L’indépendance des banques centrales ne se décrète pas
L’indépendance des banques centrales est de nouveau au cœur des débats. Pour évaluer l’état réel, il convient d’en distinguer les deux dimensions.
La première est l’indépendance de jure, c’est-à-dire le cadre légal dans lequel s’exerce la politique monétaire : modalités de nomination et de révocation, durée des mandats, définition des objectifs. La récente nomination de Kevin Warsh à la Fed montre que les garde-fous institutionnels restent largement en place, et que cette dimension de l’indépendance n’est pas remise en question.
La seconde est l’indépendance de facto, que l’on peut définir comme la marge de manœuvre réelle dont disposent les banques centrales pour conduire la politique monétaire. Cette indépendance ne se décrète pas. Dans des économies de plus en plus financiarisées, l’influence des marchés est incontournable. L’idée même d’un « put » des banques centrales est d’ailleurs incompatible avec une conception stricte de l’indépendance.
Dès lors, le principal défi ne réside pas dans les pressions politiques, mais dans l’environnement économique et financier lui-même. Lorsque les niveaux d’endettement public sont élevés et les valorisations financières tendues, la marge de manœuvre des banques centrales diminue de fait. En situation de dominance budgétaire et de dominance financière, la compartimentation entre les banques centrales, les autorités budgétaires et les marchés devient une illusion. Si l’indépendance des banques centrales est intacte dans les textes, elle tend à s’éroder dans les faits.
Christophe Morel est chef économiste de Groupama Asset Management
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