L’aide à l’embauche des apprentis est, depuis un décret du 8 mars 2026, largement revue à la baisse pour les étudiants en licence et master. Un coup de rabot qui pourrait peser sur le recrutement des alternants en finance alors même que certains métiers de ce secteur sont en tension.
Le contexte de déficit public en France aura eu raison des aides apportées aux entreprises pour le recrutement d’alternants. Après plusieurs années d’abondance coûteuse pour les finances publiques et notamment portées par la loi « Avenir professionnel » de 2018 et les aides exceptionnelles et immédiates à l’embauche des jeunes alternants suite à la période Covid, le gouvernement resserre les cordons de la bourse. La loi apprentissage 2026 entérinée dans le cadre d’un décret datant du 8 mars dernier redessine désormais le contour de ces aides largement revues à la baisse.
Si leur montant (5 000 €) ne change pas pour les jeunes préparant un bac pro, un BEP ou un CAP (niveaux 3 et 4), ni pour les apprentis handicapés (6 000 €), en revanche, il diminue de 500 euros pour les BTS (niveau 5) : 4 500 euros en dessous de 250 salariés, 1 500 euros au-delà. Une baisse qui est encore plus marquée pour les licences et masters : les entreprises de moins de 250 salariés toucheront désormais 2 000 euros (contre 5 000 € en 2025), et celles de plus de 250 salariés, 750 € seulement (contre 2 000 € en 2025). Ces nouveaux barèmes s’appliquent aux contrats d’apprentissage conclus à partir du 8 mars 2026 et débutant avant le 1er janvier 2027.
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L’objectif de l’Etat consiste à réaliser environ 200 millions d’euros d’économies cette année et à cibler davantage les aides sur les niveaux de qualification les plus bas (CAP/bac), là où l’insertion professionnelle est jugée plus dépendante du soutien public. « Cette baisse des aides est la seconde en un an », précise Nicolas Rivier, directeur du développement de l’OPCO Atlas, spécialisé notamment dans les secteurs des banques, marchés financiers, assurances, agents et courtiers ou encore cabinets d’expertise comptable. Parallèlement, depuis l’année dernière, les entreprises recrutant un alternant paient également une contribution de 750 € à son école. Enfin, la part des financements octroyés par les OPCO tend également chaque année à se réduire, du fait des campagnes de révision des niveaux de prise en charge des contrats, animées par France Compétences. Pour la seule année 2025, le financement des contrats d’apprentissage de l’OPCO Atlas diminue de plus de 9 M€. « Aujourd’hui, nous finançons le coût des écoles, sur la base de forfaits annuels, soit environ 8 500 € en moyenne et avec un plafond de 12 000 €, poursuit Nicolas Rivier. Cependant, les prix des formations dépassent de plus en plus ces forfaits, laissant parfois un reste à charge important pour l’entreprise. »
Conséquence de cette baisse des aides, les entreprises commencent à restreindre les recrutements de leurs alternants. De janvier à octobre 2025, près de 769 000 contrats d’apprentissage ont été signés, en recul de 4,4 % sur un an selon le ministère du Travail (publication du 30 décembre 2025). Une baisse qui concerne aussi les secteurs de la finance, même si elle reste limitée. « De 110 000 contrats en alternance financés en 2023 par l’OPCO Atlas, nous sommes ainsi passés à 90 000 contrats en 2025, indique Nicolas Rivier. Cette baisse concerne principalement le secteur du conseil qui enregistre un recul de 18 %, alors qu’elle demeure plus limitée dans le secteur bancaire ou celui des assurances (– 5 %). Les cabinets d’expertise comptable et d’audit, traditionnellement très dynamiques en matière de recrutement d’alternants, connaissent une première baisse en 2025. »
«En dépit de la loi sur l’apprentissage 2026, notre volonté reste clairement de maintenir un engagement en faveur de l’alternance.»
L’alternance, un business model pour la finance
Si dans le secteur de la finance, certaines entreprises commencent donc à manifester leur frilosité quant aux recrutements d’alternants, ce n’est pour le moment pas le cas pour les grands noms des secteurs de la banque, de l’assurance et du conseil. « A ce stade, nous continuons de considérer l’alternance comme un investissement stratégique dans les compétences et les générations futures », explique Estelle Porta, DRH d’Allianz Trade en France. Sur les trois dernières années, Allianz Trade a ainsi recruté en moyenne une trentaine d’apprentis par an, majoritairement sur des contrats d’un an, principalement en niveau master 2, et ce sur la majorité des fonctions présentes dans l’entreprise. « Aujourd’hui et en dépit de la loi sur l’apprentissage 2026, notre volonté reste clairement de maintenir un engagement en faveur de l’alternance en offrant des opportunités de formation et d’intégration professionnelle aux étudiants », poursuit Estelle Porta. Un choix de continuité pour lequel opte également Forvis Mazars.
La société de conseil, d’audit et de fiscalité compte ainsi 180 alternants sur un effectif de 5 300 collaborateurs, essentiellement spécialisés dans l’audit financier ou l’expertise comptable. « Chez Forvis Mazars, l’alternance fait partie intégrante du recrutement des jeunes, explique Charlotte Gouiard, directrice recrutement et expérience candidats chez Forvis Mazars. 85 % de nos alternants signent un CDI à l’issue de leur formation. Il s’agit pour nous d’un véritable vivier de candidats à l’embauche sur des profils performants. Nous sommes donc prêts à assumer l’impact financier de la baisse des aides à leur embauche, d’autant plus que les processus de recrutement de profils équivalents en post-formation ont le même coût. Les alternants font partie intégrante de nos effectifs, leurs compétences sont précieuses. » Dans les banques comme Banque Populaire, qui pour sa part prévoit cette année de recruter ainsi 1 200 jeunes en contrat d’apprentissage, l’alternance est également un véritable moteur d’intégration des talents.
Les petites entreprises plus réticentes
« Paradoxalement, ce sont plutôt les petites entreprises qui, bien que moins affectées par la baisse des aides qui leur sont attribuées dans le cadre de cette réforme, pourraient restreindre le recrutement d’alternants, du fait de l’incertitude sur le cadre de financement, poursuit Nicolas Rivier. De même, les étudiants en BTS, qui pour une bonne part s’inscrivent dans un parcours plus long par l’apprentissage, parfois jusqu’au master, pourraient aussi se voir proposer moins de contrats en alternance dans les mois à venir. D’autant plus que ces derniers, généralement recrutés en post-bac, ont pour la plupart peu d’expérience en entreprise voire aucune, et sont donc plus longs à intégrer et former que les alternants en master. »
Certaines entreprises commencent aussi à s’interroger sur le volume des alternants au sein de leur organisation et pourraient se concentrer sur les profils jugés les plus stratégiques, notamment sur les métiers du numérique. « Avec la diminution des aides, les entreprises pourraient également faire évoluer leurs processus de recrutement d’alternants, » précise Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national des banques (SNB). D’ailleurs, elles sont plus regardantes sur les coûts et la qualité des formations. « Dans un contexte où les frais de scolarité augmentent chaque année, nous allons en effet suivre avec attention l’évolution de la situation, poursuit Estelle Porta. Il nous semble essentiel que les écoles maîtrisent leurs coûts afin de pérenniser leurs partenariats avec les entreprises, faute de quoi les opportunités d’alternance qu’elles pourront proposer à leurs promotions pourraient diminuer. »
D’autant plus que les aides au recrutement d’alternants ont ces dernières années favorisé le développement de nouvelles offres de formations, à la qualité parfois discutable. « Les universités, dont le coût de la formation est souvent inférieur à celui des écoles, par exemple des écoles de commerce, pourraient d’ailleurs bien tirer leur épingle du jeu de cette situation, constate Jacques Molgo, administrateur de l’Afte et référent écoles université, directeur financier adjoint d’Air Liquide. Il ne s’agirait cependant pas, avec la diminution de ces aides, de créer un vide dans les campus et écoles. Les métiers de la finance d’entreprise restent en effet en tension et plusieurs adhérents de l’AFTE nous partagent que les directeurs financiers et les trésoriers cherchent toujours autant de jeunes diplômés. »
Dans ce contexte, les écoles et universités pourraient donc être rapidement amenées à revoir leurs offres de formation pour mieux les adapter à ce changement de paradigme. « D’ailleurs, certaines réfléchissent déjà à basculer leur parcours en alternance vers des formations initiales, ajoute Jacques Molgo. Une réflexion par exemple menée par les universités qui proposent des masters trésorerie en alternance. »
Enfin, les entreprises sont également nombreuses à demander une stabilité du cadre réglementaire lié à ces aides, afin de pouvoir mieux anticiper leur stratégie de recrutement des alternants.
Baisse des exonérations de cotisations sociales pour les alternants
Dans le cadre de la loi sur l’apprentissage 2026, la fraction de la rémunération de l’apprenti qui est inférieure ou égale à 50 % du SMIC est exonérée des cotisations salariales d’origine légale et conventionnelle, contre 79 % en 2024.