Communauté financière

Thierry Millon, directeur des études d’Altares Dun & Bradstreet

«La France est moins exposée à la mise en veille forcée de l’économie chinoise que d’autres pays»

Option Finance - 21 février 2020 - Propos recueillis par Thomas Feat

Chine, Coronavirus

Dans une étude récente, Altares et Dun & Bradstreet livrent des pistes permettant de comprendre quelle pourrait être l’incidence de l’épidémie de coronavirus (Covid-19) sur l’activité des entreprises à l’échelle mondiale. Qu’en est-il des entreprises françaises ?

Déclenchée en janvier dernier, l’épidémie de coronavirus touche aujourd’hui 19 provinces de l’est de la Chine, autrement dit le poumon économique du pays. Environ 900 entreprises françaises disposent d’au moins une unité de production, succursale ou bureau de représentation à l’arrêt dans l’une de ces régions. Ces entreprises, à l’instar de Seb, dont plusieurs usines chinoises sont inopérantes depuis un mois, sont les plus durement touchées, dans des proportions encore difficiles à déterminer. En France, les chaînes d’approvisionnement des secteurs de l’automobile, de la pharmacopée, de l’électronique grand public et du textile, qui drainent une part très importante des quelque 50 milliards d’euros d’importations en provenance du géant asiatique, risquent d’être affectées par la situation. Sans parler, bien évidemment, du transport aérien et du tourisme. Néanmoins, au niveau macroéconomique et sur le plan des débouchés, la France est beaucoup moins exposée à la mise en veille forcée de l’économie chinoise, son sixième partenaire commercial et deuxième fournisseur, que nombre d’autres pays. Cela se vérifie d’ailleurs dans les prévisions du Trésor, selon lequel l’épidémie ne devrait grever la croissance du PIB français que de 0,1 % cette année. Ces chiffres doivent bien sûr être pris avec prudence.

Justement, quels sont les partenaires commerciaux de la Chine susceptibles d’être les plus touchés par l’épidémie ?

Environ 50 000 entreprises internationales opèrent dans les régions affectées par la propagation du virus, ou disposent de fournisseurs directs ou indirects implantés dans ces zones. Les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suisse comptent le plus grand nombre d’entreprises sur place, lesquelles réalisent en Chine un chiffre d’affaires cumulé de 2 000 milliards de dollars. Plusieurs milliers d’entreprises chinoises disposent d’une filiale dans l’un de ces cinq pays. Par ricochet, l’incidence de l’épidémie sur leurs économies est susceptible d’avoir des effets sur la croissance française. Je pense bien évidemment à l’Allemagne, premier partenaire commercial européen de la Chine et de la France.

Quels risques fait peser l’épidémie sur l’économie chinoise, qui compte aujourd’hui pour 20 % du PIB mondial, et par conséquent sur l’économie mondiale ?

Cinq des 19 provinces touchées par le coronavirus – Guangdong, Jiangsu, Zhejiang, Pékin et Shandong – représentent à elles seules 50 % de l’emploi total et 48 % du volume total des ventes de l’économie chinoise. La situation exacerbe par ailleurs le ralentissement que connaît le pays depuis plusieurs mois, conséquence de l’affaiblissement de sa demande domestique. Si la propagation du coronavirus devait ne pas être endiguée avant le deuxième semestre, un tel cumul serait susceptible d’amputer la croissance du PIB réel chinois de 2 à 3 points de pourcentage, scénario aujourd’hui le moins probable. A l’échelle internationale, le confinement de l’épidémie au cours du premier semestre 2020 devrait limiter le repli de la croissance mondiale à quelques dixièmes de point de pourcentage. Au-delà de cette échéance, la baisse pourrait être beaucoup plus marquée, avant de se résorber vraisemblablement l’an prochain.