Carrières

Direction financière

Manager de transition, un métier d’avenir

Option Finance - 8 juillet 2019 - Anaïs Trebaul

Métier

Manager de transition, un métier d’avenir

Longtemps assorti d’une image négative, le management de transition commence à séduire un nombre croissant de directeurs financiers. Cela tombe bien car, en raison de l’augmentation du nombre de missions, leur expertise est de plus en plus recherchée.

Le management de transition gagnerait-il enfin ses lettres de noblesse dans le monde financier ? Particulièrement répandue dans les pays anglo-saxons et aux Pays-Bas, cette profession qui permet à des profils très expérimentés de gérer pendant quelques mois une mission spécifique, a longtemps été mal perçue en France. «Ce métier a souvent été associé à une image précaire, avec des missions courtes et des périodes sans contrat», rappelle Laurent Charpentier, practice manager chez Michael Page Interim Management. Dans ce contexte, le choix d’un responsable financier de s’orienter dans cette voie est souvent apparu comme contraint. «Certains directeurs financiers deviennent manager de transition après s’être fait licencier ou plus largement après avoir quitté, pour diverses raisons, la société dans laquelle ils travaillaient, précise Alexandra Maubert Proniewski, directrice associée chez Upward finance. Il peut s’agir de personnes d’une cinquantaine d’années, que les entreprises jugent parfois trop âgées pour leur offrir un CDI.»

Néanmoins, aujourd’hui ce parcours professionnel rentre peu à peu dans les mœurs. «La profession tend dorénavant à être perçue comme une évolution à part entière du métier de directeur financier», constate Laurent Charpentier. Et pour cause : selon une étude réalisée par Michael Page et la DFCG en 2019, 12 % des dirigeants financiers ont en effet indiqué voir le management de transition comme la prochaine étape de leur carrière.

Un besoin plus important de la part des entreprises

Il faut dire que les entreprises sont de plus en plus friandes de missions de management de transition. D’une part, le périmètre de sociétés intéressées s’est élargi.

Laurence Branthomme, directrice associée, Valtus
Valtus

«Les missions de management de transition se développent beaucoup au sein des ETI et des grandes entreprises», constate Laurence Branthomme, directrice financière pendant 15 ans, qui a rejoint en mars dernier l’entreprise spécialisée dans le management de transition, Valtus, en tant que directrice associée. D’autre part, les missions se sont diversifiées. «Historiquement, les managers de transition intervenaient surtout en période de crise, mais l’environnement économique étant particulièrement changeant, la nature des missions a peu à peu évolué, poursuit Laurence Branthomme. Les DAF de transition interviennent maintenant aussi bien sur des créations/structurations de directions financières, des intégrations post-acquisition, que sur le développement de filiales à l’international, l’assistance à la migration d’outils ERP, la mise en place d’un CSP, etc.»

De leur côté, les managers de transition y trouvent aussi de multiples avantages. D’abord, ils sont indépendants. «Nous sommes plus libres, affirme Thierry Carte, directeur financier pendant 18 ans auprès de groupes industriels et manager de transition depuis 10 ans. Nous craignons moins de faire passer nos idées auprès de la direction générale qu’un directeur financier qui est en CDI dans la société.» Ensuite, ils n’ont pas de routine à assumer. «De nombreux managers de transition décident de faire ce métier pour travailler en mode projet, apporter leur expertise sur des sujets précis, découvrir des gens et cultures d’entreprise différentes et passer outre le côté politique qui peut être très présent sur ce type de poste en CDI, explique Alexandra Maubert Proniewski. En effet, leurs missions durent en moyenne 7 ou 8 mois, puis ensuite ils changent de structure.» Une observation partagée par Thierry Carte. «Le principal avantage de notre profession est de pouvoir travailler sur des missions variées, dans des environnements différents, observe-t-il. A titre personnel, c’est une façon de se remettre en cause, d’être toujours à la recherche de nouveaux challenges.» Enfin, le revenu à la clé peut être conséquent. «Les managers de transition sont rémunérés à la journée, indique Laurent Charpentier. Cette indemnité varie en moyenne de 1 000 euros à 3 000 euros par jour, selon la taille et les enjeux de la structure dans laquelle ils interviennent. Au final, leur rémunération est souvent plus avantageuse que celle d’un directeur financier qui assumerait les mêmes fonctions en CDI.»

Des missions courtes

Néanmoins, pour parvenir à des niveaux annuels de rémunération élevés, les managers de transition doivent réussir à trouver régulièrement des missions. «Ils travaillent rarement en continu tout au long de l’année. Leurs missions durent en moyenne 8 mois et ils ont souvent trois mois de pause ensuite, sans percevoir de rémunération (voir encadré), avant de trouver un nouveau projet.» Une contrainte qui les amène parfois à devoir accepter des missions situées en dehors de leur zone de recherche géographique initiale. «L’éloignement géographique est selon moi le principal inconvénient de notre métier, prévient Thierry Carte. Originaire de l’Auvergne, je recherchais au départ plutôt des missions dans la région lyonnaise. Toutefois, afin d’exercer ce métier, j’ai dû réaliser des missions éloignées de mes attaches : Bretagne, région parisienne, Toulouse, Montpellier, Laval ce qui nécessite une forte adaptabilité dans sa vie personnelle.»

Pour dénicher ces missions, le réseau est primordial. «Les cabinets de recrutement ou les entreprises spécialisés en management de transition suivent les directeurs financiers au fil de leurs missions, souligne Laurent Charpentier. Une relation de confiance s’établit peu à peu, et nous pouvons leur proposer d’autres missions quand la leur s’achève. A l’inverse des postes en CDI, nous publions très peu d’offres de management de transition en ligne.» Des réseaux plus formels, tels que «Managers en mission», permettent également de recenser tous les managers de transition par fonction. Sur environ 300 profils, une cinquantaine d’anciens directeurs financiers sont actuellement répertoriés sur ce site.

Un choix de statut lourd de conséquences

Les managers de transition peuvent être en mission d’intérim, en CDD auprès de l’entreprise dans laquelle ils mènent leur mission ou en situation de portage salarial (relation contractuelle tripartite dans laquelle un salarié ayant un contrat de travail avec une entreprise de portage salarial effectue une prestation pour le compte d'entreprises clientes). Ils peuvent également exercer directement à leur compte. «Les différentes solutions présentent des avantages et inconvénients spécifiques et doivent être analysées au regard de chaque manager de transition, mais la principale différence réside dans la couverture sociale», prévient Thierry Carte.