Que vaut le dollar ?
Le progressif retrait américain des scènes de tensions mondiales, la montée graduelle de la nouvelle puissance chinoise et l’internationalisation de sa monnaie amoindrissent le poids du dollar. Certes le dollar reste la première devise de transactions internationales, du pétrole à l’aéronautique, mais son usage n’est pas sans conséquences légales comme quelques grandes banques l’ont récemment expérimenté.
Les politiques monétaires asynchrones auraient dû logiquement entretenir le momentum de hausse du dollar relativement à l’euro. Pourtant, les annonces implicites de la Réserve fédérale de diminuer le rythme de remontée des taux ont relâché la pression haussière sur le dollar, même si la prochaine se profile d’ici fin juin. De même la remontée sans doute plus rapide de l’inflation outre-Atlantique, en raison des pressions salariales et du rebond du prix de l’énergie, pourrait induire un décalage de parité de pouvoir d’achat avec la zone euro et, en conséquence, affaiblir la devise américaine. Sa parité de pouvoir d’achat vis-à-vis de l’euro serait actuellement de l’ordre de 1,17 selon Rexecode.
L’impact de l’effritement du dollar serait très favorable aux entreprises américaines en mal de ressort de croissance. Les pays émergents salueraient également cette baisse en raison de leur endettement en devises, mais aussi parce qu’un dollar bas est historiquement plus favorable à leur développement. Les perdants de cette dévalorisation potentielle seraient les Européens, les Japonais et dans une certaine mesure les Chinois.
Le risque de change s’est notablement renforcé depuis l’été dernier et cette volatilité durera tant que les politiques monétaires seront divergentes. Le change modifie les équilibres économique, ce d’autant que la croissance est molle, mais aussi les expositions des portefeuilles internationaux. Avec la montée des populismes, la guerre des changes reste un risque majeur pour la mondialisation.
Jean-François Boulier est président d'honneur de l'Af2i.
Du même auteur
L’heure de la diversification des portefeuilles d’actions américaines ?
Les « sept magnifiques » qui animent aujourd’hui Wall Street ne seront peut-être plus aussi…
Les nouvelles options indiqueraient-elles les rentabilités futures ?
Les options sur actions se développent encore outre-Atlantique, avec de nouveaux prix d’exercice…
Quand une trop forte perception du risque limite l’investissement
Moins les épargnants sont experts, plus ils surestiment le risque de crise, défini par une baisse…
Jean-François Boulier