Recherche
Les augmentations de capital font baisser les cours boursiers, mais augmentent la liquidité
Par effet de dilution, les augmentations de capital réalisées en Europe font en moyenne baisser les cours boursiers de 4,4 % sur deux mois, mais elles augmentent la liquidité du titre concerné. Ce deuxième effet est toutefois concentré sur quelques semaines.
Les transactions boursières sont stimulées par les nouvelles sur l’environnement économique et financiers ou spécifiques aux entreprises cotées. La relation entre la liquidité des titres et les informations que les entreprises diffusent est donc un facteur intéressant à analyser, pour les émetteurs comme pour les investisseurs ou les intervenants des marchés financiers. Il paraît utile de considérer par exemple les évolutions spécifiques aux titres, comme les augmentations de capital qui s’accompagnent d’informations relatives aux émetteurs, et d’observer leurs effets sur la liquidité de leurs titres.
Dans leur récent article intitulé « Stock price informativeness and the impact of seasoned equity offerings on firm’s stock liquidity », trois chercheurs de l’université de Grenoble étudient les variations de prix et de liquidité autour des dates d’augmentations de capital. Ils s’intéressent aux marchés européens sur lesquels sont intervenues plus de 22 000 augmentations de capital entre 2000 et 2020, un très large échantillon. Les chercheurs analysent la relation entre les risques spécifiques relatifs des cours (corrigés des effets marché et secteur, en proportion de la volatilité totale) qui sont en effet sensibles aux nouvelles spécifiques à l’émetteur et les variations de plusieurs mesures de liquidité observées, comme le volume de transaction, le spread, ou encore la mesure d’Amihud (ratio de la variation absolue de prix sur le volume de transactions).
Les auteurs montrent que les impacts d’augmentation de capital sont en moyenne négatifs sur les cours, de l’ordre de – 1,4 % par rapport au marché sur un mois (et de – 4,4 % sur deux mois), soit de l’ordre de – 15 % en données annualisées, le marché interprétant négativement les émissions postérieures aux introductions pour lesquelles les résultats sont différents. Après une augmentation de capital, toutes les mesures de liquidité s’améliorent en moyenne, ce qui paraît logique, mais l’effet reste concentré pendant quelques semaines et apparaît moins nettement pour la mesure d’Amihud. L’analyse de la relation entre les risques spécifiques relatifs (avant les augmentations) et la variation de liquidité dépendent de la mesure choisie. Ainsi les spreads sont-ils réduits après une augmentation de capital quand les risques spécifiques étaient forts avant l’augmentation de capital, alors que le volume de transaction tend, lui, à diminuer dans un tel cas.
Une bonne information des entreprises nécessaire
En suivant les hypothèses de Richard Roll qui a étudié les marchés américains, les auteurs attribuent le risque spécifique relatif à une bonne qualité d’information en provenance de l’entreprise émettrice. En d’autres termes, si son titre n’évolue qu’en fonction des nouvelles générales ou sectorielles, c’est que l’entreprise n’a pas donné beaucoup d’informations spécifiques. Ainsi leurs résultats s’interprètent-ils comme un effet positif des augmentations de capital sur la liquidité lorsque l’information des entreprises est bonne avant cette augmentation, et ce, d’autant plus fortement que la liquidité du titre était faible avant l’annonce de l’augmentation de capital. Ces résultats ne paraissent pas dépendre du type de marché mais sont accentués dans les marchés les moins développés.
Cette recherche portant sur les marchés européens confirme des résultats connus sur le marché américain. Il est heureux de pouvoir mieux appréhender les marchés de notre continent et analyser leurs comportements relatifs à d’autres régions. Car leurs comportements peuvent parfois diverger, comme cette chronique l’a mentionné notamment sur des facteurs extra-financiers. Il serait utile de mieux suivre les effets étudiés lors des crises et d’analyser l’impact de l’essor des gestions indicielles sur ces relations entre information et liquidité. Pour l’essentiel des augmentations de capital concernées par cette étude empirique, les entreprises étaient sans doute de petite taille et le message, dans ce cas, apparaît clairement. Pour assurer une bonne liquidité, l’information préalable est essentielle.
Nguyen T.X.D., Burlacu R., Jimenez-Garcès S. (2025), « Stock price informativeness and the impact of seasoned equity offerings on the firm’s stock liquidity », Bankers, Markets and Investors, 2 (181), 61-77.
Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.
Du même auteur
L’information extra-financière, un gage de performance pour les portefeuilles actions ?
A court terme, les gérants prenant en compte la disponibilité de l’information extra-financière pour…
Les entreprises responsables provoquent le plus de controverses
Paradoxalement, les entreprises déployant le plus d’efforts en matière extra-financière sont à…
Biodiversité : un assouplissement de la réglementation peut inciter les entreprises à relâcher leurs efforts
Aux Etats-Unis, la remise en cause par Donald Trump, lors de son premier mandat, des règles de…
Jean-François Boulier