Le spread OAT-Bund, une question française aux conséquences européennes

Publié le 1 octobre 2026 à 10h48

Thierry Million  Temps de lecture 2 minutes

Pendant des années, les marchés avaient oublié qu'une union monétaire n'était pas une union budgétaire. Avec un spread OAT-Bund à 10 ans désormais au-delà de 120 points de base (contre seulement 55 en février), la crédibilité budgétaire française redevient un déterminant majeur de valorisation. Avec une dette qui devrait atteindre 119 % du PIB en 2026 et un déficit budgétaire supérieur à 5%, la France fait l’objet d’une vigilance croissante, notamment de la part des investisseurs non-résidents qui détiennent près de 57 % de sa dette. Ceux-ci peuvent réduire leur exposition si le risque perçu augmente, alimentant alors un accroissement autoentretenu de la prime à payer par la France. Le contexte politique renforce les inquiétudes. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les marchés peinent à discerner une trajectoire crédible de réduction des déficits. Les promesses de dépenses dominent souvent les engagements d’économies. L’enjeu dépasse toutefois la France. Un élargissement excessif du spread pourrait raviver les craintes de fragmentation financière dans la zone euro. Certes, la BCE dispose du Transmission Protection Instrument (TPI), qui lui permet d’acheter de manière ciblée des obligations souveraines pour enrayer une progression démesurée des taux. Mais cet outil n’est pas un chèque en blanc. Le spread OAT-Bund est donc redevenu bien plus qu'un indicateur financier. Il constitue le baromètre de la crédibilité budgétaire française et un test de la capacité de la zone euro à concilier discipline commune et souverainetés nationales.

Thierry Million Directeur de la gestion obligataire ,  Allianz Global Investors France

Thierry Million est directeur de la gestion obligataire d'Allianz Global Investors France. Ingénieur diplômé en Informatique de l’Institut de Recherche polytechnique de Mulhouse, titulaire d’un DESS en finance de l’Institut Supérieur de Gestion et diplômé de la SFAF, Thierry Million débute sa carrière en 1987 en tant que courtier et responsable de la Trésorerie chez Dynabourse. Il est ensuite gérant obligataire à la Banque Vernes. En 1994 il rejoint Dresdner RCM Gestion en tant que directeur de la gestion obligataire. En 2001 il devient Responsable des activités Product Management et Conseil d’AGF Asset Management. A partir de 2003, il prend la responsabilité des portefeuilles diversifiés des institutionnels et entreprises, ainsi que de la recherche quantitative et économique. En 2006, il est nommé directeur de la recherche économique et quantitative et du Conseil, puis directeur de la gestion obligataire d’Allianz Global Investors en 2008. Depuis 2013, il est directeur de la gestion obligataire institutionnelle.

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