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L’onde de choc Lafarge : le risque pénal du dirigeant, nouveau passif stratégique des entreprises

Publié le 14 avril 2026 à 17h06

Adlane Avocats    Temps de lecture 7 minutes

Pendant des décennies, la responsabilité des dirigeants a été traitée par les directions financières comme une ligne d’assurance D&O (Directors and Officers) : un risque cantonné, dont l’aléa était jugé gérable par l’externalisation.

Par Hassan Ben Hamadi, avocat associé, Adlane Avocats

Le 13 avril 2026, le tribunal correctionnel de Paris a brutalement mis fin à cette lecture en condamnant les anciens dirigeants du groupe Lafarge à des peines de prison ferme, assorties d’un mandat de dépôt immédiat pour financement du terrorisme. Ce jugement ne sanctionne pas seulement des faits jugés d’une gravité exceptionnelle ; il marque l’entrée irrémédiable du risque pénal individuel dans le calcul de la valeur, de la solvabilité et de la pérennité de l’entreprise.

Désormais, l’exposition personnelle du mandataire social ne relève plus de la simple chronique judiciaire. Elle s’est muée en un « passif stratégique » de premier ordre, capable de déstabiliser la structure financière d’un groupe en quelques heures.

1. La personnalisation du risque : la fin de l’écran de fumée institutionnel

Le droit des affaires subit une mutation structurelle : la « fondamentalisation ». Sous l’impulsion de législations toujours plus transversales – devoir de vigilance, loi Sapin 2, CSRD, délits environnementaux – l’étanchéité entre la faute de gestion et la responsabilité personnelle s’amenuise. Si la protection de la personne morale demeure un principe cardinal, le régulateur et le juge cherchent désormais une incarnation humaine pour porter la responsabilité des défaillances systémiques.

Pour les investisseurs, cette tendance transforme la notion de « Key Person », d’homme-clé. Dans les modèles de valorisation classiques, la présence d’un dirigeant charismatique peut être considérée comme un actif immatériel. Aujourd’hui, si ce dirigeant est exposé à un risque pénal non maîtrisé, il pourrait devenir une « Key Liability ».

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