Le montant record des introductions en Bourse est-il un signe défavorable pour les marchés ?
L’introduction en Bourse de SpaceX a permis à l’entreprise de lever 75 milliards de dollars de capital en juin dernier. Quelques semaines plus tard, la société coréenne SK Hynix a introduit à la Bourse de New York des ADR pour un montant de 25 milliards de dollars. Si OpenAI semble avoir reporté son introduction, Anthropic reste dans la course pour une cotation d’ici la fin de l’année.
Le niveau de souscription des opérations de SpaceX et SK Hynix montre que l’appétit des investisseurs était bien présent, mais des questions peuvent se poser sur la capacité du marché à absorber un tel volume d’émission dans la durée.
En effet, selon Bloomberg au 19 juillet, les appels au capital se sont élevés à 580 milliards de dollars au niveau global, dont 312 milliards pour les seuls Etats-Unis. Pour ces derniers, le montant des introductions en Bourse atteint déjà 185 milliards de dollars, soit environ 0,6 % du PIB américain.
Historiquement, cette proportion du PIB n’a été dépassée qu’à de rares moments. Selon les données de Bloomberg depuis 2000 et de l’économiste Jay Ritter depuis 1980, cela ne s’est produit qu’en 1985, où les introductions en Bourse ont représenté 1,0 % du PIB, en 2000 où le montant a atteint 0,8 % du PIB, et sur la période post-Covid où le cumul sur douze mois a dépassé les 1,2 % du PIB.
Si la tendance des derniers mois se poursuit, ces records pourraient donc largement être égalés, mais avec quelles conséquences pour les marchés ? L’année 1985 a été suivie d’une période faste, mais les années 2000 et 2021 l’ont été de périodes plus difficiles. Cela représente toutefois trop peu d’exemples pour en tirer des conclusions définitives.
On notera néanmoins que les données de la Fed montrent que, pour la première fois depuis 2021, plus d’actions ont été émises que détruites par rachats d’actions ou fusions-acquisitions. Depuis trente ans, les seules périodes où cela s’est produit ont été entre fin 1999 et début 2004, puis brièvement au deuxième trimestre 2009 et enfin au quatrième trimestre 2020 et au deuxième trimestre 2021. Ces données font encore apparaître des rachats d’actions très élevés, mais l’envolée des investissements liés à l’IA pourrait peser sur leur capacité à continuer. Dans ce cas, le volume d’émissions, s’il se maintient à ces niveaux très élevés, pourrait devenir plus difficile à absorber pour les marchés.
Julien-Pierre Nouen est directeur des études économiques et de la gestion diversifiée chez Lazard Freres Gestion
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