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Prêts garantis par l’Etat : des entreprises rationnelles

Publié le 18 septembre 2026 à 12h30

Jean-François Boulier   OPTION FINANCE  Temps de lecture 5 minutes

Les entreprises ayant eu recours au PGE étaient plus jeunes et plus endettées que la moyenne, et présentaient un risque de défaut supérieur. Elles ont remboursé dès qu’elles le pouvaient cet emprunt, sortant ainsi de la crise dans une situation peu différente de celle qui prévalait avant la Covid. Les PGE ont ainsi présenté un coût relativement élevé pour l’Etat, mais ont évité une récession encore plus profonde et la disparition de nombreuses entreprises.

Le développement de la pandémie a provoqué toutes sortes de réactions, notamment de politique économique. Les prêts garantis par l’Etat (PGE) ont constitué en France un soutien aux entreprises et donc l’un des remparts majeurs contre un risque de récession sévère. Entre 2020 et 2022, 144 milliards d’euros de prêts ont été ainsi octroyés par les banques à plus de 700 000 entreprises françaises. Pour éviter le risque de hasard moral, la garantie ne portait que sur 70 % à 90 % du montant prêté, le reste étant supporté par les banques participantes. La Cour des comptes a fait le bilan macroéconomique de ce plan d’urgence qu’elle estime devoir coûter 3,6 milliards d’euros à l’horizon 2030, un peu plus d’un point de PIB. Quelles conclusions microéconomiques peut-on tirer d’un tel dispositif exceptionnel dans cette situation également exceptionnelle ?

Dans leur récent article intitulé « Impact of French state guaranteed loans on company financial statements during the Covid-19 crisis », trois chercheurs français s’intéressent aux caractéristiques économiques des entreprises ayant fait appel aux PGE et à leur évolution post-pandémie. Pour ce faire, ils s’appuient sur des données anonymes de la Coface portant sur des entreprises françaises ayant fait appel ou non au plan, ce qui permet d’analyser les différences de profil et d’évolution entre elles. Les données financières annuelles de plus de 3 400 entreprises dont 327 ont fait appel au plan ont pu être considérées avant la crise, pendant et après la pandémie. Parmi les données analysées : le taux d’endettement, la trésorerie, les actifs, les passifs, le capital circulant etc. Ils utilisent aussi une mesure classique du risque de défaut due à Altman. La méthodologie statistique qu’ils mettent en œuvre est celle désormais très classique des « différences en différences ».

Pas d’entreprises « zombies »

Première constatation, les entreprises qui ont fait appel au PGE avaient, pré-Covid, un endettement nettement supérieur aux autres et un rendement des actifs inférieur ; elles étaient plutôt plus jeunes et avaient un risque de défaut plus élevé, mais n’étaient ni « zombies » ni très différentes en taille des autres. Deuxièmement, l’impact des PGE s’est manifesté par un accroissement du ratio d’endettement et une forte croissance de la trésorerie des entreprises y ayant fait appel en 2020. Pourtant après un an, beaucoup d’entreprises aidées ont veillé à rembourser une part de leur dette en PGE, comme le dispositif le permettait, et ont ainsi réduit leur position de trésorerie. En matière de risque, le risque de défaut des entreprises participant au PGE, plus élevé avant la crise que celui des autres entreprises, avait fortement décru en 2020 et avait diminué ensuite sans toutefois rejoindre celui des entreprises n’ayant pas fait appel au PGE.

Que les entreprises ayant fait appel au PGE aient été plus fragiles que les autres pré-crise n’est guère une surprise. De plus, aucune composante sectorielle ni de taille n’apparaît entre les deux catégories d’entreprises, ce qui laisse penser que cet échantillon est suffisamment représentatif. Il est aussi assez naturel que les taux d’endettement et la trésorerie augmentent sous l’effet des PGE. Mais bonne nouvelle, après le premier choc, les entreprises ayant plus de visibilité remboursent la part jugée excédentaire de leur trésorerie pour diminuer leur endettement. Plus fragiles avant la crise, les entreprises aidées voient leur risque de défaut s’améliorer, c’était bien le but. Mais qu’à la fin de la crise les entreprises aidées, relativement plus fragiles que les autres, le demeurent, cela reste dans l’ordre des choses : les PGE n’ont pas produit de miracle !

Cette intéressante étude montre la rationalité des comportements et des décisions des entreprises dans leur ensemble dans cette période particulièrement stressée. Le plan a aussi montré son efficacité et, bien que non contraignant, a su trouver une cible qu’il a utilement aidée. Bien entendu, le coût financier estimé par la Cour des comptes est élevé. Mais relativement à un risque de récession sévère, que vaut ce gros pour-cent de PIB ? N’est-il pas rassurant de voir que certaines politiques publiques, bien que prises dans l’urgence et l’incertitude, atteignent leur but ? Il faut aussi saluer la mise à disposition de données privées en grand nombre, qui permet ce type d’analyse. L’histoire économique et financière est faite de beaucoup de redites. Puissions-nous garder la mémoire de ce qui a marché !

Jean-François Boulier Président d'honneur ,  Af2i

Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.

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