Les nouvelles options indiqueraient-elles les rentabilités futures ?
Les options sur actions se développent encore outre-Atlantique, avec de nouveaux prix d’exercice souvent proposés, ce qui revient à créer de nouvelles options pour un même titre. Théoriquement, celles-ci n’ont pas de lien avec l’évolution du cours des titres sous-jacents. Mais dans les faits, la création d’une nouvelle option, avec un prix d’exercice plus bas ou plus haut que les précédents, permet d’anticiper les cours futurs du sous-jacent.
Le marché des options ne cesse de croître outre-Atlantique. La popularité des one dollar options et l’important courant de trading à court terme (day trading) ont poussé les volumes de transaction sur ces instruments à des niveaux sans précédent. Comme les prix des titres sous-jacents évoluent sans cesse, les organisateurs des marchés de dérivés ajustent continuellement les séries d’options en ajoutant de nouveaux prix d’exercice, plus élevés si les cours ont tendance à monter ou plus bas dans le cas contraire. Ce n’est pas une information sur le titre lui-même, et les organisateurs des marchés de dérivés n’ont pas, a priori, plus d’information sur l’entreprise que les autres intervenants sur les marchés.
Une étude récente intitulée « The information in option strike price introduction » d’un chercheur de Boston tend à montrer que les nouveaux prix d’exercice introduits par les marchés organisés (obtenus à partir de la base de données OptionMetrics) de dérivés permettent de prédire, dans une certaine mesure, la direction future des prix des titres sous-jacents. Sur la période allant de 1996 à 2023, en moyenne quelque 300 titres par mois font l’objet de nouvelles introductions à des prix d’exercice supérieurs aux prix existants, et moins de 80 à des prix d’exercice inférieur. Mais ces moyennes sont largement dépassées lors des mois de crises pendant lesquels sont introduits plus d’un millier de nouveaux prix d’exercice en dessous de ceux existant avant la crise. Ces introductions sont naturellement liées aux mouvements récents sur les cours des titres sous-jacents.
Une corrélation difficile à expliquer
Mais ce que montre l’étude, c’est qu’elles permettent d’anticiper les cours futurs. L’écart de performance annuel des titres ayant des introductions de prix d’exercice au-dessus et au-dessous des existants est de 4 % sur 12 mois, restant stable sur 24 mois. De plus, lorsque le premier jour d’introduction, il y a effectivement une transaction, cet écart double. L’effet n’est qu’en petite partie lié à un momentum sur le titre sous-jacent et recèle donc un ressort plus important, que le chercheur essaie d’identifier. Il note en particulier qu’en moyenne sur cette très longue période, les titres qui font l’objet d’une introduction au-dessus du prix ont des prévisions de profit par les consensus d’analystes financiers pessimistes. Il note également que l’open interest sur ces nouveaux prix d’exercice tend à dépasser ceux des autres prix d’exercice. Enfin, plusieurs indicateurs classiques d’information privée importante sont positifs, comme par exemple une plus grande volatilité spécifique. En revanche, les éliminations de prix d’exercice n’apportent aucune information sur le cours futur du titre concerné.
Les marchés de dérivés disposent-ils d’une information privilégiée ? On peut raisonnablement en douter. Mais leurs membres, les brokers et autres acteurs actifs des marchés, souvent membres des marchés organisés, influencent peut-être les décisions d’introduction. Comme les options en dehors de la monnaie offrent un très fort effet de levier, il est logique qu’elles soient prisées si certains d’entre eux ont une information sur le titre. Autre hypothèse, en présence de nombreux traders peu informés, l’introduction d’un nouveau prix d’exercice lorsque le cours monte confirme l’intuition d’un spéculateur qui peut le pousser à acheter l’option avec le nouveau prix d’exercice ; celle-ci sera couverte « en delta » par son vendeur, ce qui poussera le cours à la hausse. Pourtant, comme l’indique cette étude, l’effet reste persistant en moyenne pendant deux ans... On le voit une fois de plus, l’efficience du marché américain n’est guère crédible et les stratégies d’arbitrage ou de hedge funds ont encore du potentiel !
Hojoon Lee, « The information in option strike price introduction », mars 2026, Inquire Seminar Cambridge.
Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.
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