Les marchés se préoccupent du pétrole, pas des missiles
Le contraste reste saisissant : une confrontation militaire directe entre l’Iran et les Etats‑Unis, des tensions inédites au Moyen‑Orient, des flux énergétiques menacés… et pourtant, les marchés d’actions comme les obligations d’entreprises continuent de faire preuve d’une remarquable résilience.
En fait, tant que la crise pétrolière est perçue comme temporaire, les investisseurs jugent le risque élevé mais non systémique, insuffisant à ce stade pour provoquer une destruction massive de la demande mondiale. Cette lecture se reflète dans des anticipations de bénéfices globalement stables côté actions, certaines thématiques ressortant même renforcées : énergie, défense, infrastructures, transition énergétique ou intelligence artificielle. Les corrections restent limitées et rapidement mises à profit. Le marché du crédit affiche une solidité comparable, les spreads ne s’écartant que marginalement, soutenus par des bilans d’entreprises assainis et des profils de refinancement sécurisés. Les défauts demeurent essentiellement idiosyncratiques. En toile de fond, la « patience monétaire » des banques centrales, conscientes du choc d’offre, joue un rôle d’amortisseur puissant. En définitive, les marchés ne redoutent pas la guerre en tant que telle, mais son potentiel à transformer un choc pétrolier transitoire en contrainte durable sur la croissance et l’inflation.
Thierry Million est directeur de la gestion obligataire d'Allianz Global Investors France. Ingénieur diplômé en Informatique de l’Institut de Recherche polytechnique de Mulhouse, titulaire d’un DESS en finance de l’Institut Supérieur de Gestion et diplômé de la SFAF, Thierry Million débute sa carrière en 1987 en tant que courtier et responsable de la Trésorerie chez Dynabourse. Il est ensuite gérant obligataire à la Banque Vernes. En 1994 il rejoint Dresdner RCM Gestion en tant que directeur de la gestion obligataire. En 2001 il devient Responsable des activités Product Management et Conseil d’AGF Asset Management. A partir de 2003, il prend la responsabilité des portefeuilles diversifiés des institutionnels et entreprises, ainsi que de la recherche quantitative et économique. En 2006, il est nommé directeur de la recherche économique et quantitative et du Conseil, puis directeur de la gestion obligataire d’Allianz Global Investors en 2008. Depuis 2013, il est directeur de la gestion obligataire institutionnelle.
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