Les trajectoires énergétiques françaises actuelles restent insuffisamment alignées avec les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris. Pour combler cet écart et renforcer son indépendance, la France doit activer plusieurs leviers : accélérer dans les énergies renouvelables, renforcer l’efficacité énergétique et soutenir l’innovation industrielle. Ces changements apparaissent d’autant plus clairement dans un contexte de tensions géopolitiques et de nouvelle crise énergétique. Pour Adrien Dumas, directeur des investissements chez Mandarine Gestion, la crise actuelle agit comme un révélateur : « La souveraineté énergétique doit être au cœur des politiques publiques, face à des risques d’approvisionnement accrus. » Adrien Dumas souligne également les effets macroéconomiques de la crise actuelle. « Le choc ne concerne pas seulement le pétrole, mais aussi le gaz ou les engrais, avec un risque inflationniste et à plus long terme récessif », précise-t-il. Face à ces enjeux, Isabelle Kocher de Leyris, CEO de Blunomy, appelle à une planification industrielle. « L’énergie s’inscrit dans des cycles longs : une centrale nucléaire met vingt ans à être construite, poursuit Isabelle Kocher de Leyris. Il faut une logique industrielle dans le développement des renouvelables, et non du saupoudrage. » Elle plaide ainsi pour une stratégie structurée, combinant décarbonation et souveraineté, et pour la nécessaire diversification du mix énergétique. « Je ne crois pas à un système tout électrique », indique Isabelle Kocher de Leyris, qui souligne le rôle du gaz vert et des métaux critiques dans la transition énergétique.
Le rôle clé des investisseurs institutionnels
Des domaines dans lesquels la France et l’Europe ont une carte à jouer, contrairement au pétrole, car les réserves sont beaucoup mieux distribuées dans le monde. Pour Olivier de Panafieu, directeur général d’Audacia, l’enjeu est aussi technologique : « Avant d’industrialiser, il faut identifier les bonnes solutions », explique l’expert. Il met en avant une convergence entre durabilité, souveraineté et compétitivité, et insiste sur la nécessité de diminuer le coût des énergies renouvelables afin de rivaliser avec les énergies fossiles. Les investisseurs institutionnels ont un rôle clé à jouer dans ces évolutions. François-Xavier Selleret, directeur général de l’Agirc-Arrco, rappelle leur capacité à financer des projets de long terme, en particulier lorsqu’il s’agit d’acteurs de la retraite. « Nous pouvons investir dans des infrastructures énergétiques sur des horizons longs, précise François-Xavier Selleret. Notre stratégie repose sur l’accompagnement plutôt que sur l’exclusion. » Pour ce dernier, l’un des critères de sélection des projets doit être le passage à l’échelle, mais aussi l’acceptabilité sociale. La mobilisation du capital privé apparaît ainsi indispensable. Isabelle Kocher de Leyris souligne : « Il faut financer la transformation, y compris des entreprises encore carbonées, à condition qu’elles s’engagent réellement dans la transition. » Enfin, la transition énergétique s’inscrit dans un contexte de demande en forte croissance. Adrien Dumas rappelle que le développement de l’IA pourrait entraîner une hausse annuelle de 4 % à 5 % des besoins énergétiques, renforçant la nécessité de posséder une énergie à la fois compétitive et décarbonée.