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Bourse : le marché n’apprécie pas la surabondance d’informations
Quand trop d’informations financières sont publiées, la bourse américaine a tendance à baisser, montre une étude fondée sur l’analyse de plus d’un siècle d’articles publiés par le New York Times
Pas de marchés financiers sans information, régulière, contrôlable et de qualité. Les gendarmes des marchés y veillent et nombre d'entre eux rappellent à l'ordre les délinquants, les émetteurs comme Enron, dont les plus anciens se souviendront peut être, ou les diffuseurs comme les influenceurs, apparus récemment avec les générations plus jeunes. La théorie de l'efficience des marchés postule que toute l'information est dans les cours mais ces immédiateté et complétude ont été maintes fois mises en doute par l'expérience et plusieurs travaux empiriques. La relation entre information et valorisation boursière demeure ainsi un sujet d'intérêt constamment renouvelé, en particulier dans une période où les informations et les canaux de diffusion abondent. Mais est ce que toute cette information est bien utile ? Est ce que trop d'informations ne nuit pas à l'information ?
Dans un article récent intitulé "Effects of Information Overload on Financial Markets : How much is too much ?"trois chercheurs d'outre Atlantique, dont un banquier central américain, analysent l'interaction entre quantité d'information et impact bousier sur une période de plus d'un siècle, de 1885 à 2022 au travers de lecture d'un grand journal américain, le New York Times et de l'observation de l'évolution de la bourse américaine. Ils utilisent les techniques d'analyse du langage pour concevoir un indice d'abondance de l'information financière, en comptant par exemple les articles qui y sont consacrés dans le journal et la nature de celle ci, positive ou négative, générale ou spécifique. Leur analyse est complétée par l'étude des annonces de résultats trimestriels depuis qu'IBES les diffusent et les stocke soit environ trente ans. A l'appui de leur analyse empirique ils proposent un modèle de décision des investisseurs qui bénéficient de la quantité d'information jusqu'à un certain point puis, au-delà, peinent à intégrer le surcroît d'information, ce qui se traduit par un risque de traitement imparfait de cette information.
Les petites valeurs en première ligne
Trois résultats principaux émergent de leur analyse. La quantité d'information dans le NYT a culminé pendant la crise de 1929 et dans les années 1980 quand le format du journal a été modifié ; ensuite la compétition des sites du journal ou de concurrents comme Bloomberg ont sérieusement réduit le volume des articles consacrés à la finance. En considérant que le seuil d'absorption des informations est un écart type au dessus de la moyenne annuelle, ils montrent en effet que le marché tend à baisser, de l'ordre de 0,6% en moyenne mensuelle sur l'indice, quand l'information est trop abondante. La tonalité de l'information, positive ou négative, n'a curieusement pas d'influence selon leur étude. Les entreprises les moins liquides et plus petites tendent à être plus négativement impactées par l'excès de nouvelles. Ils observent le même phénomène sur les annonces trimestrielles des entreprises, là encore, un nombre excessif de réunions de présentation des comptes conduit à une performance négative.
Cette étude sur très longue période, fort utile en ce sens, tend donc à confirmer un impact négatif sur les cours boursiers d'un excès de nouvelles financières. Elle montre aussi clairement que les canaux de diffusion changeant, les indicateurs à suivre ne sont pas toujours les mêmes. Elle signale aussi qu'en cas de surplus d'attention sollicité par l'actualité, les investisseurs tendent à délaisser les titres les moins capitalisés et les moins suivis. Il y a sans doute quelque chose à creuser dans ce domaine avant que les traitements de l'IA n'inondent nos quotidiens. Probablement plus de nouvelles négatives est concomitant à beaucoup de nouvelles, c'est sans doute pourquoi l'incidence de la tonalité est faible. D'ailleurs comme les intervenants des marchés le savent, c'est davantage l'écart à ce qui est attendu, la surprise, qui a un impact sur les valorisations boursières. En outre les questions de qualité, de véracité et les commentaires ne sont pas traitées dans cette étude. Or, en pratique, les "fake news" et l'intoxication intéressée font hélas partie du quotidien. Ces résultats rappellent la stratégie militaire d'obfuscation, si bien décrite dans le livre Fortitude de Larry Collins, qui consiste à inonder l'ennemi d'informations pour tenter de le tromper. Comment déjouer les nouveaux risques d'information, en qualité comme en quantité, reste pour le combattant comme le gérant de portefeuille, un défi réel et de plus en plus actuel.
"Effects of Information Overload on Financial Markets : How much is too much ?"
Alejandro Bernales, Marcela Valenzuela et Ilknur Zer, Congrès de l'AFFI juin 2026
Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.
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Jean-François Boulier