L’Europe face aux enjeux de la dette américaine

Publié le 16 avril 2026 à 16h01

Didier Borowski    Temps de lecture 2 minutes

L’Europe est devenue l’un des principaux créanciers des Etats-Unis. Banques, assureurs, fonds de pension, banques centrales et autres investisseurs placent une part croissante de l’épargne européenne dans la dette fédérale américaine (39 000 milliards de dollars, soit 124 % du PIB). Ce gisement de titres du Trésor américain, longtemps perçus comme l’actif sans risque ultime, est à la fois une source de revenus et une dépendance stratégique.

Le Trésor américain offre ce que l’euro n’a pas encore réussi à bâtir : un actif de référence disponible en quantité illimitée. En période de stress, les portefeuilles se replient plus facilement sur ces titres qui jouent le rôle de coussin de sécurité, même si cela a été moins le cas depuis le début de la guerre en Iran, en raison des risques d’inflation.

En théorie, le volume d’actifs en dollars donne à l’Europe un levier géopolitique (lors de litiges commerciaux par exemple) : menacer de vendre massivement des Treasuries pour peser sur Washington. Mais ce levier est illusoire. Une telle stratégie ferait chuter la valeur des portefeuilles européens, déstabiliserait leurs propres systèmes bancaires, sans remettre en cause le statut du dollar, soutenu par la profondeur domestique de l’épargne américaine. Le rapport de force reste donc asymétrique : l’Europe est un créancier captif !

Le vrai enjeu pour l’Europe est de tirer les leçons de cette dépendance. Tant que l’euro ne dispose pas d’un marché unique de dettes publiques de taille comparable, les excédents d’épargne chercheront refuge en dollars. Accélérer l’intégration des marchés de capitaux, faire émerger un actif européen « sans risque » permettrait de garder davantage de cette épargne au service de ses propres priorités (transition climatique, défense, innovation) afin de bâtir sa propre souveraineté financière et son autonomie stratégique.

Didier Borowski Responsable recherche politiques macro ,  Amundi Investment Institute

Didier Borowski est responsable de la recherche sur les politiques macroéconomiques au sein de l’Amundi Investment Institute. Auparavant, il a exercé plusieurs fonctions : responsable de la stratégie Taux et Changes, co responsable de l’équipe de Stratégie et Recherche économique, responsable de la macroéconomie puis plus récemment responsable global views. Avant de rejoindre Amundi, il était économiste et stratégiste senior de Société Générale Asset Management (2000-2009). Didier Borowski a commencé sa carrière au sein de la Direction de la Prévision du Ministère de l’économie et des finances. Il a également exercé les fonctions d’expert auprès de la Commission européenne. Didier Borowski est Docteur ès sciences économiques. Il a été Professeur associé à l’Université Paris Nord (2007-2011) puis a enseigné plusieurs années à l’université Paris-Dauphine.

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