Agriculture – Time to Change 2026

L’agriculture régénératrice : nouveau pilier de la finance durable européenne ?

Publié le 22 mai 2026 à 10h00

Marianne di Meo    Temps de lecture 3 minutes

Trois intervenants, trois points de vue complémentaires sur la manière d’accompagner la transition vers l’agriculture régénératrice.

L’approche « terrain », tout d’abord, avec Patrice Lucas, CEO de Micellium. Cette société d’investissement à impact a investi dans BioRegen, une foncière agricole dédiée à l’agriculture régénératrice créée par Agriterra Group. « Il s’agit d’un accompagnement assez unique qui consiste à faire du portage foncier pour de jeunes agriculteurs auxquels le terrain est revendu ultérieurement, à les accompagner dans l’exploitation pendant une dizaine d’années en tant que co-investisseur et à leur garantir un revenu minimal pendant cette durée. Il s’agit d’un projet complet de transformation puisque nous travaillons à la fois sur la biodiversité, l’eau, les pratiques agricoles, la régénération des sols, l’énergie, le carbone et les déchets. »

L’approche « filières », ensuite, avec Luc Ozanne, directeur associé de Sofiprotéol. « Notre modèle est depuis plus de 40 ans basé sur la conviction centrale que la performance économique et la transition agricole ne peuvent être pérennes et durables que si elles sont construites à l’échelle des filières, de l’amont à l’aval, dans un temps suffisamment long. » L’objectif poursuivi ? Faire évoluer les modèles pour les rendre plus durables et plus résilients. En amont, Sofiprotéol accompagne les transitions agricoles dans le cadre de pratiques régénératrices (réduction du travail du sol, augmentation des couverts végétaux et maximisation de la diversité). En aval, l’enjeu est de fournir aux industriels de l’agroalimentaire des matières premières agricoles durables, certifiées et bas carbone, dans le cadre d’un véritable partage de la valeur avec les agriculteurs pour dérisquer ces transitions et les rémunérer, par exemple par le biais de primes filière.

Enfin, l’approche « finances » avec Gautier Quéru, global head of natural capital chez Mirova. « Investir dans l’agriculture régénératrice n’est pas nécessairement investir dans le foncier. On voit aussi émerger une approche de type infrastructures, dans laquelle des agrégateurs développent des capacités de production et diffusent de bonnes pratiques agricoles, et qui connecte l’amont et l’aval avec une contractualisation et une sécurisation des revenus. »

Tous les intervenants s’accordent sur la nécessaire rémunération des externalités positives (tonne de CO2, stratégie en matière d’énergie, de biodiversité, de gestion de l’eau), bien que l’impact soit parfois difficile à mesurer et que les mécanismes de valorisation ne soient pas toujours en place. Pour les rémunérations carbone se pose le problème du foisonnement des modèles ; une rationalisation est donc souhaitable.

Parmi les mesures qu’il serait opportun de mettre en œuvre figurent les certificats nature (Patrice Lucas), la transformation de l’échelle, c’est-à-dire le fait de passer d’une agriculture régénératrice majoritairement dédiée au secteur énergétique à l’ensemble des secteurs de débouchés, comme l’alimentaire, la cosmétique ou la pharmacologie (Luc Ozanne), et les contrats d’achat de matières certifiées (Gautier Quéru).

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