Carrières

Métier

Le chief finance transformation officer, une fonction en devenir

Option Finance - 21 mai 2021 - Anne del Pozo

Fonction clé dans les entreprises anglo-saxonnes, le chief finance transformation officer (CFTO) commence à apparaître en France. Profil doté de compétences à la fois opérationnelles et techniques, celui-ci a pour mission de faire évoluer la fonction finance, tant sur des aspects organisationnels que digitaux.

Pour mener à bien ses projets de transformation, la direction financière doit parfois être accompagnée par des personnes capables de décrypter l’environnement économique et financier, d’identifier les technologies émergentes et d’avoir une bonne connaissance du corpus social et des métiers de la fonction finance. Au lieu de recourir à des prestataires externes, certains groupes décident de créer un poste dédié. Dans ce cas de figure, ce rôle est généralement dévolu au chief finance transformation officer, ou CFTO. « Cette fonction, très répandue dans les pays anglo-saxons, est assez récente en France, constate Ludovic Bessière, business director finance et comptabilité chez Hays. Seuls les grands groupes internationaux recrutent actuellement ces profils.  »

Chez Veolia, par exemple, le poste de CFTO a été créé en 2018 et confié à Yael Leblanc. Elle reporte directement au directeur financier groupe et fait partie du comex finance. Chez Engie, la création de cette fonction remonte à 2016. En 2019, elle est entrée dans le périmètre d’Elke Robbrecht, group chief performance officer, et n-2 du directeur financier groupe. A ses yeux, cette prérogative est clé, surtout dans la période actuelle. « Combiner le pilotage de la performance du groupe (800 millions d’euros d’économies sur trois ans couvrant à la fois la performance opérationnelle, l’efficacité et l’efficience pour toutes les entités et les fonctions supports du groupe) et la transformation de la finance permet d’intégrer complètement cette dernière dans le plan de performance et dans la durée », explique Elke Robbrecht.

Un rôle transverse

Le chief finance transformation officer travaille en étroite collaboration avec les différentes équipes finance de son entreprise, mais également avec toutes les directions impliquées dans le projet de transformation de la finance. « Nous sommes aussi amenés à travailler avec les ressources humaines, les achats, le juridique, explique Elke Robbrecht, group chief performance officer d’Engie. Une telle collaboration est nécessaire notamment pour définir le schéma directeur du projet de transformation et les indicateurs qui y sont liés. »

Des profils d’ingénieurs

Ingénieurs de formation toutes les deux, ces spécialistes ont accédé à ces postes après avoir occupé différentes fonctions. Yael Leblanc a d’abord été consultante externe, puis interne, auprès de la direction financière de Veolia, chargée de la mise en place d’outils d’optimisation des processus et du déploiement de l’ERP SAP au niveau monde. « Dans le cadre de ces missions, nous apprenons notamment à animer des ateliers, à écouter, à challenger les différentes parties prenantes d’un projet, mais aussi à piloter, identifier les risques, prioriser et arbitrer, témoigne Yael Leblanc. Derrière la mise en place de l’ERP SAP, il y avait une forte volonté d’harmoniser les processus financiers du groupe. Il s’agissait déjà là d’un véritable projet de transformation pour l’entreprise. »

Pour sa part, Elke Robbrecht a débuté sa carrière comme ingénieur chez Tractebel Engineering puis General Electric. C’est en qualité de contrôleur de gestion, d’abord chez GDF Suez, qu’elle a occupé son premier poste dans la finance. Des compétences qu’elle a ensuite renforcées lorsqu’elle a été nommée pendant quatre ans directrice financière de la business unit Chine d’Engie. « Au travers de ces différentes fonctions, j’ai été amenée à travailler aussi bien avec les équipes de terrain (commerciaux et techniciens) qu’avec des économistes et les équipes finance », précise Elke Robbrecht. 

D’après des chasseurs de têtes, la rémunération offerte par les grands groupes internationaux oscillerait entre 100 000 et 130 000 euros par an.

Un rôle fédérateur

Les CFTO ont notamment en charge de définir le schéma directeur du projet de transformation, puis de mobiliser et de fédérer l’ensemble des équipes finance pour sa mise en œuvre. Chez Veolia comme chez Engie, le projet d’évolution de la fonction finance s’articule autour de quatre piliers : processus, talents, digital et organisation. « Pour chacun de ces piliers, notre équipe a défini les enjeux et les priorités, explique Yael Leblanc. Nous avons ensuite réalisé un état des lieux de l’existant et mis en place des indicateurs pour mesurer l’avancement de la transformation sur nos quatre piliers. » Sur le volet digital, par exemple, le groupe a voulu tendre vers une harmonisation des solutions utilisées pour l’élaboration budgétaire, le recouvrement ou la gestion des notes de frais. « Veolia étant un groupe décentralisé présent dans 45 pays, nous ne pouvions pas imposer la mise en place de solutions globales monde, poursuit Yael Leblanc. Tout l’enjeu a donc consisté à demander à chaque directeur financier pays d’élaborer sa propre feuille de route en respectant le contexte du pays, ses enjeux et priorités tout en respectant le cadre et les objectifs de transformation fixés par le siège. »

Cette approche est ainsi dupliquée sur chacun des quatre piliers du projet de transformation, ce qui nécessite que les CFTO animent l’ensemble de la communauté des financiers. Une tâche loin d’être aisée. « Il nous revient donc de mener un important travail en termes de “change management” », indique à ce sujet Elke Robbrecht. Au-delà de la dimension purement RH et de la montée en compétences des financiers face aux changements induits par la transformation, le change management passe également par la communication. « A cet effet, notre équipe a mis en place différents outils, ajoute Elke Robbrecht. Nous avons en particulier créé la newsletter UniFi, au travers de laquelle nous expliquons l’ensemble des projets de transformation en cours dans le groupe, comment ils fonctionnent ensemble et de quelle manière ils avancent. Nous avons également mis en place une communauté d’“agents de transformation”, qui sont aussi bien des financiers juniors que des CFO et qui ont pour vocation de faire passer les messages, de relayer les best practices et de créer du lien entre les différentes équipes finances du groupe. »

Un salaire attractif

Chez Veolia, Yael Leblanc et son équipe ont également déployé plusieurs outils de communication, une communauté (réseau social interne) et une newsletter trimestrielle pour partager les informations relatives au projet de transformation. Pour mettre en valeur les financiers dans le monde, la CFTO a créé les « Awards de la transformation », remis chaque année aux équipes les plus innovantes. « Nous entendons ainsi communiquer sur les meilleures pratiques afin que les équipes basées dans les différentes géographies du groupe s’en inspirent, partagent leurs expériences et collaborent, déclare Yael Leblanc. Par exemple, notre filiale polonaise a été précurseur sur la mise en place de robots dans la finance. Une expérience sur laquelle l’Australie et l’Argentine se sont appuyées pour créer un centre d’excellence en la matière. »

A l’aune de la valeur ajoutée générée par les CFTO dans les entreprises concernées, les spécialistes en recrutement et en management sont convaincus que le poste est appelé à émerger dans les années à venir. Avec, pour les candidats potentiels, des perspectives intéressantes à la clé. Outre la diversité des missions afférentes à la fonction, la rémunération offerte est le plus souvent attractive. D’après des chasseurs de têtes, elle oscillerait, dans les grands groupes, entre 100 000 et 130 000 euros par an.