avons effectué l’an dernier notre scénario macroéconomique pour 2016, nous pensions que le sujet du Brexit ne serait posé qu’en 2017 et non pas dès cette année», reconnaît Nadège Dufossé, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam. Si les gérants restent plutôt confiants quant à l’issue de la consultation, ils reconnaissent qu’elle n’en reste pas moins très incertaine. «Le Brexit ne figure pas dans notre scénario central, mais il constitue un de nos sujets majeurs de préoccupation», souligne Romain Boscher, responsable mondial actions chez Amundi.

Un risque à surveiller

Les gérants ont donc dû prendre en considération ce nouveau risque pour les marchés. Il est vrai que les actions britanniques représentent aujourd’hui près de 40 % des indices boursiers européens, tandis que le Royaume-Uni est la première Place en matière de capitalisation boursière en Europe. Pour autant, les gérants français préfèrent actuellement jouer la zone euro et éviter le risque de devise. La plupart des gestionnaires y sont donc finalement peu exposés. «Sur les 100 milliards d’euros que nous détenons en actions, seulement 5 milliards d’euros concernent des valeurs britanniques, témoigne Romain Boscher. De plus, nous couvrons dans certains cas nos positions contre le risque de change, puisque la livre sterling, comme on l’a vu depuis le début de l’année, serait la première à souffrir en cas de Brexit. Mais nous n’avons pas pour le moment effectué d’arbitrages sur ce portefeuille d’actions.»
Une stratégie qui est partagée par les gérants plus exposés aux actions britanniques. «Nous en détenons actuellement 40 % dans notre fonds actions européennes, indique Gérard Guerdat, analyste chez Syz Asset Management. Nous avons mené une analyse plus fine de nos valeurs anglaises pour déterminer celles qui pourraient présenter un risque plus élevé en cas de Brexit, mais nous considérons qu’il est trop tôt aujourd’hui pour prendre des mesures.»
Paradoxalement, les valeurs britanniques affichent en effet actuellement de bons résultats. Depuis le début de l’année, le FTSE 100 surperforme l’Euro Stoxx 50 puisqu’il affiche un repli de moins de 1 % alors que l’indice des valeurs de la zone euro a perdu plus de 7 %. «Le marché britannique est fortement exposé aux secteurs de l’énergie et de la finance, des valeurs qui ont fortement rebondi au premier trimestre après avoir atteint un point bas en 2015», explique Romain Boscher. Ces hausses montrent aussi que les valeurs anglaises n’ont pour le moment pas souffert de l’incertitude politique. «Nous ne constatons pas aujourd’hui de prime de risque sur les actions britanniques, estime Nadège Dufossé. Néanmoins, les valorisations entre les valeurs domestiques et les valeurs plus internationales commencent à s’écarter.»

Une préférence pour les valeurs internationales

Les entreprises cotées britanniques qui réalisent une grande partie de leur chiffre d’affaires à l’international sont en effet davantage recherchées. Elles représentent toutefois près de 80 % de la Bourse anglaise. «Nous avons récemment diminué notre exposition au titre Countrywide, illustre Gérard Guerdat. Si ce groupe immobilier est très exposé au risque de Brexit puisque ses revenus proviennent uniquement de son marché domestique, notre décision de céder une partie de nos titres relève plutôt de l’évolution de son profil risque/rendement. En revanche, nous avons en parallèle acheté des actions de la marque de luxe Burberry, qui réalise moins de 10 % de son chiffre d’affaires au Royaume-Uni, puisque ses perspectives nous semblent intéressantes.»
Si le risque de Brexit ne conduit pas les gérants à délaisser l’ensemble des actions britanniques, ces derniers affichent une certaine prudence. «Une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, schéma qui devrait prendre au moins deux ans s’il se matérialisait, devrait surtout conduire à augmenter la volatilité des marchés actions européennes», prévient Romain Boscher. Face au risque de Brexit mais aussi de reprise économique plus décevante que prévu en Europe, ils commencent donc à réduire leur exposition à cette zone géographique, au profit notamment des pays émergents.

Audrey Spy