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Secrétaire général en charge des finances, une fonction qui monte

Option Finance - 26 mai 2015 - Arnaud Lefebvre

Secrétaire général

Répandu dans les grands groupes, le poste de secrétaire général commence à se développer au sein de sociétés de taille plus réduite, mais avec un périmètre incluant la direction financière. Une situation qui ouvre des perspectives intéressantes pour des cadres financiers expérimentés, tant sur le plan des prérogatives que de la rémunération.

Faut-il y voir le début d’une tendance ? Depuis le début d’année, plusieurs structures de taille moyenne ou intermédiaire, évoluant dans des secteurs d’activité variés, ont choisi de créer un poste de secrétaire général. A la différence des grands groupes (voir encadré), dans lesquels cette fonction est relativement courante, la particularité de ces nominations repose sur le fait qu’elles intègrent dans leur périmètre la direction financière.

C’est par exemple le cas du groupe de communication dédié aux entreprises Makheia Group, de la société de gestion Amiral Gestion ainsi que du cabinet d’avocats Gide Loyrette Nouel. Une situation qui, pour certains spécialistes, tend à s’inscrire dans un mouvement plus large. «Tant dans l’industrie que dans les services, nous constatons depuis quelques années un mouvement d’élargissement de la fonction de directeur financier, témoigne Ariel Smadja, fondateur et dirigeant du cabinet Fuseo, spécialisé dans l’optimisation du fonctionnement des directions financières. De plus en plus, notre interlocuteur chez les clients n’est plus seulement directeur financier mais directeur général adjoint en charge des services support ou secrétaire général, avec un périmètre incluant la finance, les systèmes d’information, le juridique, les achats, les services généraux et même parfois les ressources humaines.»

L’apanage de sociétés en développement

Isabelle Moneyron, secrétaire général, Makheia Group

De telles nominations interviennent le plus souvent dans des groupes en fort développement, en France et surtout à l’étranger, qui disposent généralement de plusieurs filiales. Un constat qui s’explique d’abord par l’intérêt que revêt ce poste pour l’entreprise, notamment au niveau de sa trésorerie. «Dans une structure de taille moyenne, le directeur financier a un rôle très opérationnel autour des métiers de la finance, de la gestion du cash au quotidien et du suivi de la performance de l’activité, témoigne Isabelle Moneyron, secrétaire général de Makheia Group. Le secrétaire général, en charge des finances et des fonctions supports que sont le juridique, les ressources humaines, les achats, a quant à lui une vision plus globale de la vie de la société. Il est donc en mesure d’une part d’apprécier plus largement les risques juridiques, commerciaux, sociaux et donc financiers qui pèsent sur cette dernière, d’autre part de participer efficacement à la mise en place de la stratégie du groupe. Par exemple, en validant les contrats signés par les équipes opérationnelles, je suis en mesure de mieux analyser les risques financiers qu’ils peuvent faire peser sur la société ou de juger s’ils sont économiquement intéressants.» Une faculté qui se révèle déterminante lorsqu’un groupe croît de manière significative.

Un levier pour fidéliser ou attirer des talents

En outre, la dimension relative à la gestion des ressources humaines est également déterminante dans la décision de créer ce poste. Quand une PME-ETI s’appuie sur un directeur financier capable d’accompagner le développement de sa société, le fait de lui offrir une telle promotion peut en effet constituer, d’après des spécialistes en recrutement, un levier de fidélisation efficace. «Lorsqu’un responsable financier compétent envisage de changer de poste après plusieurs années, son employeur peut essayer de le retenir en le nommant secrétaire général, signale un recruteur. Nous constatons dans des PME-ETI que le changement de dimension de la fonction est parfois de nature à convaincre les collaborateurs de rester.»

De la même manière, ce type de proposition peut faciliter le recrutement de collaborateurs expérimentés. «Il y a quelques années, j’ai été approché par mon employeur actuel pour devenir directeur financier, explique le secrétaire général d’une SSII de taille intermédiaire. Considérant que la fiche de poste présentée était proche des missions que j’exerçais dans mon entreprise à l’époque, j’ai décliné dans un premier temps, avant qu’il me propose une fonction plus large. J’ai alors été immédiatement séduit.»

L’opportunité de pouvoir disposer d’un champ d’intervention élargi est en effet vécue très favorablement par les cadres concernés. «Même si la fonction finance reste centrale, il n’en demeure pas moins extrêmement intéressant et complémentaire dans le pilotage de l’entreprise de se trouver confrontée à l’ensemble des métiers du cabinet que ce soit en matière de ressources humaines, de marketing et communication ou d’informatique, apprécie Frédérique Misk-Malher, secrétaire général de Gide Loyrette Nouel. D’un point de vue personnel, j’ai plaisir à appréhender des problématiques variées et transversales, indissociables pour la bonne marche d’une entreprise.»

Une satisfaction d’autant plus grande que le poids du secrétaire général vis-à-vis des partenaires stratégiques de la société se trouve renforcé. «Aux yeux de nombreux interlocuteurs, comme les banquiers et les actionnaires, un secrétaire général disposant dans son périmètre de la fonction finance gagne en crédibilité», constate Isabelle Moneyron. Une situation qui s’explique par sa place dans l’organigramme et son rôle plus actif dans la mise en place de la stratégie du groupe.

Un paramètre vertueux, auquel s’ajoute un intérêt financier non négligeable. Certes, les budgets des PME-ETI relatifs à la masse salariale restent très encadrés, les ressources étant prioritairement destinées au financement de leur développement. Pour autant, la différence entre les revenus perçus par un secrétaire général et ceux qui le sont par un directeur financier peut globalement atteindre, selon des spécialistes et des secrétaires généraux, entre 10 % et 30 % en fonction de la taille de la société.

Le métier de secrétaire général

Le rôle d’un secrétaire général consiste à coordonner les fonctions support de l’entreprise, comme par exemple la finance, les systèmes d’information, le juridique, les achats ou les ressources humaines. Généralement rattaché à la direction générale, il supervise le plus souvent les responsables en charge des départements relevant de son périmètre et veille à s’assurer de la cohérence des mesures prises par chacun d’entre eux.

Une approche différente par rapport aux grands groupes

En développement dans les PME-ETI, la fonction de secrétaire général existe depuis de nombreuses années au sein des grands groupes. Plusieurs d’entre eux viennent d’ailleurs récemment de procéder à de telles nominations, comme par exemple Atos, Canal Plus ou encore Thales.

Même si l’intitulé du poste est identique, son périmètre tend toutefois à varier en fonction de la taille des sociétés. Alors que ce dernier inclut fréquemment la direction financière dans les entités de taille moyenne, ce choix est extrêmement rare dans les entreprises plus importantes. «Dans celles-ci, qui tendent à s’appuyer sur une organisation relativement homogène, la fonction de secrétaire général intègre le plus souvent le juridique, l’immobilier et les assurances, constate Bruno Serey, associé du cabinet de recrutement et d’évaluation de dirigeants Eiger International. Cette répartition quasi uniforme vise à s’assurer que ces fonctions d’ordre administratif, qui s’imbriquent entre elles, sont chapeautées par un même collaborateur dans un souci de cohérence. A l’inverse, dans les PME ou ETI, le périmètre de la fonction de secrétaire général est beaucoup moins uniforme et plus intuitu personae.» De ce fait, le contour du métier de secrétaire général se dessine en conséquence davantage «à la carte».