Tensions géopolitiques, transition écologique et course à l’innovation placent la souveraineté européenne au cœur des enjeux. Pour les experts réunis à Time to Change, durabilité, compétitivité et souveraineté ne s’opposent pas : elles doivent avancer de concert, à condition de mieux financer et de coordonner l’action européenne. Pour Antoine Troesch, managing partner chez Demea Invest, la souveraineté repose d’abord sur la capacité à maîtriser ses chaînes d’approvisionnement et à limiter les dépendances critiques. « La souveraineté, c’est la maîtrise de son destin », résume-t-il.
Durabilité, compétitivité et souveraineté ne s’opposent pas
Dans cette logique, le capital-investissement a un rôle clé à jouer. Mais les fragilités et les dépendances restent nombreuses. « Dans la pharmacie, 80 % des ingrédients actifs viennent de Chine et d’Inde », souligne Johan Van Der Biest, co-responsable de la gestion actions chez Candriam. Même constat dans la production de panneaux solaires et dans celle des véhicules électriques où la Chine domine largement. L’Europe conserve toutefois des atouts dans certaines niches, comme les semi-conducteurs ou les batteries. Pour capitaliser sur ces niches, les réformes européennes doivent aller plus loin et plus vite, même si des progrès ont été faits notamment en matière de simplification via la directive Omnibus. « La fragmentation des marchés financiers reste un handicap majeur », avance Arnaud Faller, directeur général délégué et directeur des investissements de CPR Asset Management. L’union de l’épargne et de l’investissement apparaît ainsi comme un levier clé pour orienter les capitaux vers les entreprises européennes, notamment via des dispositifs comme l’ELTIF 2.0. Karine Vernier, directrice générale France de EIT InnoEnergy, insiste sur la nécessité d’une approche coordonnée entre acteurs publics et privés afin de recréer des chaînes de valeur en Europe. Pour elle, la compétitivité ne doit pas être entendue uniquement sous l’angle du prix, mais de manière beaucoup plus large. « Alors que le photovoltaïque est aujourd’hui dominé par la Chine, nous devons porter une logique d’écosystème permettant de recréer de la valeur en Europe, en nous appuyant sur des capacités de recherche déjà solides », avance Karine Vernier.
La durabilité, un facteur structurant des stratégies d’investissement
Du côté des financements, la durabilité s’impose également comme un facteur structurant des stratégies d’investissement. « Les investisseurs européens retirent des mandats à des acteurs américains lorsque les standards de durabilité ne sont pas respectés, explique Grégoire Hug, CEO et fondateur de Weefin. 100 % des fonds américains qui vendent en Europe excluent maintenant le charbon. » Les acteurs européens doivent ainsi s’appuyer sur leur savoir-faire en matière de durabilité notamment dans la finance et la gestion de données. « Les fournisseurs de données sont majoritairement américains alors même que l’Europe dispose d’un écosystème dynamique, avec 138 fintechs ESG », rappelle Grégoire Hug. Au-delà des constats, les intervenants convergent donc sur un point essentiel : la souveraineté européenne passera par une meilleure coordination, une réorientation de l’épargne et des choix industriels forts, assumés sur le long terme.