Les fonds obligataires datés ont connu un véritable succès de collecte auprès de la clientèle intermédiée en 2023. Plus d’une centaine de fonds ont été lancés en quelques mois avec des maturités et des profils de risque différents. Comment expliquer un tel succès ? Quels sont les atouts des fonds à échéance ? Quel rôle jouent ces fonds dans un portefeuille ? Faut-il mixer des fonds ayant des échéances différentes ? Alors que l’économie ralentit et que les baisses de taux se profilent, le timing pour investir est-il toujours favorable ? Le portage toujours attractif ? Comment évolue le marché du crédit ? Faut-il s’inquiéter de la remontée des tauxde défaut ?
Les intervenants :
- Aurélien Jacquot, gérant, CFA, La Financière de l’Echiquier
- Emmanuel Petit, responsable de la gestion obligataire & associé-gérant, Rothschild & Co Asset Management
- Thomas Peyre, gérant, IVO Capital Partners
- Bertrand Prince, gérant, Schelcher Prince Gestion
Même si le rythme de lancement ralentit, les fonds à échéance sont un vrai succès de collecte. Comment l’expliquez-vous ?
Aurélien Jacquot - Le récent succès des fonds à échéance n’allait pas de soi, car après les millésimes lancés entre 2012 et 2014 – qui ont connu un certain succès en termes de performance –, la période s’est avérée un peu plus compliquée, notamment pour les produits lancés en 2018, en 2019 et même, pour certains, en 2020. On pouvait donc se demander si les intermédiaires financiers et les porteurs allaient de nouveau s’intéresser aux fonds datés. Finalement, les investisseurs ont retenu les leçons de ce qui avait fonctionné sur la période 2012-2014 par rapport à 2018-2019, notamment le fait que les taux étaient élevés et les primes de risque attractives non seulement dans certains segments du high yield mais aussi dans l’investment grade. Les primes de risque étaient, en fait, attractives sur l’ensemble de l’univers. Ces 2 éléments expliquent pourquoi les investisseurs ont estimé que le moment était opportun pour revenir sur les fonds datés et mettre de côté les performances contrastées de certains millésimes plus récents.
Emmanuel Petit - Après des années de taux bas, beaucoup d’investisseurs, privés ou institutionnels, s’étaient détachés de la classe d’actifs obligataires. L’an dernier, il y a eu une véritable réallocation d’actifs pour profiter des opportunités offertes par la remontée des taux à partir de 2022. Nous n’avions pas vu ces niveaux de taux depuis 15 ans ! Depuis l’an dernier, les fonds les plus défensifs, positionnés sur l’investment grade, arrivent à battre...