Lettres professionnelles

Novembre 2016

DSO en France : embellie générale, contraste sectoriel

Novembre 2016

Selon Euler Hermes, le DSO des entreprises françaises a enregistré en 2015 une baisse significative de – 2 jours, pour s’établir à 72 jours. Pour comparaison, il était de 64 jours à l’échelle mondiale, et de 60 jours à l’échelle européenne. La France se situe dans le groupe des pays méditerranéens, pour lesquels les délais de paiement restent hétérogènes. Comment expliquer et interpréter une telle évolution positive ? Et derrière ce contexte d’amélioration générale, quel bilan dresser à l’échelle sectorielle ?

Pour une entreprise sur quatre dans le monde, le délai moyen de paiement est supérieur à 90 jours
En 2015, 25 % des entreprises de l’échantillon étudié par Euler Hermes ont dû attendre 90 jours ou plus avant d’être payées par leurs clients, tandis que 25 % d’entre elles ont été réglées sous 31 jours au maximum. Les entreprises restantes de l’échantillon ont été payées dans un délai compris entre 1 et 3 mois.

Les pratiques de paiement sont très variables selon les régions. La Grèce, la Chine et l’Italie sont les pays où les entreprises attendent le plus longtemps avant d’être payées : 91, 88 et 88 jours respectivement en 2015. La Chine est aussi le pays le plus hétérogène en termes de pratiques de paiement, puisque le DSO y dépassait 131 jours pour 25 % des entreprises en 2015. Les pays aux délais de paiement les plus courts sont l’Autriche, la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas, où ils atteignaient en moyenne 44, 46 et 47 jours respectivement en 2015.

A l’échelle sectorielle, le DSO moyen est plus court pour les secteurs les plus orientés vers le consommateur final. L’électronique, les machines et équipements, et enfin la construction sont les secteurs où les entreprises doivent attendre le plus longtemps avant d’être payées : en moyenne 89, 87 et 81 jours respectivement en 2015. «Les deux premiers cités subissent leur position dans la chaîne d’approvisionnement, puisqu’ils supportent l’ensemble des retards de paiement survenus en aval. Le secteur de la construction, quant à lui, témoigne d’une certaine hétérogénéité des pratiques de paiement : 25 % des entreprises doivent attendre 113 jours ou plus avant de recouvrer leurs créances clients, tandis que 25 % d’entre elles sont payées sous 40 jours ou moins. Une hétérogénéité qui s’explique par la forte fragmentation du secteur», explique Marc Livinec, conseiller sectoriel chez Euler Hermes.

En revanche, dans la distribution, le délai moyen de paiement était de 27 jours en 2015, et 25 % des entreprises étaient payées sous 5 jours. D’autres secteurs orientés vers le consommateur final comme l’alimentation, les services aux particuliers ou les transports affichent un délai moyen de paiement inférieur à 50 jours. Cependant, en raison de la diversité des activités de services, les pratiques de paiement dans ce secteur sont relativement hétérogènes et 25 % des entreprises sont réglées à plus de 70 jours.

Nouvel allongement du DSO en Chine et au Brésil, la Russie épargnée

Derrière la stabilité du délai moyen de paiement à l’échelle mondiale, se cachent deux tendances différentes selon les pays. En 2015, un fournisseur devait attendre en moyenne 68 jours avant d’être payé dans les marchés émergents, alors que le délai moyen était seulement de 59 jours dans les économies développées. «Les entreprises des marchés émergents sont payées 9 jours plus tard que celles des économies avancées, alors qu’elles étaient payées 10 jours plus tôt en 2007. Nous estimons qu’en 2016, cet écart pourrait atteindre 12 jours, en raison du considérable allongement des délais en Chine et au Brésil», ajoute Marc Livinec.

En Chine, les entreprises devaient attendre 88 jours pour être payées en 2015, ce qui représente une variation de + 5 jours par rapport à 2014 et de + 20 jours par rapport à 2007. Le délai moyen de paiement devrait même atteindre 92 jours en 2016, principalement en raison de deux facteurs clés. Tout d’abord, le ralentissement de l’économie chinoise limite le chiffre d’affaires des entreprises et les pousse à retarder le paiement des factures. Ensuite, la trésorerie pléthorique accumulée par les entreprises cotées chinoises leur offre une plus grande souplesse dans l’encaissement de leurs créances. «Les entreprises chinoises cotées ont doublé leurs niveaux de trésorerie et équivalents de trésorerie depuis 2010, et sont capables d’offrir à leurs clients une alternative aux prêts bancaires. Cependant, ce modèle peut s’avérer risqué sur le long terme, notamment pour les entreprises que l’Etat chinois cesserait de considérer comme stratégiques», confirme Marc Livinec. La situation est difficile dans le secteur de l’électronique (où le DSO était de 139 jours en 2015, soit + 37 jours par rapport à 2010), dans celui des machines et des équipements (134 jours en 2015, + 22 par rapport à 2010) et dans celui de la construction (109 jours en 2015, + 33 par rapport à 2010).

Au Brésil, le délai moyen de paiement est passé de 61 jours en 2014 à 64 jours en 2015, les entreprises souffrant de la désorganisation générale provoquée par le ralentissement économique. En 2016, la poursuite de la récession pourrait encore allonger le DSO (+ 3 jours), lequel devrait atteindre son plus haut niveau depuis 2007.

La Russie se distingue comme contre-exemple de cette évolution dans les marchés émergents. Entre 2007 et 2014, le délai moyen de paiement a augmenté de + 9 jours pour atteindre 60 jours, en raison d’une nécessaire période d’alignement sur les normes internationales pour les entreprises russes. En 2015, le DSO est descendu jusqu’à 56 jours, soit largement en dessous de la moyenne mondiale. La confiance étant très faible dans le milieu des affaires russe, les acteurs ont recours à des paiements comptants pour éviter le risque de crédit, ce qui limite le délai moyen de paiement.

Aux Etats-Unis, le DSO reste stable, mais deux tendances sectorielles se distinguent

En 2016, le délai moyen de paiement des entreprises cotées aux Etats-Unis devrait se stabiliser autour de 50 jours : il était de 49 jours en 2015 et de 50 jours en 2014. Les pratiques de paiement sont relativement homogènes dans le pays, une entreprise sur deux étant payée dans un délai compris entre 24 et 65 jours. Néanmoins, cette stabilité cache deux dynamiques sectorielles opposées en 2015.

Les secteurs jugés à faible risque, comme l’industrie pharmaceutique et la chimie, ont assoupli leurs politiques de paiement et ont allongé de + 4 jours leur DSO moyen. Il est actuellement de 62 jours dans l’industrie pharmaceutique américaine. En raison de la forte augmentation du prix des médicaments, les compagnies d’assurances santé rencontrent plus de difficultés à rembourser les fonds avancés aux laboratoires. Grâce à leurs importantes réserves de liquidités, ces derniers ont pu allonger les délais concédés aux hôpitaux pour rembourser les fonds avancés. L’allongement du délai moyen de paiement dans l’industrie chimique (51 jours) est lié aux difficultés financières éprouvées par les revendeurs d’engrais et de matières plastiques. Ces entreprises essaient d’obtenir de leurs fournisseurs de produits chimiques des délais de paiement plus longs, et remboursent leurs dettes plus tard que par le passé.

A l’inverse, le délai moyen de paiement a diminué de – 4 jours dans les secteurs des métaux et de l’énergie (57 et 50 jours, respectivement), qui traversent une mauvaise passe au niveau économique.
Dans ces secteurs, les entreprises cotées ont durci leur politique de paiement pour compenser la baisse des flux de trésorerie d’exploitation, causée par la chute du prix des matières premières. Cependant, ce durcissement n’a pas suffi à empêcher ces deux secteurs de voir leur niveau de risque se détériorer et passer à «significatif» au T4 2015 et au T1 2016.

En Europe occidentale, le DSO raccourcit, mais les pratiques de paiement restent hétérogènes

En 2015, les entreprises d’Europe occidentale devaient attendre en moyenne 60 jours avant de recouvrer leurs créances clients, c’est-à-dire – 2 jours par rapport à 2014. La plus forte diminution a eu lieu en Grèce, où le délai moyen de paiement est passé de 101 jours en 2014 à 91 jours en 2015. «Les mesures d’austérité et les privatisations ont forcé les entreprises à durcir la gestion de leurs créances clients», explique Marc Livinec. En Norvège et au Royaume-Uni, le délai moyen de paiement a diminué de – 3 jours, notamment en raison du durcissement des conditions de paiement dans le secteur de l’énergie. Le délai moyen de paiement a également fortement diminué en Espagne (– 6 jours), en Suède (– 3), en Italie (– 3) et en France (– 2), grâce au rebond de l’activité économique.

L’analyse sectorielle indique que la plus forte baisse en 2015 en Europe occidentale a eu lieu dans le secteur technologique : – 7 jours, pour atteindre 82 jours. Ceci laisse à penser que les entreprises technologiques européennes ont gagné en maturité concernant la gestion de leurs créances clients, et se rapprochent de la moyenne régionale. Profitant du regain d’activité, les entreprises européennes du secteur de la construction ont également bénéficié de délais de paiement plus courts en 2015, ceux-ci ayant diminué de – 4 jours pour atteindre 65 jours en moyenne. Les plus fortes diminutions ont été observées en Espagne (– 18 jours) et en Italie (– 8 jours), alors que le Portugal a été le seul pays à afficher une augmentation (+ 3 jours).
Euler Hermes prévoit qu’en 2016, les délais moyens de paiement continueront de diminuer, dans la mesure où les entreprises européennes devraient bénéficier d’une croissance accélérée de leur chiffre d’affaires, portée par la dynamique favorable du PIB (estimée à + 1,6 % 2016, après + 1,5 % en 2015). Dans la zone euro, la politique d’assouplissement quantitatif de la BCE encourage également les entreprises à raccourcir les délais de paiement, en facilitant l’accès au crédit.

En dépit de cette amélioration générale, les pratiques de paiement restent hétérogènes et les pays européens peuvent être classés en deux groupes. Le premier groupe est composé des pays d’Europe du Nord où le délai moyen de paiement se situe autour de 50 jours et où les pratiques de paiement sont relativement homogènes. Ce groupe inclut l’Autriche, où les entreprises mettent seulement 44 jours à recouvrer leurs créances clients, les Pays-Bas (47 jours), la Suisse (48 jours), les pays scandinaves (50 jours), le Royaume-Uni (51 jours) et l’Allemagne (53 jours). Dans tous ces pays, l’écart entre les pratiques de paiement est également plus limité que la moyenne mondiale, puisque 46 % des entreprises sont réglées dans un délai compris entre 30 et 60 jours, alors que seulement 7 % d’entre elles doivent attendre plus de 90 jours.

Le deuxième groupe est composé des pays méditerranéens où le délai moyen de paiement est supérieur à 60 jours. Ce groupe inclut l’Espagne, où le délai moyen de paiement estimé pour 2016 sera de 65 jours, le Portugal (70 jours) la France (70 jours), l’Italie (86 jours), la Grèce (89 jours) et la Belgique (65 jours). Dans ces pays, 30 % des fournisseurs doivent attendre plus de 90 jours pour recouvrer leurs créances clients, et seulement 28 % sont réglées dans un délai compris entre 30 et 60 jours.

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