Après une année 2024 déjà très favorable, le marché du high yield poursuit en 2025 une trajectoire impressionnante, soutenu par des flux massifs et un marché primaire particulièrement dynamique. Pourtant, derrière la solidité apparente des performances se dessinent des signes de vulnérabilité. La compression historique des primes de risque, dans un environnement économique et géopolitique toujours incertain, interroge la soutenabilité de cette embellie. Le high yield serait-il victime de son succès ?
Le high yield esquisse une année 2025 exceptionnelle : succès durable ou excès d’optimisme ?
Que l’on s’attache au versant cash ou que l’on préfère se focaliser sur le versant dérivé, un même constat s’impose : le high yield a, jusqu’ici, très bien performé en 2025, après une année 2024 déjà très bien orientée et en dépit de niveaux de spreads déjà serrés début janvier. De fait, au 7 novembre, l’iBoxx high yield avait réalisé une performance de 3,99 % entre effet « carry » et poursuite du resserrement des primes de crédit ; quant à l’iTraxx X-Over, il clôturait à 272 pb.
Et bien que ces performances puissent être adossées à des réalités concrètes, depuis l’afflux de capitaux sur la classe d’actifs (20 milliards d’euros sur la période) et ses conséquences en termes de dynamisme du marché primaire (i.e. de capacité des émetteurs à se débarrasser de leurs problématiques de refinancement à moindre coût), jusqu’à la bonne tenue globale des publications d’émetteurs, le niveau actuel atteint par les primes de risque sur ce segment particulier ne peut que poser question. Et c’est bien ce dont témoigne la tendance à la décompression entre high yield et investment grade que l’on peut observer depuis quelques semaines (entre le 1er septembre et le 31 octobre, les multiples de spreads entre ces deux catégories sont ainsi passés de 3,60 à 4,00 pour clôturer à 3,80 au 7 novembre).
Le niveau extrêmement bas des primes de risque interroge : les investisseurs ne sont-ils pas en train de sous-évaluer les risques structurels de ce segment ?
En effet, l’environnement actuel reste marqué par un niveau, sinon record, du moins particulièrement élevé d’incertitudes et d’instabilité, affectant l’ensemble des dimensions sur lesquelles un investisseur est censé construire ses scénarios d’investissements : politiques, économiques, géopolitiques. Et si, jusqu’ici, l’essentiel de ces incertitudes s’est cristallisé sur les taux (miroirs des questionnements sur la soutenabilité des dettes publiques et la lisibilité des trajectoires monétaires de par le monde), plutôt que sur les actifs dits « risqués », il est loin d’être certain que ce phénomène singulier, en ce qu’il renverse les logiques traditionnelles de « fuite vers la qualité », soit réellement soutenable dans la durée.
L’aversion au risque menace-t-elle le fragile équilibre du marché high yield ?
De la même manière qu’il paraît compliqué de questionner la trajectoire économique mondiale et l’interaction complexe de chacun des grands pôles économiques sans s’interroger sur la résilience des émetteurs au-delà des dernières publications trimestrielles, il paraît difficile d’ignorer la possibilité qu’une nouvelle poussée d’aversion au risque puisse entraîner une correction des marchés traditionnellement considérés comme risqués, dont le high yield fait indubitablement partie.
Le temps d’un investissement indifférencié sur le segment high yield est largement révolu. Dans l’environnement actuel, une approche éloignée des benchmarks (et ETF), fondamentalement « bottom-up », circonstanciée et adossée à des scénarios idiosyncrasiques telle que l’approche value des fonds flexibles OCTO paraît adaptée. D’une part, elle emporte une prime value permettant un niveau de « carry » supérieur à celui de la classe d’actifs ; d’autre part, elle est génératrice d’alpha puisqu’elle offre la possibilité de tirer profit des dispersions sectorielles dont un tel environnement ne peut que faciliter le développement – au-delà de celles déjà identifiées de la chimie et du secteur automobile.
En résumé, sélectivité et prudence restent les meilleures alliées de la réalisation d’un rendement et d’une performance sur le segment high yield. Plus que jamais d’ailleurs, dans la mesure où au regard des niveaux atteints, les équilibres de ce segment semblent quelque peu précaires et que sa résilience globale ne manquera pas, tôt ou tard, d’être testée.