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Les Français épargnent beaucoup, mais leurs placements ne sont pas performants

Publié le 15 juillet 2026 à 16h49

Jean-François Boulier  Temps de lecture 4 minutes

L’allocation de l’épargne reste insuffisamment orientée vers les actions, au détriment de la performance. Cette situation favorise les inégalités de patrimoine, puisque la détention d’actions est d’autant plus faible que le patrimoine est limité.

L’Observatoire européen de l’épargne a conçu un indice permettant de suivre trimestriellement la performance de l’épargne financière des ménages français. Cet indice est publié trimestriellement depuis 2022. Les indices actions comme le CAC 40 ou le Dax permettent de suivre la valeur d’un portefeuille de grandes valeurs cotées et, quand les dividendes que les entreprises versent sont réinvestis dans le portefeuille, de mesurer aussi la performance financière des investisseurs dans ces indices. Des indices obligataires du même type permettent également de suivre valeur et performance de ces actifs. Les taux versés par les comptes sur livrets et comptes à terme ainsi que les taux servis par les produits en d’assurance vie en euro permettent, en complément, de suivre la performance financière de cette épargne « réglementée ». Qu’en est-il donc de la performance au cours de cette dernière décennie des épargnants français dont on connaît les allocations moyennes dans ces différents produits ? Est-elle différente selon leur niveau de richesse ?

Dans un article récent, « From Market Indices to Wealth Indices : A Framework for Measuring Household Financial Returns », des experts de l’OEE, de l’AFG et de l’Af2i analysent l’évolution des performances financières des épargnants français en considérant plusieurs déciles de richesse dans la population, sur la période de 2012 à 2025. Les données utilisées sont celles de l’Insee, de la Banque de France et de France Assureurs ; l’indice d’épargne prend en compte les allocations dans les différents produits financiers et fait l’hypothèse qu’ils sont rémunérés au taux moyen ou à la performance des indices actions et obligataires, les unités de compte des contrats d’assurance étant ventilées en fonction de leurs poids moyens respectifs en actions et obligations. En outre, comme les détentions moyennes sont connues par déciles de la population, les différences de performances en fonction du niveau de richesse peuvent être analysées.

Des épargnants massivement investis en dépôts

Sur la période considérée, les épargnants étaient massivement investis en dépôts, qui sont passés de 39 % à 43 % du portefeuille moyen alors que les contrats en euros sont passés de 39 % à 31 %. Les détentions d’actions ont augmenté de 6 % à 10 % et les fonds (dont unités de compte) de 8 % à 13 %, en partie en raison de l’augmentation des marchés. L’indice d’épargne passe de 100 à 126 soit une performance moyenne annuelle de 2,28 %, alors que les obligations (coupons réinvestis) ont fait moins bien passant de 100 à 120 mais les actions (dividendes réinvestis), beaucoup mieux en passant de 100 à 280. Nette de l’inflation moyenne de 1,96 %, la performance est tout juste positive, avec des années où elle a été négative consécutivement à la pandémie. L’analyse des contributions à la performance montre que si la composante taux reste majoritaire à 1,25 %, la part due aux actions, certes plus volatile, apporte en moyenne environ 1,05 %. Même faible, la détention en actions s’avère un contributeur essentiel à la performance sur l’ensemble de la période.

Les détentions des épargnants les plus aisés sont beaucoup plus orientées vers les actifs financiers et les contrats d’assurance vie qui représentent en moyenne sur la période plus de la moitié de leurs portefeuilles. La comparaison des performances de la moitié des épargnants les moins nantis s’élève sur l’ensemble de la période à 1,6 % alors que le décile le plus aisé a vu son portefeuille croître de 3 %, pratiquement le double, certes beaucoup moins que le placement boursier, de presque 8 % annuels sur la période.

Ces chiffres montrent bien l’intérêt de l’indice et doivent se comprendre avant impôt. L’épargne des Français est abondante mais force est de constater que, sur cette période et sans doute d’autres encore, elle n’est pas performante. L’inégalité de performance affecte les épargnants les plus modestes car leur épargne, constituée pour des motifs de précaution, est davantage investie dans les dépôts bancaires. L’allocation de l’épargne reste insuffisamment orientée vers les actions, au détriment de la performance, et favorisant donc les accroissements d’inégalités de patrimoine. Sans fonds de pension pour en bénéficier, les épargnants français ne participent que peu voire ne participent pas aux progrès économiques et à la vitalité des entreprises du pays.

J.F. Boulier, D. Detou, G. Nacke et T. Valli, « From Market Indices to Wealth Indices : A Framework for Measuring Household Financial Returns », Bankers Markets and Investors, 2026.

Jean-François Boulier Président d'honneur ,  Af2i

Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.

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