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L’heure de la diversification des portefeuilles d’actions américaines ?

Publié le 2 juin 2026 à 17h00

Jean-François Boulier    Temps de lecture 4 minutes

Les « sept magnifiques » qui animent aujourd’hui Wall Street ne seront peut-être plus aussi brillantes dans quelques années, comme le montrent les épisodes précédents de concentration de la Bourse de New York, qui ont vu de grandes valeurs, comme Kodak, disparaître. D’où l’intérêt d’une stratégie de diversification, qui peut être gagnante. 

Les « megastocks » américaines ont connu des vents très favorables qui, comme les alizés, ne semblent pas s’arrêter de pousser leurs cours toujours plus haut. Les « sept magnifiques », comme leurs performances ont pu inciter à les appeler, sont dans les esprits de tous les investisseurs : Microsoft, Apple, Nvidia la nouvelle venue, Amazon, Meta, Alphabet et Tesla. Est-ce que cette situation est là pour durer ? Est-elle aussi exceptionnelle que d’aucuns le disent, et est-ce que les perspectives seront toujours aussi prometteuses ?

Dans leur article récent, « Is now the time to diversify across stocks ? », deux chercheurs de Scientific Beta prennent un angle historique pour répondre à ces questions en analysant les situations précédentes de concentrations des capitalisations boursières américaines. En fait, de telles concentrations ont selon eux été déjà rencontrées dans le marché : par exemple dans les années 1970, il s’agissait d’IBM, AT&T, Kodak, GM, Exxon, Sears et Xerox. Manifestement toutes ne sont plus là aujourd’hui et beaucoup ont dérivé dans la cote vers de moins enviables positions ! Les phases de forte concentration seraient en fait assez fréquentes depuis les années 1970, début de la période d’analyse de ces chercheurs. En outre, cette concentration se double d’une survalorisation relative des megastocks d’une ampleur historiquement assez rare, d’une fréquence de l’ordre de 10 % sur les P/E (ratios prix sur bénéfices) par exemple.

Les chercheurs étudient les performances de plusieurs stratégies de diversification, notamment celle qui consiste à équipondérer les actions en portefeuille, relativement au portefeuille de ces megastocks ainsi qu’à l’indice S&P 500, lui-même fortement concentré dans ces dernières. En effet l’histoire boursière des 50 dernières années tend à montrer que les megastocks peuvent connaître des périodes de très fortes contre-performances à la suite des fortes concentrations. En débutant la diversification au pic de la concentration, la surperformance sur une période de 10 ans relativement à l’indice des stratégies de diversification a été de 4 % annuels. De même en diversifiant à partir d’une date de forte survalorisation, la surperformance sur la période des dix ans suivants a été en moyenne de l’ordre de 5 % avec une dispersion de l’ordre de 3 % à 7 %.

La délicate question du timing

Si les arguments ne manquent pas en faveur des megastocks actuelles, en particulier le potentiel de l’IA et les barrières à l’entrée dans la technologie, les arguments ne manquaient pas non plus dans les années 1970 en faveur de d’IBM ou de Kodak, le premier s’étant redéployé sans toutefois garder son rang alors que le dernier a quasiment disparu. De plus, la concentration constatée aujourd’hui est aussi le fait d’autres phénomènes, notamment le développement sans précédent des rachats de titres et la poussée régulière des investissements indiciels favorisant les plus gros titres de la cote. Enfin le très long momentum qui a soutenu le cours de ces titres à la hausse pourrait trouver un signal d’arrêt avec les nombreuses turbulences actuelles, dont la guerre au Moyen-Orient n’est qu’un exemple.

Pourtant, les questions de timing sont souvent bien délicates à mettre en œuvre. Ce n’est évidemment qu’a posteriori que l’on peut déterminer la date du pic de valorisation ou celui de concentration ; ainsi, les surperformances évoquées plus haut ne sont pas entièrement irréalisables, car les vents porteurs dont ont bénéficié les megastocks peuvent encore leur être favorables pendant une période, mais qui sait pour combien de temps ? L’argument de la diversification (sans excès toutefois) mérite, tout bien pesé, une certaine attention, et fait partie, faut-il le rappeler, du guide de l’investisseur avisé sur le long terme.

Daniel Aguet et Félix Goltz, « Is now the time to diversify across stocks ? », Scientific Beta, printemps 2026.

Jean-François Boulier Président d'honneur ,  Af2i

Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.

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