Innovation

Parole d'expert Cyril Capello, Argon & Co

Alors que certaines fintech se concentrent sur le cash, d’autres traitent le problème à la source avec le BFR

Option Finance - 24 Avril 2020 - Propos recueillis par Anne del Pozo

BFR, Fintech

Cyril Capello, Partner conseil aux directions financières chez Argon & Co, présente l’apport du Digital dans la gestion du Besoin en Fonds de Roulement (BFR).

Quelles sont les principales catégories de Fintech permettant d’optimiser le BFR ?

De nombreuses startups spécialisées dans le domaine financier sont apparues ces dernières années. Leur panorama est d’ailleurs assez large, ce qui nous amène souvent à accompagner nos clients dans leurs choix à ce sujet. En effet, si les fintechs s’adressent notamment aux Directions Financières, elles le font pour la plupart en digitalisant des processus essentiellement bancaires, en particulier les paiements. Celles-ci ont un impact sur le BFR assez anecdotique puisqu’il est limité à la fluidification des encaissements B2C.  

D’autres fintechs ont étendu le périmètre de leur activité pour démocratiser certains services que les institutions bancaires déploient à destination de grands groupes, comme le trade financing : elles jouent un rôle de tiers de confiance ou proposent un relai de trésorerie et permettent une amélioration du cash ainsi qu’un fonctionnement ergonomique, qui séduit notamment des groupes de petite ou moyenne taille. Les institutions financières l’ont bien noté, puisqu’elles ont créé des solutions comparables ou proposent le règlement des fournisseurs par carte de crédit, émulant ainsi le reverse factoring. 

Si les fintechs parabancaires permettent d’améliorer le cash, elles ne traitent pas la source du problème : le besoin en fonds de roulement lui-même. C’est ce que proposent certaines solutions spécialisées, qui se focalisent généralement sur une dimension précise du BFR, par exemple les créances ou les stocks. Loin d’être une limite, cette spécialisation permet à ces outils digitaux d’être pertinents et de générer des gains significatifs.

Comment tirer le meilleur parti de ces outils digitaux ?

L’optimisation du BFR repose sur la fluidité des processus et de la communication d’une part, et la mobilisation de tous d’autre part. Tirer le meilleur parti du digital suppose donc de comprendre comment utiliser des solutions au service de ces objectifs.

Certains de ces outils contribuent à la professionnalisation et à l’optimisation des pratiques tandis que d’autres changent plus radicalement les façons de travailler et par conséquent le niveau de gains à espérer. Mais plutôt que de les opposer, il est préférable de comprendre quelle valeur chaque solution peut apporter et comment les conjuguer pour améliorer le BFR. Concernant la collecte du cash, quelques solutions sont aujourd’hui largement éprouvées. Elles permettent un véritable saut de performance en priorisant et en coordonnant les actions au sein d’une cellule de recouvrement ou avec les forces commerciales et en proposant des formats type pour les relances. 

Même s’il ne s’agit pas de fintechs à proprement parler, il est néanmoins important de souligner que certaines solutions métier contribuent à un pilotage efficace des processus de bout-en-bout, qu’il s’agisse de la production, ou du cycle commercial. Ces solutions s’intègrent avec l’ERP et l’enrichissent de leurs propres fonctionnalités telles que la planification multi-niveaux, l’intelligence artificielle, ou les analytics ; il en résulte un meilleur contrôle des stocks et du niveau des créances ou dettes.

Enfin, les solutions d’analytics permettent d’outiller les rituels opérationnels de réduction du BFR ainsi qu’une gouvernance du cash dont l’objectif est de pérenniser les gains.

Les analytics permettent-ils d’aller plus loin dans l’optimisation du BFR ?

Les analytics conjugués à la démultiplication des capacités de stockage du Cloud offrent de nouvelles opportunités d’optimisation du BFR. Il est désormais possible de s’appuyer sur la richesse du transactionnel pour réaliser des analyses et expliquer dans le détail la variation du BFR consolidé sur la base de l’évolution des volumes, du mix, des termes de paiement négociés avec les clients et fournisseurs, du niveau des retards ou encore de la rotation des stocks. Des analyses qui contribuent à la responsabilisation et à la sensibilisation des acteurs, car elles distinguent  les évolutions subies (notamment volume et mix) de celles qui dépendent de l’action d’acteurs spécifiques. 

Enfin, ces outils délivrent une information claire grâce à la visualisation, et permettent de la diffuser au plus près du terrain au travers de tableaux de bord accessibles depuis des tablettes et smartphones. En d’autres termes, les analytics transforment les données en actions d’optimisation du BFR, ce qui est quand même l’objectif dans le contexte que nous connaissons. 

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