Agriculture – Time to Change 2026

Quelles ambitions pour la transition du secteur agricole ?

Publié le 22 mai 2026 à 10h00

Marianne di Meo    Temps de lecture 3 minutes

Si le volet environnemental de la transition focalise toutes les attentions, les défis et priorités d’évolution sont en réalité multiples. Pour Isabelle Combarel, présidente du directoire d’Arkéa Capital, le secteur agricole doit mener une double transition, économique et agro-écologique, l’une ne pouvant se faire sans l’autre. Eric Marty, managing director chez Demea Invest, insiste de son côté sur les enjeux fondamentaux en termes de compétitivité. « Dans le cadre du renouvellement de génération des agriculteurs, il faut imaginer de nouveaux modèles qui seront plus résilients ; il faut notamment essayer de faire du monde agricole aussi un acteur de l’énergie (méthanisation, agrivoltaïsme). » Julien Denormandie, ancien ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, vient compléter la liste : « Il y a le défi du renouvellement de génération, mais aussi celui de la rémunération, qui implique d’accepter de payer notre alimentation au juste prix. Se pose également un problème de concurrence déloyale qui nécessite d’assumer une sorte d’exception agricole européenne, de protectionnisme. Enfin, il y a une transition environnementale à accélérer. Il n’y a aujourd’hui pas de barrière technologique ni de manque de volonté de la part des agriculteurs pour que cette troisième révolution agricole, intensive en science et en savoir dans le vivant, ait lieu, juste un gros problème de financement. »

Se pose en effet la question de l’accompagnement financier de cette transition à laquelle est confronté le secteur agricole, car il y a un besoin criant d’investissements pour financer les innovations mais aussi pour restructurer les filières en mettant en place des modèles économiques rentables et viables. Or, le secteur est largement sous-financé, les montants investis n’étant pas du tout à l’échelle des défis précités, et les fonds publics, qui se réduisent, ne suffisent pas. « Il faut réinventer les modèles pour prendre en compte des risques qui sont aujourd’hui différents mais le monde agricole ne fera pas ces transitions seul, avertit Guillaume Chartier, président de la Fondation Avril. Les conditions d’accès à la dette bancaire étant de plus en plus contraignantes, il y a une place à prendre par des capitaux privés dans des tours de table pour accompagner les agri-entrepreneurs. » Ce qui nécessite toutefois que les investisseurs « sortent de leur zone de confort », pour reprendre les termes employés par Julien Denormandie. « Il s’agit effectivement d’investissements plus longs qu’avec les actifs traditionnels, car ils sont liés au cycle du vivant, et pour lesquels les TRI que l’on peut espérer sont moindres, constate Isabelle Combarel. Il faut proposer des solutions d’investissement adaptées, mais il faut aussi une véritable intentionnalité de la part des investisseurs. » Pour autant, Eric Marty reste confiant : « Au final, tous ces défis auxquels le secteur agricole est confronté constituent des opportunités d’investissement et on peut trouver des investisseurs capables d’accepter ces contraintes d’horizon d’investissement plus long et de TRI moindre. »

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