Recrutement

L’assurance, un secteur riche en opportunités de reconversion pour les financiers

Publié le 27 janvier 2026 à 8h00

Sylvie Guyony    Temps de lecture 8 minutes

Le secteur de l’assurance cherche à attirer des nouveaux talents et valorise la maturité professionnelle. Les cadres expérimentés, notamment ceux issus de directions financières, peuvent y trouver des voies de reconversion et d’évolution très diverses, les assureurs recrutant aussi bien des juristes que des auditeurs, en passant par des spécialistes de la conformité ou encore des risk managers.

Engagés dans un renouvellement générationnel et créateurs nets d’emplois, les assureurs ont réalisé plus de 20 000 recrutements en 2024. Si près d’un quart sont des alternants, l’âge moyen à l’embauche augmente (à 31,6 ans). D’ailleurs, seules 15 % des offres cadres de la branche sont ouvertes aux jeunes diplômés, contre 30 % dans l’ensemble du marché, parmi 6 000 annonces publiées par l’Apec. L’assurance offre d’autres atouts : les CDI sont majoritaires (61 %), les cadres aussi (53 % des 161 300 salariés), et l’accès au télétravail s’élève à 74 %, indique le dernier Rapport de l’Observatoire sur les métiers et les formations de la branche (ROMA). Dans ce contexte, « s’ouvrir à des profils hors assurance présente des avantages stratégiques réels, explique Karine Stavrevitch, responsable ressources humaines (RH) et recrutement de la MACSF. Elargir le vivier peut être une nécessité qui devient une réponse efficace à la pénurie de talents ».

Pour saisir cette opportunité, les cadres d’autres secteurs d’activité peuvent compter sur le partenariat, renouvelé pour trois ans jusqu’en 2028, entre France Assureurs et l’Apec. Utiliser ses relations est également un levier : « Nous apportons une attention particulière à un candidat hors assurance coopté par un collaborateur qui se porte garant », dévoile la responsable RH et recrutement de la MACSF. Chez Allianz France, « pour notre réseau de conseillers, c’est même un des canaux prioritaires, souligne Didier Etard, directeur du réseau Allianz Expertise & Conseil. Nous offrons une prime de cooptation ».

Tout dépend des compétences recherchées et des bassins d’emplois, mais les besoins sont réels. Le groupe Maif (10 000 collaborateurs) recrute ainsi chaque année depuis trois ans plus de 1 600 personnes partout en France. « C’est davantage lié à notre développement qu’à la pyramide des âges (la moyenne est de 46 ans) ou au turn-over, faible (6 %), sauf dans les fonctions commerciales. Nous embauchons surtout dans le conseil commercial à distance (500 recrutements par an) et dans les métiers IT que nous réinternalisons (270 postes sur quatre ans), mais la finance fait partie des métiers en tension, précise Nadia Remerand-Turgne, directrice accompagnement et gestion des richesses humaines de la Maif. Pour les fonctions financières, 90 % des postes sont à Niort, notre siège social. »

Les assureurs recrutent surtout en Ile-de-France (42 % des offres publiées par apec.fr, contre 32 % pour l’ensemble des emplois cadres) et en Nouvelle-Aquitaine (10 % versus 7 %). Dans cette région, Niort est souvent considérée comme la capitale des mutuelles, avec les sièges de la Maif, de la Maaf et de la Macif, tandis que MMA est au Mans, et la GMF, la MGEN ou Groupama, comme Axa ou Allianz, à Paris. « Pour faire la différence avec d’autres assureurs, nous nous appuyons sur notre marque employeur et notre engagement d’entreprise à mission, souligne Nadia Remerand-Turgne, mais Niort est aussi dans le palmarès des villes où il fait bon vivre. »

De nombreuses embauches dans la gestion et la finance

A Paris ou en région, c’est surtout la vente qui recrute. « Nous avons 90 bureaux en France, avec des équipes de 24 à 50 conseillers itinérants. Un cadre qui voudrait intégrer le réseau d’Allianz Expertise & Conseil dans une fonction commerciale doit savoir que sa rémunération sera fortement boostée par le variable, au-delà d’un certain seuil d’objectifs, avertit Didier Etard, qui a recruté environ 340 collaborateurs en 2025. Cela attire des conseillers bancaires, des CGPI ou des agents immobiliers. » MACSF accueille aussi ces transfuges, mais plutôt comme conseillers à distance, à Lyon, Nantes, Dijon, Lille ou Bordeaux, et parfois comme chargés de clientèle « lorsqu’un manager est volontaire pour accompagner la montée en compétences », confie Karine Stavrevitch.

«Nous embauchons surtout dans le conseil commercial à distance et dans les métiers IT que nous réinternalisons, mais la finance fait partie des métiers en tension.»

Nadia Remerand-Turgne directrice accompagnement et gestion des richesses humaines ,  Maif

La possibilité de reconversion directe s’illustre également dans les métiers de la gestion, de la finance et de l’administration qui représentent 28 % des offres de l’assurance diffusées par l’Apec (contre 17 % pour l’ensemble des secteurs) ; l’IT (big data et gestion de projets informatiques) ; les achats et la supply chain. Pour les risques et le contrôle interne, l’assurance « recrute surtout chez les juristes, auditeurs, consultants, risk managers, chargés de conformité » et autres profils contrôle/conformité, détaille Sébastien Thernisien, responsable du pôle valorisation des données de l’Apec. Dans un secteur qui évolue tant sur le plan réglementaire que sur celui de la digitalisation, « les nouvelles ressources disposent de compétences transférables d’un secteur d’activité à l’autre, témoigne Catarina Viana-Garcia, HR business partner au sein de la direction des richesses humaines de la Maif. En 2024 et 2025, nous avons recruté 70 personnes avec un profil financier. La moitié vient de la mobilité interne : notre stratégie est de la promouvoir. L’autre moitié vient, à parts égales, soit de l’assurance, soit des secteurs de la banque, de la gestion d’actifs, du conseil/audit mais aussi du parapublic, de l’immobilier ou de l’industrie agroalimentaire. Ces professionnels ont au moins cinq ans d’expérience, et sont à la recherche d’un deuxième ou troisième poste ».

La passerelle d’un secteur à l’autre profite d’abord à « des profils déjà spécialisés dans les domaines proches du métier cible », résume Sébastien Thernisien. Plus encore, « les profils T-shapped, à la fois experts et polyvalents, avec une double culture ou une double vision, apportent une richesse à l’organisation, souligne Sébastien Guidoni, CEO du néo-assureur crédit Cartan Trade. Au sein de notre comité exécutif, nous avons des vétérans de l’industrie comme des professionnels recrutés en dehors du secteur, et qui plus est de l’assurance-crédit. Notre CFO, par exemple, a développé son expertise financière dans un environnement international et vient d’une société spécialisée dans la publicité pour les jeux vidéo. Quant à notre CTO, il a plus de 17 ans d’expérience dans l’informatique et la transformation numérique aussi bien dans la French tech que chez Casino ou BNP Paribas ». Sébastien Thernisien cite aussi les compétences croisées statistiques/économie, valorisées dans les métiers des études et du marketing. En outre, « des salariés qui ont démontré leurs capacités dans l’analyse, le reporting et la conformité notamment, ou la mise en œuvre de grands projets, comme la refonte de postes de travail, peuvent trouver leur place dans nos fonctions support », assure le directeur du réseau Allianz Expertise & Conseil.

Des passerelles entre métiers

Autre atout du secteur : la mobilité interne. Un chargé de recouvrement peut ainsi devenir gestionnaire de contrat d’assurance, observe Sébastien Thernisien qui identifie des « parcours de spécialisation ou d’évolution dans le domaine financier ». Les candidats intéressés par les métiers des risques et du contrôle interne, par exemple, viennent des opérations bancaires et marchés financiers, des métiers juridiques et d’autres tels que droit/fiscalité, finance, audit/contrôle ou gestion. « La clé pour ce genre de profils, c’est l’accompagnement du manager sur le long terme et la formation », souligne Karine Stavrevitch. A la Maif où « tout poste à pourvoir est d’abord proposé aux collaborateurs pendant trois semaines », précise Catarina Viana-Garcia, ceux venus de l’extérieur « ne sont déjà plus des “nouveaux” au bout de trois ans : ils peuvent profiter de la mobilité. » A la MACSF, c’est également sous deux à trois ans.

Cette perspective est d’autant plus envisageable que le secteur investit massivement dans la formation : près de 9 salariés sur 10 en ont bénéficié en 2024, y compris les plus seniors – jusqu’à 92 % pour les 40 à 55 ans, selon le ROMA. Le fait d’entrer par un poste passerelle puis d’évoluer vers des fonctions plus spécialisées ou managériales réduit un risque classique de la reconversion : se retrouver bloqué dans un rôle.

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