Confronté à de multiples crises écologiques (perte de biodiversité, rareté de la ressource en eau, multiplication des aléas climatiques), à la baisse des rendements et à l’augmentation du coût des intrants qui mange la marge des exploitations, le modèle agricole actuel est à bout de souffle. « Il n’y a pas d’autre choix que d’apporter une réponse différente dans la manière dont nous produisons notre nourriture pour régénérer nos ressources au sens large – sol, eau, biodiversité, communautés agricoles – et les rendre résilientes car tout est interconnecté », estime Richard Jacobs, head of farmland investment chez Van Lanschot Kempen Investment Management. Emmanuel Simon, directeur de gestion en charge de la stratégie SWEN Terra dédiée à l’agriculture régénératrice chez SWEN Capital Partners, se veut toutefois optimiste : « Avec le renouvellement générationnel s’ouvre une opportunité formidable de changer ce modèle pour conjuguer les deux aspects, souveraineté alimentaire et écologie. L’agriculture régénératrice constitue un chemin naturel pour y parvenir : en renforçant la santé des sols, on les rend plus résilients aux aléas climatiques et on limite l’érosion des rendements agricoles ; en minimisant la mécanisation et l’utilisation d’intrants chimiques, on réduit la dépendance ; avec la diversification des productions, on renforce la résilience, etc. »
Les investisseurs ont bien entendu un rôle clé à jouer pour poursuivre concomitamment ces deux objectifs. Ainsi, SWEN Capital Partners participe à la souveraineté alimentaire par la nature même des actifs et des partenaires financés, par exemple en soutenant des entreprises qui reterritorialisent des productions en France (amandes, olives). De son côté, Van Lanschot Kempen Investment Management investit dans l’agriculture régénératrice avec l’objectif d’optimiser la production et les rendements, mais sans surexploiter les sols et les ressources, sans recourir aux pesticides et en limitant l’utilisation d’intrants chimiques, pour fournir une alimentation saine.
Cependant, les enjeux vont au-delà des seuls financements. « Il faut changer ensemble les règles du jeu et nous devons tous prendre nos responsabilités, insiste Mélissa Perez, directrice de l’engagement à la mutuelle Tutélaire, sur le sujet des réglementations relatives aux pesticides. Contrairement au climat où il y a une interdépendance entre les pays, nous sommes souverains sur ces sujets car il s’agit de notre terre et de notre agriculture. Cela signifie que l’horizon de temps sur la régénération des sols et sur la capacité à ramener de la santé dans nos aliments et dans notre quotidien peut être beaucoup plus court. Mais pour autant, il faut agir vite et chacun doit prendre position. »
Même son de cloche du côté d’Emmanuel Simon, pour qui la souveraineté alimentaire n’est pas envisageable sans transition écologique : « Les solutions techniques existent. La question est donc de savoir si l’on veut ou non – en tant qu’investisseurs, que citoyens-consommateurs – exercer cette souveraineté et faire ces choix. »