Parole d’expert – Ostrum AM

Notre compétitivité européenne passe par la transition énergétique

Publié le 12 mars 2026 à 10h13

Ostrum AM    Temps de lecture 5 minutes

Les tensions géopolitiques démontrent une fois encore le coût de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Pour Nathalie Beauvir, stratégiste ESG senior chez Ostrum Asset Management, elles confirment aussi que le chemin esquissé par l’Europe, en faveur de la transition climatique, est le bon. Œuvrer pour une économie décarbonée constitue un levier de souveraineté pour l’Union européenne. De cela dépendra sa compétitivité dans un monde de plus en plus polarisé.

Vous voyez dans la hausse des prix des énergies fossiles un signal en faveur de la transition environnementale…

Les tensions commerciales et géopolitiques des derniers mois ont en effet relégué les questions climatiques au second plan, en témoigne le peu de cas qui en a été fait au Forum économique de Davos. Pourtant, Munich Re estime les pertes financières engendrées par les catastrophes naturelles à 224 milliards de dollars en 2025. En répondant aux enjeux climatiques, notamment grâce à la transition énergétique, l’Europe tient une occasion d’affirmer sa souveraineté et de regagner une compétitivité sur la scène internationale. S’atteler à la réduction des émissions de carbone doit devenir une véritable stratégie industrielle, surtout quand d’autres nations se détournent de cette voie. L’UE a d’ailleurs amorcé un virage majeur en ce sens, avec l’introduction de la notion de préférence européenne dans le projet de loi sur l’accélération industrielle, texte majeur du Pacte pour une industrie propre. L’objectif est de conditionner l’accès à des financements et marchés publics à la localisation de la production en Europe, dans des secteurs stratégiques. Cela constitue une réelle inflexion en matière de politique industrielle, face à des Etats comme la Chine et les Etats-Unis qui soutiennent leurs propres industries.

La transition énergétique constitue donc un levier industriel que l’Europe devrait renforcer ?

Absolument, car l’énergie est un facteur de compétitivité. La hausse récente des prix du gaz dessert par exemple nos industries, qui y sont fortement exposées, à l’inverse des industries américaines. Pourtant, nous avons à notre portée des sources d’énergie moins chères et décarbonées. En 2025, le prix moyen du gaz avoisinait ainsi 100 euros par MWh, tandis que le coût s’établissait entre 50 et 60 euros pour le nucléaire et à 34 euros pour les énergies renouvelables. L’année dernière, le solaire et l’éolien ont produit 30 % de l’électricité européenne. L’UE doit avoir un soutien plus marqué envers ces énergies et les industries qui en dépendent.

Avons-nous les capacités industrielles nécessaires pour de telles ambitions ?

Il faut justement voir dans la transition énergétique une occasion de développer de nouvelles chaînes de valeur industrielles en Europe. Les opportunités sont nombreuses autour des technologies liées à l’énergie propre : batteries, équipements pour les renouvelables, électrolyseurs, pompes à chaleur…

Mais les défis sont également nombreux. Cette réindustrialisation nécessité un marché européen plus intégré et une réglementation moins fragmentée, un accès aux matières premières critiques alors que la Chine représente plus de 80 % du raffinage – mais l’UE est, là encore, en train d’adopter une politique plus volontariste (objectifs du plan d’action RESourceEU). Le troisième défi est celui des compétences, car cette réindustrialisation doit s’appuyer sur une main-d’œuvre qualifiée, dont nous manquons. Enfin, le financement : la transition énergétique nécessite, selon Bloomberg New Energy Finance, 5 trilliards de dollars d’investissement par an au niveau mondial d’ici 2030, or nous étions à 2,3 trilliards de dollars en 2025, un niveau record mais toujours insuffisant.

Quel rôle les investisseurs institutionnels peuvent-ils jouer dans le financement de cette transition ?

Entreprises et infrastructures ont besoin de capitaux importants et d’un engagement sur le long terme. Les investisseurs institutionnels peuvent orienter les financements vers les acteurs les plus engagés dans la transition, notamment sur les marchés obligataires. Ostrum AM, par exemple, est très présent sur le marché des obligations durables, avec près de 43 milliards d’euros investis à fin 2025. Notre approche ne se limite pas à la sélection d’obligations labellisées, nous cherchons à évaluer la crédibilité des trajectoires de transition des émetteurs.

Nous avons développé une méthodologie propriétaire, qui combine un scoring quantitatif, inspiré des grands cadres internationaux, et une analyse qualitative menée par nos analystes. Cela nous permet de positionner les entreprises sur une échelle de maturité climatique. Nous appliquons également une lecture sectorielle des trajectoires de décarbonation, afin d’évaluer la maturité technologique des solutions et leur efficacité réelle. En identifiant ainsi les acteurs les plus crédibles, nous pouvons orienter les capitaux vers les entreprises qui contribuent concrètement à la transformation de l’économie.

* Les analyses et les opinions mentionnées dans le présent document représentent le point de vue de(s) l’auteur(s) référencé(s). Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle.

Ostrum Asset Management. Société de gestion de portefeuille agréée par l’Autorité des marchés financiers sous le n° GP-18000014 du 7 août 2018. Société anonyme au capital de 50 938 997 euros – 525 192 753 RCS Paris – TVA : FR 93 525 192 753 – Siège social : 43, avenue Pierre Mendès-France 75013 Paris www.ostrum.com

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