L'Europe sort de sa naïveté face à la Chine
Le couple franco-allemand n'a pas dit son dernier mot. La France et l'Allemagne reprennent l'initiative sur un enjeu décisif : la défense de l'industrie européenne contre les pratiques commerciales déloyales de la Chine. Leur démarche commune du 5 octobre marque un tournant. L'accès au marché européen ne saurait être un droit sans contrepartie lorsque les subventions et le dumping fragilisent notre appareil productif.
L'Europe commence à tirer les conséquences d'une évidence : l'ouverture commerciale et le libre-échange ne protègent pas contre les « offensives » industrielles. Défendre ses entreprises et ses emplois, ce n'est pas renoncer à l'ouverture. C'est simplement refuser la concurrence lorsqu'elle est déloyale.
La réponse franco-allemande propose un changement de cap : mobiliser davantage les instruments antidumping et antisubventions, accélérer la réaction européenne et préparer un nouvel outil capable de répondre aux distorsions systémiques. Surtout, elle associe défense commerciale, diversification des approvisionnements et anticipation des représailles. En effet, protéger le marché ne suffira pas : il faut aussi réduire les dépendances qui pourraient empêcher l'Europe d'agir.
Rien n'est encore acquis. Les propositions doivent se transformer en décisions européennes et la France et l'Allemagne restent divisées sur les contours de la préférence industrielle. Mais l'essentiel est là : une volonté commune de transformer le poids du marché unique en capacité d'action.
Cette coordination peut renforcer la résilience de l'industrie européenne. A condition de tenir une ligne claire : ni fermeture, ni passivité. Une Europe ouverte, mais capable de se défendre. On attend les propositions de la Commission à ce sujet en décembre, à la suite du Conseil européen des 15-16 octobre.
Didier Borowski est responsable de la recherche sur les politiques macroéconomiques au sein de l’Amundi Investment Institute. Auparavant, il a exercé plusieurs fonctions : responsable de la stratégie Taux et Changes, co responsable de l’équipe de Stratégie et Recherche économique, responsable de la macroéconomie puis plus récemment responsable global views. Avant de rejoindre Amundi, il était économiste et stratégiste senior de Société Générale Asset Management (2000-2009). Didier Borowski a commencé sa carrière au sein de la Direction de la Prévision du Ministère de l’économie et des finances. Il a également exercé les fonctions d’expert auprès de la Commission européenne. Didier Borowski est Docteur ès sciences économiques. Il a été Professeur associé à l’Université Paris Nord (2007-2011) puis a enseigné plusieurs années à l’université Paris-Dauphine.
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